La saison 2025 du Championnat du Monde d’Endurance: BoP, Toyota et Ferrari triomphants à Bahreïn

WEC

La saison 2025 du Championnat du Monde d’Endurance s’est achevée dans le désert de Bahreïn avec un épilogue fascinant qui a vu Toyota dominer la course tandis que Ferrari remportait les titres tant convoités. Les ajustements de la Balance de Performance ont joué un rôle déterminant dans ce dénouement, suscitant des débats intenses parmi les équipes et les observateurs. Les 8 Heures de Bahreïn ont ainsi offert un spectacle captivant où la stratégie, la performance pure et les modifications techniques se sont entremêlées pour créer une finale mémorable.

Avant même le départ, les regards se tournaient vers les dernières révisions de la BoP qui promettaient de bouleverser la hiérarchie établie lors des manches précédentes. Ferrari et Porsche, principaux prétendants aux titres, scrutaient chaque détail de ces paramètres techniques qui pouvaient faire basculer le championnat dans un sens ou dans l’autre. Toyota, de son côté, cherchait à mettre fin à une longue disette de victoires qui durait depuis près d’un an.

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Les modifications de la BoP pour Bahreïn qui ont changé la donne

Les instances dirigeantes, la FIA et l’Automobile Club de l’Ouest, ont procédé à une révision majeure de la Balance de Performance en amont des 8 Heures de Bahreïn 2025. Ces changements s’inscrivaient dans une volonté de rééquilibrer les forces en présence après sept manches disputées. Parmi les constructeurs affectés, Cadillac et Porsche ont subi les ajustements les plus conséquents, tandis que Ferrari bénéficiait d’un traitement plus favorable.

La BoP a imposé à Cadillac une réduction drastique de 24 kW de puissance sous le seuil de 250 km/h, ramenant sa puissance totale à 486 kW. Cette modification plaçait le constructeur américain au même niveau que Porsche et Ferrari dans cette plage de vitesse critique. Pour Porsche, en guise d’adieu à son engagement officiel en WEC, c’est le poids minimum qui a été relevé à 1069 kg, faisant de la 963 l’Hypercar la plus lourde du plateau, dépassant de justesse Ferrari et Toyota qui avaient jusqu’alors porté ce fardeau.

Ferrari a bénéficié d’un double allègement avec une réduction de 2 kg de son poids minimum et un gain de 3 kW de puissance par rapport à la manche de Fuji. La 499P affichait désormais 1064 kg sur la balance, un chiffre qui témoignait d’une volonté des organisateurs de maintenir la compétitivité de la marque italienne dans sa quête du titre. Ces paramètres ont généré un ratio poids/puissance de 0,45 kW/kg pour Ferrari sous 250 km/h, similaire à celui de Cadillac mais légèrement inférieur à celui de Toyota qui atteignait 0,46 kW/kg.

Les ajustements au-delà de 250 km/h ont également redessiné la carte des performances sur le circuit de Sakhir, particulièrement riche en longues droites. Toyota, Cadillac et Aston Martin se partageaient les meilleurs ratios poids/puissance dans cette zone de vitesse, suivis de près par Ferrari, Peugeot, Porsche et BMW, tous regroupés autour de 0,47 kW/kg. En termes d’énergie disponible, la balance de performances et les enjeux pour Ferrari en Bahrain 2025 ont révélé que Cadillac perdait 10 MJ pour égaliser Ferrari à 893 MJ, tandis que Toyota conservait son avantage avec 909 MJ.

La domination Toyota lors de la course malgré les ajustements BoP

Les deux Toyota GR010 Hybrid ont monopolisé la première ligne sur la grille de départ, laissant présager leur domination future. La course a confirmé ces prédictions avec une performance magistrale des équipages japonais qui ont contrôlé les débats pendant la majeure partie des huit heures de compétition. Mike Conway, Kamui Kobayashi et Nyck de Vries au volant de la Toyota n°7 ont converti leur pole position en victoire, mettant fin à une année blanche pour le constructeur.

La n°8 pilotée par Brendon Hartley, Sébastien Buemi et Ryo Hirakawa a complété le doublé, bien que son parcours ait été émaillé d’incidents. Hirakawa a écopé d’un drive-through pour dépassement sous drapeaux jaunes, ce qui a permis à la voiture sœur de creuser un avantage confortable. Cette pénalité a temporairement ouvert une fenêtre d’opportunité pour les poursuivants, mais la supériorité de Toyota sur ce tracé s’est avérée insurmontable.

Les périodes de safety car ont ponctué la course, la première survenant à mi-distance suite à un contact entre la Cadillac de Jenson Button et la Ferrari LMGT3 de Thomas Flohr. Cet incident a permis à l’Aston Martin Valkyrie n°009 de prendre brièvement la tête, mais Alex Riberas a rapidement écopé d’un drive-through pour infraction sous régime de voiture de sécurité virtuelle. Cette pénalité a remis Toyota aux commandes, restaurant l’ordre naturel des forces.

