À mi-parcours du Dakar 2025, David Castera, directeur de l’épreuve depuis 2019, a accordé un entretien à L’Équipe pour faire le point sur la première semaine de course. Installé dans le bivouac de Riyad après l’arrivée des autos sur la 6e étape, il analyse un classement encore très ouvert, particulièrement chez les voitures. Il répond aussi aux critiques récurrentes des pilotes sur le terrain caillouteux qui freinerait leurs attaques.
Ancien pilote moto puis copilote, Castera défend son parcours et insiste sur l’équilibre entre vitesse et gestion. « Le Dakar n’est pas qu’un sprint », lance-t-il, rappelant que l’endurance reste au cœur de l’événement.

Un classement auto resserré et prometteur
À ce stade, aucune des voitures de tête n’a été éliminée par un crash majeur, contrairement aux éditions précédentes. L’an dernier, Carlos Sainz abandonnait dès la 2e étape et Sébastien Loeb à la 3e. Cette année, tous les favoris sont encore en lice, avec le 10e à seulement 26 minutes du leader.
Castera s’en réjouit : « Tous les pilotes de tête sont là, c’est une nouveauté, et ils roulent très vite. La course est complètement ouverte. » Il attribue ces faibles écarts à la courbe de puissance optimisée en collaboration avec la FIA, qui élimine les débats sur l’équivalence.
Le jeu stratégique émerge, avec un « petit chat et de la souris », mais sans excès. Les pilotes doivent maintenant minimiser les erreurs pour se détacher.
Les performances varient selon les qualités individuelles. Certains ont mieux géré les zones difficiles, tirant leur épingle du jeu au bon moment.
Réponse ferme aux critiques sur les cailloux
Les pilotes autos se plaignent d’étapes trop caillouteuses, augmentant les risques de crevaison et limitant les attaques. La 3e étape, le mardi, a cristallisé ces reproches.
Castera balaie les accusations : « Je ne suis pas d’accord. Il y a eu une étape vraiment caillouteuse. Ce sont les plus malins qui l’ont mieux gérée. Mais cette étape-là existait l’année dernière. Si Sébastien Loeb était arrivé jusque-là, il l’aurait vue. Je ne suis pas allé déposer des cailloux avec un camion. »
La région saoudienne impose son relief naturel, que le Dakar exploite sans artifices. Deux spéciales ont permis de changer des pneus, offrant des fenêtres pour attaquer.
« Le Dakar n’est pas qu’un sprint, je suis désolé s’il y a des fois où il faut gérer, mais c’est aussi une épreuve d’endurance », martèle le directeur.
Cette philosophie distingue le rallye-raid des courses pures vitesse.
La seconde semaine : moins de cailloux, plus de variété
Le parcours en miroir promet une suite similaire, mais avec moins de cailloux globalement. L’étape 11 pourrait en comporter, mais les autres seront « normales » : sable, portions rapides, dunes molles.
Castera tease : « Il y a de tout, et beaucoup de kilomètres. Sur certaines, on aura encore beaucoup de dunes, beaucoup de sable très mou. Ça peut donner un petit supplément d’âme à la spéciale. »
Ces conditions pourraient secouer le classement, favorisant les audacieux sans risquer l’abandon prématuré.
La longueur des étapes accentuera l’usure, testant l’endurance machines et pilotes.
Sébastien Loeb : un retour en force attendu ?
Non content de son début, Loeb traîne un retard. Castera le voit capable de plus : « Je pense qu’il peut rouler plus vite. Il n’est pas à sa place, c’est clair. S’il préfère les étapes plus rapides, moins caillouteuses, comme celles qui arrivent, il va le montrer. »
Après son abandon précoce l’an passé, le pilote alsacien a raté son entrée cette année. Les portions rapides à venir lui conviennent parfaitement.
Son expérience pourrait faire la différence dans les dunes.
Reste à voir s’il assumera les risques pour remonter.
En moto : une attaque inattendue
Chez les motos, l’agressivité surprend Castera. Seulement six ou sept pilotes étaient en lice pour la victoire, mais ils ont roulé à fond sans gestion.
« Ils ont roulé vite tous les jours, sans aucune gestion. Je suis très surpris de la gestion de l’étape marathon, par exemple. On roule à fond, on crève des pneus », note-t-il.
Cette théorie – moins de prétendants égale moins de vitesse – est infirmée par la réalité.
La stratégie reste opaque, mais l’intensité promet du spectacle.
À mi-parcours, le Dakar 2025 reste indécis, avec un équilibre fragile entre attaque et prudence. Chez les autos, l’ouverture persiste ; en moto, l’audace domine. La seconde semaine, riche en sable et dunes, pourrait tout décanter. Castera l’espère, fidèle à sa vision d’un rallye-raid complet. Les pilotes sauront-ils gérer sans frustrer les spectateurs en quête de panache ?
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.