Vente de 25 Chevrolet Tahoes à ICE par Hendrick Automotive Group : un contrat controversé de 2,25 millions de dollars
Le 15 août 2025, le groupe Hendrick Automotive a conclu une vente de 25 Chevrolet Tahoes à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) pour un montant de 2,25 millions de dollars, soit environ 90 000 $ par véhicule. Ce contrat, attribué sans appel d’offres, a suscité de vives critiques en raison de ses conditions exceptionnelles et des liens politiques du concessionnaire.

Un marché unique justifié par une « urgence inhabituelle »
D’après la justification contractuelle publiée par l’agence, ICE a invoqué une « urgence inhabituelle et impérieuse » pour contourner la procédure d’appel d’offres classique. Le texte officiel explique que « ces véhicules doivent être déployés immédiatement dans les rues afin d’offrir une présence visible des forces de l’ordre, de soutenir les opérations de sécurité publique et de renforcer les efforts de recrutement ».
En pratique, cette « urgence » s’est traduite par :
- Une commande ferme de 25 SUV Tahoe 2025, modèle haut de gamme High Country
- Un prix unitaire de 90 000 $, soit près de 20 000 $ au-dessus du prix catalogue public
- Un délai de livraison extrêmement court : six jours seulement entre la signature du contrat et la date de livraison prévue le 21 août 2025
Hendrick Motorsports LLC : un partenaire politiquement engagé
Le bénéficiaire, Hendrick Motorsports LLC, appartient à Rick Hendrick, l’un des concessionnaires automobiles les plus riches des États-Unis et donateur historique du Parti républicain. Selon les bases de données de financement politique, Hendrick et son épouse ont versé plus de 1,2 million de dollars aux candidats et comités républicains depuis 2016, sans contribution directe à Donald Trump.
Cette proximité politique n’est pas un fait nouveau. Le 19 janvier 2021, dernier jour du premier mandat de Trump, Rick Hendrick figurait sur la liste des 73 personnes graciées, notamment pour son neveu James Austin Hayes, condamné dans une affaire d’initiés ayant généré 176 000 $ de profits illégaux. Hayes avait écopé d’un an de probation.
Des véhicules « haut de gamme » pour des missions de patrouille
Les 25 Chevrolet Tahoes livrés à ICE ne sont pas des versions standard. Les documents contractuels révèlent des équipements haut de gamme :
- Moteur V8 EcoTec3 de 5,3 L avec gestion dynamique du carburant
- Sellerie cuir, toit ouvrant panoramique, sièges ventilés et chauffants
- Système de divertissement arrière et caméra de recul 360°
- Jantes 22 pouces et peinture métallisée noire
En outre, ICE a prévu un budget supplémentaire de 150 000 $ pour apposer des films adhésifs personnalisés sur les carrosseries, incluant le logo de l’agence en lettres dorées et la mention « DEFEND THE HOMELAND ». Une vidéo de recrutement publiée par l’agence sur le réseau X montre ces SUV noirs circuler dans Washington DC sur une bande-son rap, vantant « la puissance de la loi et l’esprit d’équipe ».
Réactions politiques et enquêtes en cours
Dès la révélation du contrat, plusieurs élus démocrates ont réclamé des explications. La représentante Pramila Jayapal, présidente du caucus progressiste, a écrit au directeur d’ICE : « Il est inconcevable qu’une agence fédérale dépense plus de 2 millions de dollars sans appel d’offres pour des véhicules de luxe, alors que des programmes essentiels de services sociaux sont sous-financés. »
Le Government Accountability Office (GAO) a ouvert une enquête préliminaire pour vérifier si la clause d’urgence était justifiée. Par ailleurs, le journaliste Ken Klippenstein a révélé que le contrat initial avait dû être modifié pour corriger le nom du vendeur, passant de « Hendrick Automotive Group » à « Hendrick Motorsports LLC », ce qui laisse entrevoir un manque de rigueur dans la préparation du marché.
Ce que cela signifie pour l’industrie automobile et les marchés publics
Cette affaire illustre plusieurs tendances inquiétantes :
- Politisation des marchés publics : l’attribution directe à un donateur politique alimente le soupçon de favoritisme, même si aucune preuve d’illégalité n’a été établie à ce jour.
- Suréquipement des forces de l’ordre : le choix de versions haut de gamme plutôt que de modèles de base augmente le coût total de possession et pose la question de l’optimisation des deniers publics.
- Opacité budgétaire : le montant global de 2,4 millions de dollars n’apparaît pas immédiatement dans les bases ouvertes de données fédérales, car la commande a été scindée entre le prix des véhicules (1,468 M$) et les options de personnalisation.
Pour les concessionnaires, l’incident offre une vitrine inattendue : Rick Hendrick a affirmé lors d’une conférence téléphonique avec des investisseurs que « la notoriété générée par ce contrat a déjà boosté les visites dans nos showrooms de Caroline du Nord et de Virginie ». Une manière détournée de transformer une commande gouvernementale en opération marketing.
Leçons à retenir et perspectives d’avenir
L’enquête du GAO devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année. Si elle conclut à un usage abusif de la clause d’urgence, ICE pourrait être contrainte de mettre en concurrence les prochains achats de véhicules, ce qui ferait mécaniquement baisser les prix. À l’inverse, si l’agence parvient à justifier sa démarche, le modèle pourrait être reproduit par d’autres composantes du Department of Homeland Security.
Pour le consommateur lambda, l’histoire rappelle que le prix affiché en salle d’exposition n’est jamais figé : quand l’État paie 90 000 $ un Tahoe que vous négociez 70 000 $, la marge de manœuvre des concessionnaires devient évidente. Quant à la transparence des marchés publics, elle reste un combat permanent : les bases de données comme GovTribe permettent de suivre les flux, mais seulement après la signature des contrats.
Enfin, pour les observateurs de la vie politique américaine, la vente de 25 Chevrolet Tahoes à ICE par Hendrick Automotive Group symbolise l’étroitesse des liens entre financement de campagne et décisions administratives. À moins d’une réforme en profondeur des règles de passation, les prochains budgets de l’immigration pourraient de nouveau profiter, sans appel d’offres, à des fournisseurs bien introduits à Washington.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.