John Thompson et les premiers monocoques Ferrari de 1973

John Thompson a fabriqué les trois premiers monocoques Ferrari pour la 312 B3 à seulement 400 livres pièce et a livré deux d’entre eux attachés sur le toit de sa Ford Cortina.

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Une commande inattendue venue d’Italie

En octobre 1972, Sandro Colombo, nommé par Fiat à la tête technique de l’équipe Ferrari après l’éviction de Mauro Forghieri, contacte John Thompson. L’artisan de Wellingborough reçoit l’appel pendant sa pause thé et le prend d’abord pour une blague. Colombo visite l’atelier le lendemain et commande trois châssis monocoques pour la 312 B3.

Ferrari invoque officiellement des grèves en Italie pour justifier la sous-traitance. Thompson estime que l’excuse masque une réalité plus simple : la Scuderia n’a jamais réalisé de monocoque et ne sait pas comment procéder. Firestone pousse Ferrari à adopter la technologie inaugurée par Lotus en 1962 avec la Type 25.

Les dessins fournis sont en système métrique. TC Prototypes, habitué aux mesures impériales, investit dans du nouvel outillage. Thompson facture 400 livres par tub et estime que le passage au métrique a absorbé la quasi-totalité de la marge.

Le premier châssis est expédié par avion. Thompson conduit lui-même les deux suivants, fixés sur le toit de sa Ford Cortina, avec ses enfants à bord. Il n’a même pas de carte routière et découvre le croissant pendant ce voyage.

Un savoir-faire britannique au service de plusieurs équipes

Outre Ferrari, TC Prototypes construit la même année le châssis unique de la Tecno E731 et des pièces de suspension pour la Shadow DN1. Dix ans plus tard, l’entreprise réalise la Osella FA1E de 1983, qui intègre l’arrière complet d’une Alfa Romeo 182.

Fondée fin 1970 avec 100 livres et un associé, TC Prototypes devient une affaire familiale après le départ rapide de Chris Charles. Thompson, surnommé « Welder John » chez McLaren, y emploie sa femme Maureen. Le site de Wellingborough reste modeste, mais la qualité et les délais séduisent des clients comme Tony Southgate.

Entre 1983 et 1996, TCP produit des dizaines de monocoques Porsche 962 pour Kremer, les carrosseries des premières Jaguar TWR Group C et trois générations de Honda NSX GT. Ces chiffres illustrent l’ampleur d’une activité qui dépasse largement le seul épisode Ferrari.

Un héritage technique méconnu

La 312 B3 fait ses débuts au Grand Prix d’Espagne 1973. Après le retour de Forghieri, Ferrari revient à la construction à panneaux et ne produit plus de vrai monocoque jusqu’au 126 C2 de 1982 dessiné par Harvey Postlethwaite.

Thompson prend sa retraite au milieu des années 2000 mais continue comme consultant chez EY3 Engineering. Il décède à 85 ans, ayant construit des châssis pour plus de trente ans sans jamais chercher la lumière.

Si Ferrari n’avait pas externalisé cette première monocoque en 1973, la Scuderia aurait probablement conservé plus longtemps ses structures à longerons, retardant encore l’adoption généralisée de la technologie Lotus.

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.