Maria Teresa de Filippis : la première pilote de Formule 1

F1

Il y a dix ans jour pour jour, Maria Teresa de Filippis s’éteignait. Italienne née en 1926 près de Naples, elle entre dans l’histoire comme la toute première femme à avoir disputé un Grand Prix de Formule 1. Ses débuts remontent à la fin des années 1950, où elle a participé à cinq épreuves du championnat du monde, en a pris le départ dans trois et a signé une dixième place à Spa-Francorchamps.

Fille d’un comte fortuné, elle a défié les conventions de son époque pour se lancer dans le sport automobile. Son parcours dépasse largement ses résultats en F1 : elle a brillé dans d’autres catégories et incarné une pionnière face au sexisme ambiant.

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Les origines d’une passionnée

Maria Teresa de Filippis grandit dans un milieu aisé, au Palazzo Marigliano à Naples. Provocée par ses frères aînés, elle fait ses débuts en course dans les années 1940 avec une Fiat 500, remportant l’épreuve Salerno-Cava dei Tirreni dès sa première sortie. Son frère Luigi échouant à percer en Formule 1, elle prend le relais et gravit les échelons.

Ses parents soutiennent ses ambitions. “Mon père m’a aidée, bien sûr ; il m’a inspiré à réussir dans tout ce que je choisissais”, confie-t-elle en 2012 à Motor Sport. Sa mère, initialement réticente, se laisse convaincre par les victoires de sa fille.

En 1954, elle termine dauphine du championnat italien des sport-prototypes. Deux ans plus tard, à Naples, elle remonte de la dernière place pour finir deuxième dans une course de sport-prototypes. Ces succès la propulsent vers la Formule 1 en 1958, au volant d’une Maserati 250F, la même que Juan Manuel Fangio pour son titre en 1957.

Son choix de Maserati reflète son indépendance. Elle refuse Ferrari : “Pourquoi irais-je chez Ferrari juste parce que je suis italienne ? Non. À l’époque, M. Ferrari disait un mot et tout le monde sautait. Ce n’était pas pour moi”, explique-t-elle.

À Maserati, l’ambiance familiale lui convient mieux. Elle peut même amener sa propre voiture à l’équipe, un détail crucial pour elle.

Débuts en Formule 1 et rencontres légendaires

Le premier Grand Prix mondial de De Filippis coïncide avec la retraite de Fangio. L’Argentin lui prodigue de nombreux conseils : “Tu vas trop vite, tu prends trop de risques”, lui dit-il. Peu impressionnée par la vitesse, elle évite toutefois tout accident en F1, y compris dans les épreuves non-championnat.

“Je n’étais jamais anxieuse, je n’avais pas peur”, raconte-t-elle à Motor Sport. Les grands pilotes comme Fangio, Ascari ou Villoresi l’accueillent bien. “Je n’ai eu de problèmes qu’avec les petits pilotes qui n’aimaient pas que je les batte.”

Fangio devient son “père de course”. “Je l’admirais comme personne et comme pilote, car c’était un homme simple qui a travaillé dur pour son succès. Rien ne lui a été donné.”

Ses cinq participations en 1958 et 1959 incluent une qualif’ manquée à Monaco, mais une solide 10e place à Spa. Pour plus de détails sur sa carrière, consultez sa page Wikipedia.

Elle défie les préjugés avec humour. Lors d’une seule occasion, à nouveau, le directeur de course du GP de France refuse sa participation : “Le seul casque qu’une femme devrait porter est celui du coiffeur.”

Les défis face au sexisme et à la dangerosité

Malgré les affirmations de De Filippis minimisant le sexisme – “à part cela, je n’ai pas rencontré de préjugés, seulement de la surprise face à mon succès” –, l’époque est rude. Elle contre les vulgarités des pilotes masculins par l’humour.

Son indépendance guide ses choix : pas d’ordres d’hommes, pas de Ferrari. Chez Maserati, elle trouve une atmosphère plus humaine.

La Formule 1 des années 1950 est mortelle. Elle assiste à la disparition de Musso, Collins, de Portago, Hawthorn. Le coup fatal vient le 1er août 1959 : Jean Behra meurt à l’AVUS de Berlin, piste où elle devait courir.

“Trop d’amis étaient morts”, dit-elle au Guardian. Elle range alors son casque pour fonder une famille.

Héritage et postérité

Après vingt ans loin des circuits, De Filippis rejoint en 1978 le club international des anciens pilotes de F1, en devient vice-présidente en 1997. Depuis sa retraite en 1959, seules quatre femmes ont tenté les Grands Prix mondiaux, une seule partant : Lella Lombardi en 1975-1976.

Son pionnierat inspire toujours. Pour en savoir plus sur les femmes en motorsport, voir cet article dédié.

Maria Teresa de Filippis reste un symbole de détermination. Son entrée en F1 en 1958 ouvre la voie, rappelant que le talent transcende les genres.

Aujourd’hui, alors que la Formule 1 évolue, son histoire incite à plus d’inclusivité. Quelle sera la prochaine pionnière ?

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.