Dakar 2026 : reconnaissance du parcours en Arabie Saoudite et la naissance du road-book

Trois mois avant le départ du Dakar 2026, une équipe d’explorateurs sillonne déjà l’Arabie saoudite pour accomplir une mission capitale : la reconnaissance du parcours et la rédaction du road-book. Cette tâche, longue de six semaines et de douze heures quotidiennes de navigation, représente la colonne vertébrale de la course. Sans ces éclaireurs du désert, qui avancent à une moyenne de 20 km/h sous un soleil implacable, les 325 véhicules attendus au départ de Yanbu le 3 janvier navigueraient à l’aveuglette dans l’immensité saoudienne.

Cette année, le rallye-raid le plus célèbre du monde poursuit son aventure sur les terres du royaume wahhabite pour sa septième édition consécutive. Avec près de 8 000 kilomètres au programme, dont 4 000 km de spéciales chronométrées, la précision du road-book devient plus critique que jamais. Pierre Lenfant, coordinateur de l’expédition, résume l’enjeu : « Le road-book, c’est le livre sacré du rallye-raid. Tout ce qu’on fait là doit permettre de l’écrire de la manière la plus précise possible. Il ne faut vraiment pas se louper. »

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Les défis de la reconnaissance du parcours 2026 en Arabie Saoudite

Une équipe d’explorateurs dans le désert

L’opération de reconnaissance mobilise huit personnes, réparties dans trois 4x4 et un camion logistique. Dans l’obscurité totale du désert, loin de toute civilisation, ces explorateurs dorment sous la voûte céleste, parfois avec pour seule compagnie les rumeurs de hyènes aperçues au pied des montagnes. Leur quotidien ? Des journées de 6 heures du matin à 17h33, moment où le soleil disparaît et rend la perception des détails impossible.

L’équipe se compose de profils complémentaires. Isidro Cuadrado, Espagnol aux airs de professeur Tournesol, occupe le poste stratégique d’auteur du road-book. Ancien chez Honda pour la conception de parcours, il est encadré par un pilote et suivi d’une troisième voiture chargée de noter les points de sécurité. Francisco Romero, responsable sécurité, assure la liaison avec les autorités saoudiennes et maîtrise la réalité humaine du désert : « Souvent, tu regardes autour de toi et tu ne vois rien ni personne. Pourtant, il y a des gens dans le désert, des campements qui sont là depuis cent ans et qui seront encore là dans cent ans. »

La méthode de travail au ralenti

La reconnaissance n’a rien d’une promenade de santé. La caravane avance à une allure moyenne de 20 km/h, rythmée par d’innombrables arrêts et retours en arrière. Chaque kilomètre mérite une pause, chaque obstacle une évaluation. Isidro Cuadrado, sanglé sur son siège passager, demande un arrêt à chaque kilomètre pour griffonner dans son carnet à spirales. Un arbre, une montagne, une flèche : chaque détail devient une case de bande dessinée.

Cette lenteur apparente cache une création en temps réel. Le coordinateur Pierre Lenfant explique : « Nous, sur ce plateau, on se dit qu’il n’y a rien de spécial. Mais Isidro, dans sa tête, c’est différent. Il voit des choses qui ont un sens pour lui et pour la navigation. » Cette méthode garantit que le road-book reflète la réalité terrain, pas seulement une vision satellite. Le groupe consulte même Saleh, un Saoudien connaissant la région comme sa poche, pour évaluer la pérennité des campements bédouins rencontrés sur la piste.

La création du road-book, bible du rallye-raid

Du croquis papier au format numérique

Le processus de création du road-book reste étonnamment artisanal. Isidro Cuadrado dessine ses instructions sur des feuilles blanches divisées en six cases numérotées, créant une sorte de sténographie géographique. Ses croquis au crayon utilisent une légende personnelle : « M1 », « L3 », « RI »… Des codes qui décrivent aussi bien la forme d’un rocher que la surface d’une piste dangereuse. « C’est uniquement pour moi. Ensuite, tout sera numérisé de manière compréhensible », assure-t-il.

