En 1990, l’ACO a coupé la ligne droite de Mulsanne en trois avec deux chicanes, rompant avec 67 ans de tradition à plus de 380 km/h.

La décision imposée par la sécurité
La ligne droite mesurait 5,95 km et permettait des pointes à 386 km/h en 1989. Quatre accidents mortels y avaient déjà coûté la vie à des pilotes et commissaires entre 1981 et 1986. L’ACO a donc tranché pour 1990 en ajoutant deux chicanes, la première très bosselée et la seconde parfaitement plane.
Derek Bell, cinq fois vainqueur, a immédiatement regretté la perte du moment de calme où l’on vérifiait les instruments à plein régime pendant 60 secondes. Plusieurs pilotes ont opposé la dangerosité réelle des 386 km/h à la nouvelle configuration : les dépassements à l’entrée des chicanes et les graviers ramenés sur la piste ont multiplié les risques.
L’opposition entre vitesse pure et sécurité a été tranchée par l’ACO : les voitures à faible appui des années 1980 cédaient la place à des configurations plus chargées. Le carburant restait limité à 2550 litres, obligeant à gérer les consommations malgré les rapports supplémentaires.
L’impact sur les setups et les pilotes
Les équipes ont dû passer du long tail au short tail. Brun et Alpha ont choisi le short tail dès avant la course, contrairement à Joest qui a persisté avec le low-drag et a souffert de problèmes de freins. Les Porsche 962 à plus d’appui ont gagné en stabilité au freinage et dans les virages comme les Porsche Curves.
Les pilotes ont constaté un effort physique accru : freinages répétés, passages plus rapides dans les courbes et trois stints obligatoires au lieu de deux. Pareja a dû disputer plus de la moitié de la course seul après le malaise de son coéquipier. Les chicanes ont aussi modifié les stratégies de qualification, comme la pole de Blundell pour Nissan.
Les ingénieurs ont noté que la vitesse maximale restait élevée : les voitures atteignaient encore 320 km/h trois fois par tour. L’attrition a été forte avec de nombreuses casses de boîte de vitesses et de freins.
Les conséquences sur le résultat
Jaguar a remporté la victoire avec la #3 de Nielsen, Cobb et Brundle après de multiples incidents, dont un accident de Konrad à la première chicane. Brun a terminé deuxième avant de casser moteur à 15 minutes de l’arrivée. La course a prouvé que la fiabilité et la gestion des arrêts comptaient plus que la vitesse de pointe.
Trente-six ans après, les chicanes de 1990 restent le précédent historique qui a fait passer la sécurité avant la vitesse pure aux 24 Heures du Mans.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.