La performance de Yuki Tsunoda au Grand Prix du Mexique 2024 a suscité des réactions contrastées au sein de l’écurie Red Bull Racing. Malgré une onzième place finale qui ne lui a pas permis de marquer de points, le pilote japonais a démontré un potentiel impressionnant tout au long du week-end mexicain. L’équipe a ouvertement reconnu que ses choix stratégiques ont “tué quelques points” que Tsunoda aurait pu récolter sur le mérite de sa conduite.
Cette situation illustre la complexité de la position actuelle de Tsunoda chez Red Bull, alors que l’écurie tarde à prendre une décision définitive concernant son avenir pour 2026. Entre les louanges du directeur d’équipe Laurent Mekies et la frustration palpable du pilote, le Grand Prix du Mexique révèle les défis auxquels fait face le jeune japonais dans sa quête pour sécuriser son siège.

Red Bull surprotège Yuki Tsunoda au Grand Prix du Mexique : une stratégie sacrifiée
Le Grand Prix du Mexique a révélé une réalité inconfortable pour Yuki Tsunoda : son rôle au sein de Red Bull implique parfois de sacrifier ses propres résultats pour le bien de l’équipe. L’Autódromo Hermanos Rodríguez a été le théâtre d’une course où la stratégie de l’écurie autrichienne a clairement privilégié Max Verstappen, laissant Tsunoda dans une situation compromise.
Parti de la dixième position sur la grille, Tsunoda a réalisé un excellent départ, remontant jusqu’à la huitième place dès le premier tour. Cette progression initiale démontrait son potentiel et sa combativité, qualités qui n’ont pas échappé à l’encadrement technique de Red Bull. Le pilote japonais s’est retrouvé dans une bataille serrée avec Oscar Piastri, le futur pilote McLaren, défendant sa position avec ténacité sur les pneus medium moins favorisés.
La décision de prolonger considérablement le premier relais de Tsunoda jusqu’au 36ème tour s’inscrivait dans une logique d’équipe claire. Red Bull a utilisé son pilote comme un bouclier stratégique, forçant les pilotes de pointe comme Piastri, George Russell, Lewis Hamilton et Liam Lawson à le dépasser avant l’arrêt au stand de Verstappen. Cette tactique, bien que préjudiciable pour Tsunoda, visait à protéger la position du quadruple champion du monde néerlandais dans la hiérarchie de course.
Laurent Mekies, directeur d’équipe de Red Bull Racing, a été remarquablement franc dans ses déclarations post-course : “Nous l’avons laissé dehors un peu plus longtemps parce que c’était un avantage pour nous de le faire, et nous avons eu un arrêt légèrement long. Donc nous avons tué quelques points qu’il aurait marqués sur le mérite.” Cette transparence inhabituelle souligne la reconnaissance par l’équipe du sacrifice demandé à Tsunoda.
Le relais prolongé a eu des conséquences directes sur la performance finale du pilote japonais. Lorsqu’il est finalement rentré aux stands, ses pneus soft neufs n’ont pas pu être exploités pleinement en raison du trafic dans lequel il s’est retrouvé. Un arrêt au stand particulièrement lent, qui lui a fait perdre environ neuf secondes, a achevé de compromettre ses chances de marquer des points, le laissant à seulement 3,6 secondes de la neuvième place d’Esteban Ocon.
La frustration légitime de Tsunoda face à des points perdus
L’amertume de Yuki Tsunoda après la course était palpable et compréhensible. “Des points faciles, nous les avons simplement jetés à la poubelle,” a-t-il déclaré à Sky Sports F1, ne cachant pas sa déception face à une opportunité gâchée. Cette frustration reflète la pression croissante que subit le pilote japonais, dont l’avenir en Formule 1 reste incertain pour la saison 2026.
Tsunoda a insisté sur le fait que plusieurs éléments échappaient à son contrôle durant la course mexicaine. Il a mentionné avoir signalé “quelques situations” qu’il n’a pas pu éviter ou sauver, sans pouvoir en révéler les détails publiquement. Cette discrétion forcée témoigne des tensions internes et des complexités stratégiques qui peuvent affecter un pilote de deuxième plan dans une grande écurie.
Malgré ces obstacles, le pilote japonais a maintenu une attitude professionnelle, reconnaissant que “c’est toujours de la course.” Il a choisi de se concentrer sur les aspects positifs, notamment le rythme compétitif qu’il a démontré tout au long du week-end. Cette capacité à rebondir mentalement constitue un atout majeur dans un environnement aussi exigeant que celui de Red Bull Racing.
