Lors d’une session médias animée avec la presse néerlandaise à Zandvoort l’an dernier, Toto Wolff avait qualifié le projet moteur de Red Bull de « Mont Everest à gravir ». Une évaluation réaliste, partagée par Laurent Mekies à l’époque. Pourtant, après les premiers essais sur piste en 2026, les échos du paddock ont radicalement changé. Pendant les tests hivernaux à Bahreïn, Wolff et George Russell ont soudain décrit l’unité moteur Red Bull Ford comme « la référence absolue ».[1][2]
Ces déclarations, liées au débat sur le ratio de compression, étaient teintées de politique – Max Verstappen y répondant par un ironique « Attendez de voir la vitesse de Mercedes sur les lignes droites à Melbourne ». Mais une part de vérité subsiste. Si le châssis Red Bull a connu des difficultés en début de saison, l’unité moteur s’est révélée étonnamment compétitive pour un nouveau venu.

L’intérêt croissant de Ford pour le moteur à combustion
L’histoire remonte à 2021, lorsque Honda a annoncé son retrait de la F1, avant de se rétracter. Red Bull, lassé des dépendances, a décidé de prendre les rênes. Le constructeur autrichien a érigé son usine de moteurs en 55 semaines seulement, sur le campus de Milton Keynes, dans le bâtiment Jochen Rindt.
Aujourd’hui, les visiteurs – sous conditions strictes, objectifs bandés – découvrent d’abord Brodie’s Boulevard, hommage à Steve Brodie, premier transfuge de Mercedes HPP en août 2021. Y trône le premier V6 à combustion de Red Bull, allumé en août 2022, juste pour Dietrich Mateschitz.
Les négociations avec Porsche ont capoté, Ford est entré en scène via un simple email de Mark Rushbrook à Christian Horner. Une équipe diversifiée s’est formée sous Ben Hodgkinson, avec d’autres recrues de Mercedes HPP.
Ford, initialement focalisé sur l’électrification, a élargi son rôle. « La liste originale concernait la batterie, le moteur électrique, l’inverseur, le logiciel », explique Rushbrook. Mais les plans routiers de Ford ont évolué, relançant l’intérêt pour la combustion.
Cette implication accrue a boosté des avancées comme l’impression 3D. « Ça nous a poussés plus loin que prévu en fabrication additive, avec un contrôle qualité précis », ajoute le directeur Ford Performance. Ces gains profitent à d’autres programmes racing.
Le développement accéléré de l’unité DM01
L’unité DM01, hommage à Mateschitz, marque un jalon pour Red Bull et Ford. « Trois ans et demi pour la mettre sur piste, fantastique de la voir à Melbourne », se réjouit Rushbrook.
Contrairement à Honda, axé sur l’électrique, Red Bull a priorisé la combustion via des tests monocylindre puis V6. Avoir tout sur site à Milton Keynes évite les pièges logistiques, comme les vibrations Honda résolues tardivement grâce à une voiture Aston Martin laissée au Japon.
Ford a dépassé son rôle initial, aidant sur le moteur thermique. Les installations, sourcées en partie chez AVL, et l’expertise Mercedes HPP ont porté leurs fruits.
Les premiers tours en piste confirment une intégration réussie. Lors du GP d’Australie 2026, l’unité a tenu ses promesses malgré les défis châssis.
Rushbrook souligne l’impact des conditions : température, humidité. « Chaque unité réagit différemment, il faut s’adapter. »
La compétitivité réelle face aux références
Non, l’unité n’est pas la « référence absolue » comme l’a dit Wolff – Rushbrook en rit : « Course, technique, politique. » Red Bull est « dans le coup », mais Mercedes reste la基准.
La FIA évaluera les moteurs internes post-Canada via l’ADUO, mesurant torque, régime, MGU-K, sans corrections pour température ou aéro. « Regardez le contexte, pas juste les données », plaide Rushbrook.
Red Bull sait ses axes d’amélioration, mais reste discret. Verstappen partage l’avis : Mercedes domine encore les puissances.
Pourtant, pour un premier essai, c’est mieux qu’attendu. Les tests Bahreïn ont impressionné, Red Bull en tête d’une session.[3]
Les variations par circuit rappellent la sensibilité des nouvelles unités hybrides. L’ADUO pourrait équilibrer, mais Red Bull mise sur son élan interne.
Perspectives pour la saison 2026
Red Bull Ford démontre qu’un outsider peut rivaliser vite avec ressources et audace. Les avancées en manufacturing propulsent l’innovation au-delà de la F1.
La suite dépendra des adaptations aux circuits variés et des décisions FIA. Mercedes reste la barre, mais Red Bull grignote du terrain.
Pour le championnat, cette unité solide compense les soucis châssis. Attendez Imola ou Monaco pour confirmer si le « Mont Everest » est conquis. Red Bull pourrait bien surprendre durablement en 2026.[4]
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.