Lors de la finale du Championnat du Monde d’Endurance FIA 2025 à Bahreïn, un incident inhabituel a captivé l’attention du monde du sport automobile. Daniel Juncadella, pilote espagnol de la Chevrolet Corvette Z06 GT3.R n°33 de TF Sport, s’est retrouvé au cœur d’une polémique après avoir effectué un geste de majeur à l’encontre d’Augusto Farfus lors des 8 Heures de Bahreïn. Cet acte de frustration, survenu dans le feu de l’action, lui a valu une sanction financière de la part des commissaires sportifs et a ravivé les débats sur les limites du comportement acceptable en compétition automobile. L’incident illustre parfaitement les tensions qui peuvent émerger en piste, même dans une discipline réputée pour son professionnalisme et son fair-play.

L’incident qui a provoqué l’amende pour geste du majeur de Juncadella aux 8 Heures WEC de Bahreïn
L’affaire s’est déroulée durant la septième heure de course, alors que Daniel Juncadella et Augusto Farfus se livraient une bataille acharnée pour la sixième position en catégorie LMGT3. Le duel entre la Corvette n°33 et la BMW M4 GT3 Evo n°31 du Team WRT a duré plusieurs tours, avec des échanges serrés et même un contact au virage 10.
Les tensions sont montées crescendo lorsque Juncadella a tenté à plusieurs reprises de dépasser le pilote brésilien, qui défendait sa position avec une détermination sans faille. Selon le rapport des commissaires sportifs, c’est à la sortie du virage 11 que le geste fatidique a eu lieu. Après avoir finalement réussi son dépassement, l’Espagnol a levé son majeur en direction de Farfus, une manifestation claire de son mécontentement face à la défense jugée excessive de son rival.
Les caméras embarquées ont capturé la scène sans équivoque, offrant aux commissaires sportifs des preuves vidéo indiscutables de l’incident. Cette documentation visuelle a joué un rôle crucial dans la décision finale des officiels, qui ont examiné l’affaire avec attention après la course.
Le contexte de cet incident remonte en réalité au début de la saison 2025, lors des 24 Heures de Daytona, où Tommy Milner, un autre pilote Corvette, avait déjà eu maille à partir avec Farfus pour des manœuvres défensives controversées. Cette répétition de situations tendues avec le pilote BMW a créé un climat de frustration accumulée au sein de l’équipe Corvette.
L’atmosphère particulière de la finale bahreïnie, avec ses enjeux de fin de saison et la chaleur étouffante du désert de Sakhir, a sans doute contribué à l’échauffement des esprits. Les pilotes, épuisés après plusieurs heures de course dans des conditions éprouvantes, peuvent parfois laisser leurs émotions prendre le dessus sur leur jugement professionnel.
La sanction financière de 5 000 euros imposée à Juncadella pour son geste aux 8 Heures de Bahreïn
Les commissaires sportifs n’ont pas tardé à réagir après avoir examiné les images de l’incident. Dans leur bulletin officiel, ils ont qualifié le comportement de Juncadella de “grossier, irrespectueux et totalement inapproprié dans le sport automobile”. Cette formulation sans ambiguïté reflète la gravité avec laquelle les instances dirigeantes perçoivent de tels écarts de conduite.
La pénalité financière s’élève à un total de 5 000 euros, mais elle a été structurée de manière particulière pour servir d’avertissement dissuasif. La sanction se décompose en deux parties distinctes : 1 000 euros à payer immédiatement et 4 000 euros avec sursis. Cette approche graduée vise à responsabiliser le pilote sans pour autant l’accabler d’une charge financière immédiate excessive.
Le montant avec sursis est conditionné au respect de l’article 12.2.1.l du Code Sportif International de la FIA, qui concerne les comportements portant atteinte à l’image du sport ou à l’éthique sportive. Si Juncadella venait à commettre une nouvelle infraction similaire d’ici la fin de la saison 2025, la totalité de l’amende deviendrait exigible sans possibilité de contestation.
