WEC : Toyota critique le système BoP, une saison 2025 'triste' et 'ennuyeuse'

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Toyota critique le système BoP du championnat du Monde d’Endurance WEC : une saison 2025 déclarée « triste » et « ennuyeuse »

La saison 2025 du Championnat du Monde d’Endurance (WEC) s’inscrit dans une optique bien différente de celles que l’on a connues ces dernières années. Entre performances décevantes et une compétition qui peine à faire vibrer, c’est surtout le système de Balance of Performance (BoP) qui est pointé du doigt par l’un des acteurs majeurs de la catégorie Hypercar : Toyota. Avec une série de résultats évoquant davantage l’ennui que l’allégresse sportive, le constructeur japonais, via le discours de son directeur technique David Floury, ne mâche pas ses mots.

Ce mécontentement n’est pas qu’une simple déclaration de frustration : il reflète une crise profonde à l’intérieur même de la philosophie de la compétition, qui pourrait bien repositionner durablement l’avenir du WEC. Alors que la saison 2025 affiche un calendrier de huit courses, dont le prestigieux 24 Hours of Le Mans, tous les regards se tournent vers les causes de cette baisse de régime et, surtout, vers une éventuelle remise en question du système de gestion de l’équilibre entre les voitures.

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Les raisons de la critique de Toyota : une saison « triste » et « ennuyeuse »

La critique de Toyota repose sur plusieurs observations concrètes, qui illustrent une stagnation problématique dans le championnat actuel. La première, et non la moins déconcertante, concerne le manque flagrant de compétitivité. Lors du récent 6 h de São Paulo, par exemple, Cadillac a dominé la course avec une victoire en 1-2, affichant une supériorité écrasante sur ses adversaires, y compris Toyota.

« La course a été décevante. La domination de Cadillac était si totale qu’elle a tué tout suspense, et franchement, cela rend la saison un peu triste », souligne Floury lors d’une interview exclusive. Cette déclaration n’est pas anodine, car elle résume parfaitement l’état d’esprit qui règne dans le paddock.

De plus, Toyota a terminé cette course à la 14e et 15e place, à trois tours du leader. Un résultat qui, en soi, n’est pas surprenant si l’on regarde la hiérarchie actuelle, mais qui devient alarmant quand il s’agit de l’un des prétendants historiques au titre mondial. La performance déclinante du constructeur japonais renforce l’idée d’un championnat qui manque de piquant, d’intensité et surtout de véritables enjeux.

La critique du système BoP

Mais c’est vraiment le cœur du message que véhicule Floury : le système de Balance of Performance, censé équilibrer les forces en présence, serait en réalité un facteur d’essoufflement. Selon lui, le BoP actuel est « trop artificiel » et crée une situation où certaines voitures sont avantagées ou pénalisées de façon arbitraire, pour des raisons qui manquent de cohérence.

Le processus de calcul du BoP s’appuie souvent sur les résultats des deux ou trois courses précédentes, ce qui peut conduire à des ajustements fréquents et imprévisibles. La méthode, initialement conçue pour garantir une pareille compétition, semble aujourd’hui produire le contraire : des écarts artificiels, des frustrations chez les équipes, et une perte d’intérêt pour les spectateurs.

Une réflexion sur le système BoP : une nécessité pour la santé du WEC ?

Le système de Balance of Performance n’est pas un enjeu nouveau. Imposé par la FIA en partenariat avec l’ACO, il vise à niveler le plus possible le terrain de jeu, tout en permettant à différentes marques de s’exprimer dans un même championnat. Toutefois, la saison 2025 pourrait bien obliger à une révision en profondeur, tant le sentiment d’un « faux » spectacle s’installe.

Le problème réside dans la difficulté à définir une règle fixe ou un algorithme qui puisse s’adapter dynamiquement aux performances, tout en évitant les ajustements excessifs. Floury évoque également le fait que le processus de développement a tendance à favoriser certains constructeurs, créant ainsi un déséquilibre systémique.

De manière concrète, cela entraîne des situations où, par exemple, une voiture mieux réglée ou bénéficiant d’un meilleur développement pourrait se retrouver désavantagée par un BoP mal calibré, tandis qu’une autre bénéficie d’un avantage artificiel. Résultat : des courses où la compétition n’est plus sincère, et le spectateur, de plus en plus sceptique, décroche.

Quelles réformes pour sauver l’intérêt sportif ?

Face à cette réalité, Toyota ne propose pas simplement des critiques à la volée : le constructeur semble avoir déjà réfléchi à des solutions. Floury déclare avoir en tête plusieurs pistes pour améliorer le système, sans vouloir pour l’instant les dévoiler en détail. Toutefois, il affirme que des ajustements doivent être rapidement envisagés.

L’un des axes majeurs serait de revoir la méthodologie qui sert au calcul du BoP, en intégrant notamment :

  • Une évaluation plus large et plus stable des performances, évitant les adaptations trop fréquentes ;
  • Une évaluation basée sur un panel plus large de courses et d’indicateurs, plutôt que sur quelques résultats récents ;
  • Une transparence accrue quant aux critères d’ajustement, pour limiter le sentiment d’arbitraire.

Autant de réformes nécessaires pour revitaliser un championnat qui, aujourd’hui, pourrait bien voir sa crédibilité en pâtir si aucune action n’est entreprise rapidement.

Quel avenir pour le WEC si la critique persiste ?

Il ne faut pas perdre de vue que le WEC est à un tournant. La saison 2025, même si elle affiche une grille de 36 voitures et un calendrier ambitieux, pourrait être celle où la direction du championnat doit faire face à une crise d’identité. La critique acerbe de Toyota pourrait bien fédérer d’autres acteurs, si le problème du BoP n’est pas traité en profondeur.

Une saison ennuyeuse n’est pas une fatalité, mais elle peut devenir une crise majeure si le public et les teams perdent confiance. La légitimité du championnat, sa capacité à attirer des investissements et à favoriser la compétition de haut niveau, sont toutes liées à la maîtrise de ces paramètres.

La réaction des instances dirigeantes

Jusqu’à présent, ni la FIA ni l’ACO n’ont officiellement commenté les propos de Floury. Mais, face à une telle polémique, il est probable qu’une réflexion s’engage rapidement. La pression exercée par Toyota, en tant que constructeur ambivalent, pourrait entraîner une révision des règles de BoP ou, à tout le moins, une communication visant à apaiser la colère.

Le mot de la fin : un tournant à venir ?

Il ne fait aucun doute que la critique de Toyota concernant le système BoP du WEC soulève une problématique cruciale. Pour le spectacle, pour la crédibilité du championnat et l’avenir de ses nombreux constructeurs engagés, une réforme en profondeur du système paraît inévitable.

La saison 2025 pourrait donc bien marquer le début d’un changement nécessaire, pour replacer la compétition au centre du jeu et redonner vie à une discipline qui, sous ses auspices, a longtemps fait vibrer la passion des fans. Si aucune mesure forte n’est prise, le risque est grand de voir le WEC glisser vers une saison de plus en plus monotone, et une partie de ses acteurs, dont Toyota, perdre confiance dans le système actuel.

Ce qui est certain : le championnat doit évoluer, et rapidement. Le véritable enjeu, désormais, c’est de réparer ce qui ne fonctionne pas, pour que l’endurance reste toujours synonyme de spectacle, d’innovation et de passion — et non de frustration et d’ennui.

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.