La première saison de Mercedes en catégorie LMGT3 du Championnat du Monde d’Endurance FIA aura été tout sauf une promenade de santé. De débuts catastrophiques au Qatar jusqu’à un podium inattendu à Bahreïn sept mois plus tard, le constructeur allemand a connu une véritable montagne russe émotionnelle. Pourtant, contre toute attente, les Mercedes-AMG GT3 se sont imposées comme de sérieuses concurrentes en fin de saison, démontrant une capacité de rebondissement remarquable.

Comment Mercedes a redressé sa première saison turbulente en WEC LMGT3: les débuts cauchemardesques au Qatar
Le 28 février 2025, Lusail accueillait la première manche du championnat et marquait le retour de Mercedes en endurance après plus d’un quart de siècle d’absence. Les attentes étaient pourtant tempérées par une préparation bâclée. Iron Lynx, le partenaire retenu pour opérer les deux flèches d’argent, n’avait signé l’accord qu’à la mi-novembre 2024, laissant moins de quatre mois pour développer et homologuer la voiture.
Dès la course, les problèmes mécaniques se sont enchaînés. La #60, confiée à Matteo Cairoli, Claudio Schiavoni et Matteo Cressoni, est devenue victime d’une casse majeure. Malgré trois heures de réparations, elle n’a pas terminé suffisamment de tours pour être classée. La #61, avec Martin Berry, Lin Hodenius un autre pilote, a connu un sort similaire. Double abandon, zéro point, début de saison cauchemardesque.
« Avec le manque de préparation et d’expérience, nous avons souffert en début de saison », a reconnu Stefan Wendl, responsable du customer racing chez Mercedes. Le programme développé à toute vitesse laissait peu de marge pour l’optimisation avant la première épreuve.
Un développement intensif et des défis techniques inédits
Le calendrier ultra-compressé a forcé Mercedes à une course contre la montre. L’AMG GT3 devait satisfaire à des critères d’homologation LMGT3 spécifiques : arbres de transmission avec capteurs de couple, nouvelles cartographies moteur, reprogrammation du boîtier électronique. Si les capteurs de couple issus de l’expérience IMSA constituaient un avantage, d’autres modifications exigeaient des essais en soufflerie et des validations complexes.
Les voitures n’ont été finalisées que le 9 février dans les ateliers d’HWA en Allemagne. Un simple essai à Hockenheim le 10 février a précédé leur envol vers le Qatar, à peine treize jours avant les tests officiels de la « Prologue » et l’ouverture du championnat. « C’était difficile d’obtenir ce qui était nécessaire pour évoluer dans cet environnement professionnel. C’était un défi énorme », a admis Stefan Wendl.
Cette période de rodage a révélé des difficultés inattendues, notamment sur le plan logiciel. Le WEC impose des contraintes spécifiques inconnues en autres séries : gestion du BOP (Balance of Performance), stratégies de consommation, adaptation à des circuits jamais visités auparavant par l’équipe. Chaque course devenait une séance d’apprentissage accéléré.
Les changements de pilotes qui ont bouleversé la dynamique
La saison n’était pas seulement compliquée côté technique. Les changements de drivers à mi-saison ont fragilisé la cohésion des équipages. Après seulement deux courses, Martin Berry a remplacé un pilote à la #61, apportant une expérience différente mais perturbant la continuité.
Le plus gros coup dur est survenu avant Le Mans avec la blessure au dos de Claudio Schiavoni. Cette absence a forcé un remaniement complet de la #60 : Andrew Gilbert, Fran Rueda et Lorcan Hanafin ont été appelés en renfort. Crucialement, cette décision signifiait qu’aucun pilote Or ou Platine ne faisait partie de l’équipage. « C’était une étape nécessaire malheureusement, mais ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient », a commenté Stefan Wendl.
Pour autant, ces rotations ont eu des effets positifs. Les nouvelles recrues ont apporté des regards frais et des retours constructeurs. Gilbert, Rueda et Hanafin ont réussi à terminer 10e à Austin, la première vraie performance aboutie de la #60. La stabilité retrouvée à Bahreïn, avec Maxime Martin aux côtés de Berry et Hodenius, a démontré toute l’importance d’une équipe soudée.
Le tournant décisif: retour triomphal aux 24 Heures du Mans
Préparer Le Mans était la priorité absolue pour Mercedes. La marque n’avait pas foulé la Sarthe depuis plus de vingt-cinq ans. Pour maximiser ses chances, une troisième voiture a été engagée : la #63 avec Brenton Grove, Stephen Grove et Luca Stolz.
Malgré un châssis endommagé lors d’un crash d’essais libres, deux des trois Mercedes ont franchi la ligne d’arrivée (12e et 15e positions). Pour la première fois, la #61 inscrivait des points au championnat. Ce résultat, modeste mais symbolique, a redonné confiance à toute l’équipe.