La performance de Tsunoda au Mexique s’inscrit dans une dynamique positive récente. Le pilote a marqué des points lors de trois des six derniers Grands Prix depuis la pause estivale, après n’avoir scoré que trois fois lors des douze courses précédentes (hors Sprints). Cette progression témoigne d’une amélioration constante de sa performance et de son adaptation à la monoplace Red Bull RB21, réputée difficile à maîtriser.
Les déclarations de Tsunoda après la course révèlent également sa conviction qu’il aurait pu terminer entre la septième et la huitième place sans les complications stratégiques et mécaniques. Il a même affirmé que les Mercedes étaient à sa portée, bien qu’une trentaine de secondes les séparaient sous le drapeau à damier. Cette confiance, qu’elle soit réaliste ou non, démontre l’état d’esprit combatif du pilote japonais.
Red Bull surprotège Yuki Tsunoda au Grand Prix du Mexique : des performances qualitatives malgré tout
Au-delà du résultat décevant, l’évaluation technique de la performance de Tsunoda au Mexique révèle des progrès substantiels. Laurent Mekies s’est montré particulièrement élogieux, déclarant que “Yuki a connu son meilleur week-end depuis longtemps. Nous l’avons dit plusieurs fois, mais c’est vrai.” Cette reconnaissance de la part du directeur d’équipe pèse lourd dans l’évaluation globale du pilote japonais.
En qualifications, Tsunoda a réalisé sa deuxième plus petite différence avec Max Verstappen cette saison, avec seulement 0,211 seconde de retard en Q2. Cette performance est d’autant plus remarquable que le pilote japonais accuse un bilan de 21-0 en face-à-face qualificatif contre le quadruple champion du monde néerlandais. Même s’il n’a pas réussi à atteindre la Q3 pour la quinzième fois en 21 sessions de qualifications (Sprint inclus), ce rapprochement relatif avec Verstappen constitue un signal encourageant.
Durant le premier relais, l’écart de rythme entre Tsunoda et Verstappen était également minime selon Mekies, qui évoque “deux dixièmes, trois dixièmes de Max, sur le même très long premier relais sur le medium.” Bien que l’analyse détaillée des chronos révèle un écart moyen légèrement supérieur à quatre dixièmes (en excluant les anomalies comme les batailles de Verstappen avec Hamilton ou les dépassements de Tsunoda par des pilotes sur pneus neufs), cette performance reste solide.
La constance démontrée par Tsunoda tout au long du week-end mexicain constitue peut-être son accomplissement le plus significatif. Dans un environnement où piloter la deuxième Red Bull est souvent comparé à “un calice empoisonné”, le japonais a su maintenir un niveau de performance élevé malgré la pression. Ses 25 points en 18 Grands Prix avec Red Bull pâlissent certes face aux 285 de Verstappen, mais reflètent autant les difficultés intrinsèques de la monoplace que les écarts de talent.
Comme lors du Grand Prix de Hongrie, Tsunoda a prouvé sa capacité à extraire le maximum d’une situation difficile. Sa gestion des pneus medium durant le long premier relais et sa défense face à des pilotes sur des monoplaces potentiellement plus rapides démontrent une maturité croissante dans son approche de la course. Cette évolution progressive répond partiellement aux interrogations sur sa capacité à s’imposer au plus haut niveau.
L’ombre d’Arvid Lindblad plane sur l’avenir de Tsunoda
Le timing de la performance de Tsunoda au Mexique s’avère crucial alors que Red Bull évalue ses options pour la saison 2026. L’écurie autrichienne fait face à un double dilemme : trouver un coéquipier compétent pour Verstappen et gérer l’arrivée imminente de son jeune prodige Arvid Lindblad, actuellement septième en Formule 2. Cette équation complexe place Tsunoda dans une position délicate, malgré ses progrès récents.
Arvid Lindblad a profité de la session d’essais libres 1 au Mexique pour démontrer son potentiel au volant de la RB21 de Verstappen. Le jeune britannique a surpassé tous les autres rookies présents d’environ sept dixièmes de seconde, et a même devancé Tsunoda au chronomètre. Bien que cette session ne soit pas réellement compétitive et que les conditions ne permettent pas une comparaison directe, l’impression laissée par Lindblad a été positive.
“Il a fait un excellent travail,” a commenté Mekies à propos de Lindblad. “C’est tellement difficile de monter en FP1, c’est vraiment très différent des journées de tests. Vous n’avez pas beaucoup de pneus, vous n’avez pas beaucoup de tours. Et il a fait un très bon travail. Il était très calme, il a donné tous les bons retours, il n’a pas commis d’erreur, il n’a pas cassé la voiture. Honnêtement, il nous a impressionnés lors de cette FP1, sans aucun doute.”