Le road-book 2026 sera, comme ces dernières années, distribué chaque matin avant le départ. Une partie de la flotte sera équipée du nouveau road-book électronique, développé avec ERTF. Cette évolution numérique n’a pas supprimé l’étape papier : le croquis manuel reste le meilleur moyen de capturer l’intuition et l’expérience d’un spécialiste comme Cuadrado. L’analogie est directe : avant d’être numérisé, le road-book doit d’abord passer par le cerveau d’un homme qui a arpenté le désert.

L’équilibre entre navigation et sécurité

La principale difficulté réside dans l’équation parfaite entre guidage et liberté. Un road-book doit permettre aux concurrents de trouver leur chemin sans les placer sur des rails. Il indique des caps en degrés, signale les dangers, mais laisse aux pilotes la responsabilité de leur trajectoire. Isidro Cuadrado mesure cette responsabilité : « Une grande responsabilité, même si tout ne repose pas sur moi. »

La sécurité prime sur tout. Les pilotes arrivent à 160 km/h sur des portions où l’équipe de reconnaissance avance au pas. Une bosse qui paraît inoffensive, une saignée invisible, un ravin mal bordé : autant de pièges mortels à signaler. L’auteur du road-book doit donc anticiper la vitesse et la perception des concurrents. Parfois, la solution est de contourner un passage techniquement faisable mais trop dangereux à haute vitesse. Cette rigueur explique pourquoi le document continue d’évoluer jusqu’à la veille de la course, au gré des ouvertures d’étape finales.

Les spécificités du parcours 2026

Un itinéraire record de 8 000 kilomètres

Le Dakar 2026 s’élancera de Yanbu, sur la mer Rouge, pour une immense boucle qui s’y achèvera le 17 janvier. Treize étapes sont au programme, entrecoupées d’une journée de repos à Riyad le 10 janvier. Le total de près de 8 000 kilomètres, dont 4 000 km de spéciales chronométrées, égale presque le record de l’époque saoudite.

La philosophie du parcours 2026 repose sur deux piliers : la variété des terrains et l’équilibre des efforts. David Castera, directeur de la course, a conçu un tracé maintenant un haut niveau de difficulté tout en explorant les territoires inédits du royaume. Les concurrents devront s’exprimer sur tous les types de sable et de pistes, avec une alternance judicieuse entre temps forts et moments de respiration. Le parti pris de réduire le nombre de bivouacs permettra aux équipes d’assistance de rester opérationnelles, un luxe précieux sur une course aussi longue.

Les étapes marathon et leurs défis

L’édition 2026 revisite le concept d’étapes marathon avec une innovation : une variante de ces étapes sans assistance au cœur de chaque semaine de course. La première marathonie débutera le 7 janvier, entre Alula et Haïl, avec deux jours consécutifs de 492 km et 526 km. Les concurrents dormiront dans un bivouac refuge, sans pouvoir compter sur leurs mécaniciens.

La seconde épreuve marathon, du 13 au 14 janvier, reliera Wadi Ad-Dawasir à Bisha sur des distances similaires. Ces étapes représentent un test psychologique majeur : le road-book doit être parfait, car une erreur de navigation ou une mécanique fragile peut coûter des heures sans possibilité de réparation. Le road-book devient alors le seul allié fiable dans l’isolement le plus total, guidant les pilotes sur des portions de 418 à 451 km chronométrés.

Le Dakar 2026 confirme son ambition d’être la course la plus exigeante du monde. La reconnaissance méticuleuse du parcours, menée par des experts comme Isidro Cuadrado, garantit que chaque kilomètre chronométré respecte la promesse de la course : un défi humain et mécanique dans l’immensité du désert saoudien. Le road-book, fruit de ces semaines d’exploration, reste l’élément déterminant entre victoire et abandon. Pour les pilotes, la préparation de la navigation sera aussi cruciale que la préparation physique, car l’Arabie saoudite ne pardonne aucune erreur. À trois mois du départ, les esprits sont déjà tendus, les hyènes rôdent, et le road-book prend forme, case après case, pour écrire la prochaine légende du Dakar.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.