Les données acquises lors des 24 Heures ont permis des ajustements majeurs sur la fiabilité et les réglages. L’expérience d’une course aussi exigeante a accéléré la courbe d’apprentissage. Les ingénieurs ont identifié les points faibles et optimisé la gestion du couple moteur en endurance, un paramètre crucial pour les épreuves longue distance.
L’ascension finale: comment Mercedes a redressé sa première saison turbulente en WEC LMGT3 à Bahreïn
La dernière manche à Bahreïn a représenté l’aboutissement de tous les efforts. Dès les essais, les deux Mercedes se sont montrées parmi les plus rapides du plateau. Les pilotes ont réussi l’exploit d’accéder à l’Hyperpole pour la première fois de la saison, avec Lorcan Hanafin en première ligne et Lin Hodenius en troisième position.
En course, les flèches d’argent ont mené les débats pendant les premières heures. Si la #60 est retombée dans le peloton, la #61 est restée dans la lutte jusqu’au drapeau à damier. Après un dernier restart, Maxime Martin a réalisé un dépassement magistral sur l’Aston Martin Vantage #27 de Mattia Drudi pour s’emparer de la deuxième place à moins d’une seconde de la victoire.
« On a adopté une approche ‘tout risque’ dans les vingt dernières minutes », a révélé Maxime Martin. Ce podium inattendu, obtenu par Martin Berry, Lin Hodenius et Maxime Martin, a récompensé un an de travail acharné. Les points inscrits à Bahreïn ont permis à Mercedes de terminer sa première saison sur une note positive, remontant progressivement du fond de grille.
Les temps forts de la saison en chiffres
- 0 point après les 3 premières courses (Qatar, Imola, Spa)
- 5 abandons ou non-classements sur les 8 premières manches
- 1 point marqué à Le Mans, première prise de points
- 2 podiums en qualifications (Hyperpole à Bahreïn)
- 2e place à Bahreïn, meilleur résultat de la saison
- 12 positions gagnées en moyenne en course sur la seconde partie de saison
Les leçons d’une saison d’apprentissage
Stefan Wendl reconnaît que les objectifs n’ont pas été atteints immédiatement : « J’aurais souhaité être sur le podium plus tôt. » Pourtant, le dirigeant pointe des signaux encourageants. La fiabilité s’est améliorée à chaque course, les temps au tour se sont rapprochés des leaders, et les stratégies sont devenues plus affutées.
L’alliance avec Iron Lynx s’est révélée déterminante. L’équipe italienne, habituée aux plateaux FIA WEC, a fourni un soutien technique précieux et une expertise des courses longue durée. La collaboration a permis de résoudre les problèmes logiciels et d’optimiser la gestion des pneus, point faible initial de l’AMG GT3 sur certaines pistes.
L’expérience de la première saison a également mis en lumière l’importance de la constance. Les courses où les deux voitures ont terminé sans encombre (Imola, Le Mans, Austin, Fuji, Bahreïn) ont toutes apporté des données précieuses. Chaque kilomètre parcouru a permis d’affiner les réglages et de comprendre le comportement de la voiture sous différentes conditions.
Quelles perspectives pour la saison 2026?
Le podium de Bahreïn a changé la donne pour Mercedes. L’objectif n’est plus seulement de participer, mais de gagner. Stefan Wendl ne le cache pas : « Nous sommes là pour remporter des courses, pour gagner des championnats. »
Iron Lynx a déjà réagi aux faiblesses identifiées. Pour 2026, la #60 voit son équipage complètement renouvelé : Lin Hodenius rejoint Johannes Zelger et Matteo Cressoni. Plus important encore, la #61 se renforce considérablement avec l’arrivée de Rui Andrade, champion LMP2 2022, qui rejoindra Martin Berry et Maxime Martin. Cette ligne-up expérimentée pourrait transformer Mercedes en prétendant sérieux au titre.
La connaissance acquise sur le BOP, les stratégies de course et la gestion des relais place désormais Mercedes sur un pied d’égalité avec Porsche, Ferrari et les autres ténors du LMGT3. Le développement continu de l’AMG GT3, associé à une préparation hivernale approfondie, devrait permettre de confirmer le potentiel montré à Bahreïn.
De plus, le retour de Mercedes aux avant-postes pourrait créer une dynamique positive pour l’engagement d’autres clients en championship GT3 mondial. Le succès en WEC servira de vitrine pour démontrer la fiabilité et les performances de la plateforme sur le long terme.
Finalement, cette première saison turbulente a forgé une équipe résiliente. Les épreuves surmontées ont renforcé les liens entre Mercedes et Iron Lynx, créant une base solide pour viser les sommets. Le podium de Bahreïn n’est pas un accident, mais le fruit d’un travail acharné et d’une courbe d’apprentissage exponentielle qui promet un avenir brillant en endurance.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.