Red Bull a initialement prévu de prendre une décision concernant ses pilotes pour 2026 aux alentours du Grand Prix du Mexique, mais l’écurie a repoussé cette échéance jusqu’à “environ Abou Dhabi.” Ce délai supplémentaire offre à Tsunoda davantage d’opportunités de prouver sa valeur, mais prolonge également l’incertitude qui pèse sur sa carrière. Le défi que représente Tsunoda pour Red Bull face à la domination de Verstappen reste entier.
L’historique de Red Bull avec ses pilotes de deuxième plan n’inspire pas confiance. Pierre Gasly, Alex Albon, Sergio Pérez, Liam Lawson et Tsunoda lui-même ont tous échoué à se rapprocher suffisamment de Verstappen au cours des sept dernières saisons. Cette difficulté chronique soulève des questions sur la philosophie de l’équipe et sur les attentes réalistes qu’elle peut avoir envers un coéquipier du néerlandais.
La décision de Red Bull sera également influencée par la performance de Liam Lawson chez Racing Bulls. Isack Hadjar est actuellement considéré comme le favori pour un siège chez Racing Bulls grâce à ses performances impressionnantes, mais la configuration finale des deux équipes du groupe Red Bull reste floue. Tsunoda se retrouve pris dans ce jeu de chaises musicales, où chaque course devient une audition pour sa survie en Formule 1.
Red Bull surprotège Yuki Tsunoda au Grand Prix du Mexique : perspectives pour la fin de saison
Les trois derniers Grands Prix de la saison 2024 revêtent une importance capitale pour Yuki Tsunoda. Chaque session, chaque tour, chaque dixième de seconde sera scruté par Red Bull dans sa prise de décision finale. Le pilote japonais doit non seulement maintenir son niveau actuel, mais idéalement le surpasser pour convaincre définitivement l’équipe de sa valeur ajoutée.
“Nous n’avons aucune raison de précipiter la décision,” a affirmé Mekies. “Yuki fait des progrès, les autres jeunes font également des progrès, donc nous allons prendre un peu plus de temps. Nous donnerons à ces gars autant de chances qu’ils peuvent avoir de démontrer sur piste qui sont les meilleurs.” Cette approche délibérément patiente témoigne de l’incertitude qui règne chez Red Bull concernant l’avenir de son line-up.
La situation de Tsunoda illustre la dualité de son rôle actuel. D’un côté, il bénéficie du soutien et de la reconnaissance de l’équipe pour ses progrès, comme en témoignent les louanges de Mekies après le Mexique. De l’autre, il est utilisé comme un pion stratégique pour servir les intérêts de Verstappen, au détriment de ses propres résultats. Cette surprotection paradoxale le place dans une position ambiguë.
Le Grand Prix de Sao Paulo, suivi par Las Vegas et Abou Dhabi, offriront à Tsunoda trois dernières occasions de faire pencher la balance en sa faveur. Sa capacité à maintenir des écarts réduits avec Verstappen en qualifications, à gérer efficacement ses pneus en course et à marquer des points de manière consistante seront les critères clés d’évaluation. Chaque performance sera comparée non seulement à celle de Verstappen, mais également à celles de Lawson, Hadjar et potentiellement Lindblad.
L’enjeu dépasse la simple question de savoir si Tsunoda mérite ou non de rester en Formule 1. Le pilote japonais a démontré au fil des saisons qu’il possède le talent nécessaire pour évoluer au plus haut niveau. La vraie question concerne plutôt sa capacité à s’épanouir dans l’environnement spécifique de Red Bull, dominé par la figure écrasante de Verstappen et caractérisé par des monoplaces notoirement difficiles à apprivoiser.
Le Grand Prix du Mexique restera dans les mémoires comme une course où Red Bull a ouvertement sacrifié les chances de Yuki Tsunoda pour servir ses intérêts stratégiques globaux. Cette transparence inhabituelle de la part de Laurent Mekies soulève des questions sur la philosophie de l’équipe et sur le traitement réservé à ses pilotes de soutien. Pour Tsunoda, la frustration de voir des points “faciles” s’échapper est tempérée par la reconnaissance de sa performance qualitative tout au long du week-end mexicain.
Alors que la saison 2024 touche à sa fin, l’avenir de Tsunoda en Formule 1 demeure incertain. Les trois prochains Grands Prix détermineront si le pilote japonais aura convaincu Red Bull de lui faire confiance pour 2026, ou si la montée en puissance d’Arvid Lindblad et les performances de Liam Lawson sonneront le glas de son aventure avec l’écurie autrichienne. Dans cette course contre la montre, chaque performance compte, et le Mexique a démontré que Tsunoda possède la vitesse et la maturité nécessaires pour mériter sa place, même si les résultats bruts ne reflètent pas toujours cette réalité.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.