Parallèlement à cette sanction pour comportement inapproprié, les commissaires ont également réprimandé Juncadella pour le contact survenu au virage 10 avec la BMW de Farfus. Toutefois, cette seconde sanction s’est limitée à un simple avertissement, les officiels ayant reconnu que le pilote n’avait pas tiré d’avantage durable de cet accrochage, contrairement à d’autres incidents majeurs survenus lors de cette même course.
Cette double sanction illustre la rigueur avec laquelle les autorités sportives abordent les questions de sécurité et de respect mutuel entre concurrents. La décision des commissaires s’inscrit dans une volonté plus large de maintenir un niveau élevé de professionnalisme dans le championnat.
Les justifications de Juncadella face à l’amende pour son geste du majeur au WEC Bahreïn
Dans une interview accordée après la course, Daniel Juncadella n’a pas caché sa frustration et a assumé pleinement son geste, allant même jusqu’à y ajouter une touche d’ironie. “Nous avons commencé l’année en lui donnant un salut à Daytona, et nous avons clôturé l’année avec un autre à Bahreïn”, a-t-il déclaré en référence à l’incident similaire impliquant son coéquipier Tommy Milner en début de saison.
Le pilote espagnol a détaillé les raisons de son exaspération, mettant en avant une gestion stratégique supérieure de sa part. Il explique avoir soigneusement préservé ses pneumatiques en début de relais, contrairement à Farfus qui éprouvait visiblement des difficultés avec l’usure de ses gommes. Cette différence de performance aurait dû, selon lui, faciliter un dépassement plus fluide.
Juncadella a particulièrement insisté sur un point qui lui semble inacceptable : les changements de trajectoire sous le freinage. “Je suis heureux de me battre, j’aime les combats difficiles, mais à un moment donné, vous devez être raisonnable”, a-t-il affirmé. Pour lui, défendre sa position avec fermeté fait partie intégrante de la course, mais certaines manœuvres dépassent les limites du fair-play sportif.
L’Espagnol a également révélé disposer d’un avantage stratégique en termes de carburant et de rythme global, rendant selon lui le combat déséquilibré. “Je ne vois pas l’intérêt de se battre aussi fort quand vous n’avez pas de réelle chance de vous battre contre nous”, a-t-il déclaré, suggérant que Farfus défendait une position déjà compromise.
Plus significativement, Juncadella a pointé du doigt un historique de comportements similaires de la part du pilote brésilien. “J’ai couru contre lui pendant de nombreuses années et je ne suis pas le seul à le dire. Je pense que si vous traversez le paddock, beaucoup de gens s’accordent à dire que c’est juste au-delà de la limite parfois”, a-t-il affirmé, cherchant à contextualiser son geste comme une réaction à un pattern de conduite problématique.
Lors de son témoignage à Sportscar365, le pilote a résumé sa pensée avec une certaine désinvolture : “À ce moment de la course, j’étais assez frustré. Je savais que j’allais passer, alors j’étais prêt avec le doigt pour lui donner le ‘salut Milner’”, faisant référence à l’incident de Daytona dans une tentative d’humour qui n’a probablement pas adouci les commissaires.
La réponse d’Augusto Farfus après l’amende infligée à Juncadella pour geste du majeur aux 8 Heures WEC de Bahreïn
Augusto Farfus n’a pas mâché ses mots en réaction au geste de son rival espagnol. Le pilote brésilien, vétéran reconnu du sport automobile avec une longue carrière en DTM et en endurance, s’est dit profondément choqué par le comportement de Juncadella. “Je pense qu’il devrait être très, très embarrassé de montrer le majeur dans un championnat du monde”, a-t-il déclaré sans détour.
Pour Farfus, l’incident représente bien plus qu’une simple altercation en piste. Il y voit une question d’exemplarité et de professionnalisme : “C’est embarrassant pour un pilote professionnel de se comporter de cette manière. C’est un terrible exemple pour le monde entier”, a-t-il affirmé, soulignant la responsabilité des sportifs de haut niveau envers les jeunes générations qui les admirent.
Le pilote BMW a catégoriquement rejeté les accusations de manœuvres dangereuses portées contre lui. Selon son interprétation des événements, il ne faisait qu’exercer son droit légitime de défendre sa position sur la piste. “Je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit de mal, nous nous battions simplement pour une position. S’il ne peut pas me dépasser, il devrait rester derrière”, a-t-il martelé avec conviction.