La dernière neutralisation, provoquée par l’abandon de la BMW n°15 de Dries Vanthoor suite à une probable défaillance d’écrou de roue, est intervenue à moins d’une heure de l’arrivée. Cette interruption a annulé les différentes stratégies en cours et a offert à Toyota l’occasion de réaffirmer sa suprématie. Au redémarrage avec 35 minutes restantes, de Vries possédait 14 secondes d’avance sur Buemi, un écart qu’il a maintenu jusqu’au drapeau à damier.

La stratégie Ferrari qui a assuré le titre constructeurs et pilotes

Pendant que Toyota triomphait sur la piste, Ferrari orchestrait une campagne méthodique pour sécuriser ses objectifs de championnat. La stratégie de la Scuderia consistait à maintenir ses deux voitures d’usine dans des positions suffisantes pour garantir les titres, sans prendre de risques inconsidérés. La n°50 d Antonio Fuoco, Miguel Molina et Nicklas Nielsen a franchi la ligne en troisième position, tandis que la n°51 d Alessandro Pier Guidi, James Calado et Antonio Giovinazzi terminait quatrième.

Cette quatrième place suffisait amplement à l’équipage de la n°51, leader du championnat avant la course, pour remporter le titre pilotes. Ferrari a néanmoins orchestré un échange de positions entre ses deux voitures dans la phase finale, permettant à Nielsen de dépasser Pier Guidi. Cette manœuvre tactique visait à optimiser le classement final du championnat pilotes, avec Ferrari plaçant ses trois équipages sur le podium final : Nielsen, Molina et Fuoco en tête, suivis de Robert Kubica, Phil Hanson et Yifei Ye de l’équipe AF Corse, et enfin Pier Guidi, Calado et Giovinazzi en troisième position.

Le titre constructeurs représentait un accomplissement historique pour Ferrari, sa première couronne mondiale depuis 1972 en catégorie prototype. Cette performance soulignait la solidité et la fiabilité de la 499P tout au long de la saison. Porsche lutte pour le titre WEC à Bahreïn: l’épilogue de la saison 2025 avait mis en lumière l’intensité de la bataille, mais c’est finalement Ferrari qui a eu le dernier mot.

La gestion de course de Ferrari s’est révélée exemplaire, évitant les écueils qui auraient pu compromettre ses ambitions. Les équipages ont maintenu un rythme constant sans chercher à rivaliser avec la vitesse supérieure de Toyota, conscients que leur mission consistait avant tout à marquer des points décisifs. Cette approche pragmatique a payé, transformant ce qui aurait pu être une déception sportive en célébration d’un double titre mondial.

Les déboires de Porsche et l’impact de la BoP sur ses ambitions

La dernière apparition officielle de Porsche Penske Motorsport en WEC s’est soldée par une désillusion amère. Les deux 963 d’usine ont terminé aux treizième et quatorzième places, un résultat catastrophique pour une équipe qui nourrissait encore de faibles espoirs de titre avant la course. La n°6 de Kevin Estre, Laurens Vanthoor et Matt Campbell, théoriquement en lice pour le championnat pilotes, a été handicapée par deux pénalités successives.

La première sanction, une pénalité de cinq secondes pour contact avec la Cadillac n°12, a été suivie d’une pénalité de dix secondes pour relâchement dangereux. Ces incidents ont ruiné toute chance de remonter au classement et ont symbolisé une saison difficile pour Porsche. Le poids minimum de 1069 kg imposé par la BoP, le plus élevé de la catégorie Hypercar, a clairement entravé la compétitivité de la 963 sur le circuit de Bahreïn.

Les paramètres de la Balance de Performance ont particulièrement pénalisé Porsche dans les zones d’accélération, cruciales sur un tracé comme Sakhir. Avec un ratio poids/puissance de seulement 0,45 kW/kg sous 250 km/h, la 963 accusait un désavantage dans les sections lentes et techniques du premier secteur. Cette limitation s’est traduite par une incapacité à suivre le rythme des leaders, reléguant progressivement les Porsche vers l’arrière du peloton.

L’allocation énergétique de 901 MJ, certes supérieure à celle de Ferrari et Cadillac, n’a pas suffi à compenser les déficits en puissance et en poids. La stratégie de Porsche s’est effondrée face à des adversaires mieux armés par les choix de la BoP. Cette fin de parcours décevante posait des questions légitimes sur l’équité des ajustements opérés par les instances dirigeantes, certains observateurs estimant que Porsche avait été trop sévèrement pénalisée pour sa dernière danse en WEC.

L’analyse des performances selon les paramètres BoP au-delà de 250 km/h

Les caractéristiques du circuit international de Bahreïn, avec ses quatre longues lignes droites réparties sur les trois secteurs, ont fait des performances au-delà de 250 km/h un facteur déterminant. Toyota, Aston Martin et Cadillac partageaient les meilleurs ratios poids/puissance dans cette zone de vitesse critique, leur conférant un avantage substantiel sur les segments rapides entre les virages 3 et 4, 10 et 11, 13 et 14, ainsi que sur la ligne droite de départ-arrivée.

Ferrari, avec un ratio de 0,47 kW/kg au-delà de 250 km/h, se trouvait dans un groupe intermédiaire comprenant également Peugeot, Porsche et BMW. Cette position médiane explique en partie pourquoi les 499P n’ont pu rivaliser avec la vitesse de pointe de Toyota, tout en restant suffisamment compétitives pour sécuriser les résultats nécessaires au titre. La puissance légèrement réduite de Ferrari dans cette plage de vitesse constituait un compromis acceptable compte tenu des gains obtenus dans d’autres domaines.

Alpine accusait le ratio le plus défavorable à 0,46 kW/kg au-delà de 250 km/h, handicapant sévèrement ses A424 sur ce circuit exigeant en vitesse maximale. Cette limitation a condamné les équipages français à jouer les seconds rôles, incapables de menacer les leaders malgré une fiabilité honorable. Les sections ultra-rapides du deuxième et troisième secteur de Sakhir se sont transformées en calvaire pour Alpine, qui perdait systématiquement du terrain sur ces portions.

L’équilibre entre performance en vitesse de pointe et efficacité en sortie de virage constituait le Saint Graal que seul Toyota semblait avoir atteint à Bahreïn. Les ajustements de la BoP avaient créé une situation où le constructeur japonais excellait dans toutes les phases du tour, tandis que ses concurrents présentaient des profils plus spécialisés. Cette polyvalence de la GR010 Hybrid explique sa domination écrasante lors de cette manche finale, où aucune zone du circuit ne représentait un point faible exploitable.

Les conséquences des ajustements BoP sur le championnat LMGT3

La catégorie LMGT3 n’a pas échappé aux modifications de la Balance de Performance, avec des changements significatifs affectant plusieurs constructeurs. Porsche a subi l’ajout de 20 kg, la pénalité la plus lourde, suivie de Corvette et McLaren avec 14 kg supplémentaires chacune. Ces ajustements visaient à compenser les performances dominantes de ces modèles lors des manches précédentes, dans une recherche perpétuelle d’équité compétitive.

Aston Martin n’a reçu qu’un modeste alourdissement de 4 kg, tandis que BMW et Ford bénéficiaient de réductions respectives de 8 kg et 5 kg. Ces variations de masse ont directement impacté les rapports poids/puissance, modifiant sensiblement la hiérarchie de la catégorie. L’introduction de la table Success Handicap, qui pénalise les équipages performants par du poids additionnel, a ajouté une couche supplémentaire de complexité stratégique.

La Ferrari n°21 de Vista AF Corse et la Corvette n°81 de TF Sport ont hérité des pénalités Success Handicap maximales de 24 kg, reflétant leurs résultats réguliers sur le podium. La Porsche n°92 de Team Manthey et la McLaren n°95 de United Autosports portaient 18 kg supplémentaires, tandis que les BMW recevaient entre 6 et 12 kg selon leurs performances récentes. Malgré ces handicaps, Manthey a décroché le titre LMGT3 grâce à une quatrième place suffisante de Richard Lietz, Ryan Hardwick et Riccardo Pera.

La victoire de classe est revenue à la Lexus RC F GT3 n°87 d’Akkodis ASP, pilotée par José María López, Clemens Schmid et Razvan Umbrarescu. Cette performance a démontré que même avec une réduction généralisée de 30 MJ d’énergie disponible par relais pour toutes les équipes, la stratégie et l’exécution primaient sur les paramètres BoP bruts. López a contrôlé la majorité de la course avec une avance d’environ 12 secondes avant la neutralisation finale qui a resserré le peloton.


Les 8 Heures de Bahreïn 2025 resteront dans les annales comme une démonstration de la complexité inhérente à la Balance de Performance en sport automobile moderne. Toyota a prouvé que lorsque les conditions techniques lui sont favorables, la GR010 Hybrid demeure une machine redoutable capable de dominer ses adversaires. Ferrari, de son côté, a orchestré une campagne méthodique couronnée par un double titre historique, validant la philosophie de sa 499P et la cohérence de son programme.

Les débats autour des ajustements BoP persisteront longtemps après cette finale, certains constructeurs estimant avoir été désavantagés tandis que d’autres profitaient de paramètres plus cléments. Cette tension permanente entre équité sportive et performance intrinsèque définit l’essence même du Championnat du Monde d’Endurance moderne. Alors que Porsche tire sa révérence et que de nouveaux constructeurs comme Aston Martin continuent d’affûter leurs armes, la saison 2026 promet de nouveaux chapitres passionnants dans cette quête sans fin de l’équilibre parfait entre les différentes philosophies techniques de l’Hypercar.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.