Cette vision diamétralement opposée des événements révèle la difficulté inhérente à juger ces situations où la limite entre défense robuste et conduite dangereuse reste subjective. Farfus estime avoir agi dans le cadre des règles établies, tandis que Juncadella perçoit ses manœuvres comme franchissant la ligne rouge de l’acceptable.
Il est intéressant de noter que Farfus n’a fait aucune référence publique aux incidents précédents de la saison, notamment celui impliquant Tommy Milner à Daytona. Cette omission pourrait suggérer soit une volonté de ne pas envenimer davantage la situation, soit une conviction profonde que son style de pilotage ne pose aucun problème éthique.
Au final, Farfus et ses coéquipiers Yasser Shahin et Timur Boguslavskiy ont terminé à la septième place en LMGT3, juste derrière la Corvette de Juncadella qui a pris la sixième position. Cette proximité au classement témoigne de l’intensité de leur duel et des enjeux sportifs qui ont alimenté la tension entre les deux hommes.
Le contexte plus large de l’amende pour geste du majeur de Juncadella aux 8 Heures WEC de Bahreïn
Cet incident s’inscrit dans un contexte plus large de débats sur le comportement sportif dans les courses d’endurance. Le World Endurance Championship, réputé pour son esprit de camaraderie et son professionnalisme, voit occasionnellement des tensions surgir lorsque les enjeux sportifs ou financiers deviennent cruciaux. La finale de Bahreïn, avec ses implications sur les classements finaux, créait naturellement un environnement propice aux confrontations.
L’affaire Juncadella-Farfus rappelle d’autres incidents célèbres du sport automobile où les émotions ont pris le dessus sur la retenue. Cependant, contrairement à certains championnats où les comportements excessifs sont parfois tolérés voire encouragés pour leur valeur spectaculaire, le WEC maintient une ligne stricte sur le respect entre concurrents.
La structure de la pénalité, avec sa composante avec sursis, démontre une approche pédagogique de la part de la FIA. Plutôt que de simplement punir l’infraction, les commissaires cherchent à créer un mécanisme dissuasif pour l’avenir, tout en reconnaissant implicitement que les émotions peuvent parfois déborder dans le feu de l’action.
Pour TF Sport et son programme Corvette Racing, l’incident arrive à un moment charnière. L’équipe a connu une saison difficile en WEC avec plusieurs déceptions, notamment une pénalité post-course à Fuji qui a anéanti leurs espoirs de titre en LMGT3. Cette accumulation de frustrations a probablement joué un rôle dans la réaction explosive de Juncadella à Bahreïn.
Daniel Juncadella, qui s’apprête à faire le grand saut en catégorie Hypercar avec Genesis pour la saison prochaine, devra veiller à ce que cet épisode ne ternisse pas sa réputation alors qu’il accède à l’élite de l’endurance. Son talent de pilote rapide et combatif est indéniable, mais ce type d’incident pourrait peser dans la perception des équipes et sponsors à l’avenir.
L’équipe TF Sport conserve le droit de faire appel de la décision conformément aux procédures de la FIA, bien qu’aucune indication n’ait été donnée quant à une telle intention. Un appel semblerait d’ailleurs difficile à justifier compte tenu des preuves vidéo claires et de la nature relativement mesurée de la sanction.
Au-delà de la sanction financière et des déclarations contradictoires des deux protagonistes, l’incident entre Juncadella et Farfus lors des 8 Heures de Bahreïn pose des questions essentielles sur l’équilibre entre passion sportive et professionnalisme. Si les batailles intenses font partie intégrante du spectacle automobile, le maintien d’un environnement respectueux demeure primordial pour la pérennité et l’image du sport. L’amende avec sursis imposée à Juncadella envoie un message clair : les émotions, aussi compréhensibles soient-elles, ne sauraient justifier des comportements contraires aux valeurs du sport automobile. Alors que la saison 2025 du WEC se termine, cet épisode servira sans doute de rappel à tous les compétiteurs que le respect mutuel reste la pierre angulaire de toute compétition de haut niveau, même dans les moments les plus intenses de la bataille en piste.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.