Vendredi soir, au Losail International Circuit, Yuki Tsunoda réalisait la performance de sa saison en négociant un sprint qualifying mémorable. Le pilote japonais non seulement a décroché la cinquième place, mais il a également mis fin à une incroyable série de 37 qualifications sans défaite pour Max Verstappen face à ses coéquipiers successifs. Un exploit salué par toute la communauté F1, qui voyait enfin le natif de Sagamihara trouver ses marques au sein de Red Bull Racing.
Vingt-quatre heures plus tard, le décor a complètement changé. Lors du qualifying officiel du Qatar grand prix, Tsunoda a été éliminé dès la Q1, s’élancera depuis la 14e position sur la grille, et a avoué ne “strictement aucune idée” de ce qui a bien pu se passer. Cette contre-performance intervient à un moment critique de sa carrière, où chaque tour compte pour son avenir en Formule 1.

Le contraste saisissant entre sprint et qualifying au Qatar grand prix
La différence de performance entre vendredi et samedi à Doha dépasse l’entendement. Le pilote numéro 22 avait pourtant trouvé les mots pour exprimer sa satisfaction après le sprint : “Propre” et “fluide” pour décrire son week-end, mentionnant avoir découvert “davantage de confiance” dans sa Red Bull RB21. Ces déclarations, rapportées par Autosport, semblaient indiquer un tournant dans sa saison.
Pourtant, dès les premiers instants du samedi après-midi, le temps de 1:22.364 affiché au tableau a sonné comme une sentence. Aucun progrès en Q2, pas de position de choix pour la course dominicale. L’écart de trois dixièmes avec son coéquipier Verstappen, qui lui-même a dû se contenter de la 11e place, illustre à quel point la séance a tourné au cauchemar pour l’écurie autrichienne.
Les réactions dans le paddock ont été unanimes. Comment un pilote capable de signer le cinquième temps vendredi peut-il chuter aussi bas le lendemain ? Tsunoda lui-même s’est montré perplexe face aux médias : “J’ai aucune idée de ce qui s’est passé parce que le tour était plutôt propre. Similaire à ce que j’avais hier [quand c’était suffisant pour] P5. La voiture était à peu près la même.” Une déclaration presque identique reprise par Motorsport Week, soulignant la consternation du pilote.
Les statistiques inquiétantes de Yuki Tsunoda chez Red Bull
Cette élimination en Q1 au Qatar grand prix n’est pas un incident isolé. Depuis son arrivée chez Red Bull Racing, Tsunoda a été éliminé dès la première phase du qualifying à dix reprises sur vingt-six courses. Un ratio qui pose question, même si le niveau de compétition chez l’écurie championne du monde est des plus élevés.
La saison 2024 a été particulièrement difficile pour le Japonais. Malgré des moments de lucidité, comme à Monaco ou à Monza où il a montré de vraies capacités, les performances en qualifications restent son talon d’Achille. Comparer ces statistiques à celles de ses prédécesseurs au sein de Red Bull ne fait qu’accentuer la pression.
Le tableau des positions de départ révèle une autre donnée inquiétante : à l’issue des qualifications, Tsunoda pointe à la 14e place, juste devant Lance Stroll, Alexander Albon et son propre concurrent pour 2026, Liam Lawson. Une proximité avec le pilote de développement néo-zélandais qui rend la situation d’autant plus délicate pour le management Red Bull.
Les causes mystérieuses de l’élimination en Q1
Yuki Tsunoda a été formel : aucune erreur majeure commise, un tour jugé “plutôt bon” dans l’ensemble. Pourtant, le chrono ne ment pas. Le pilote de 24 ans évoque une possible perte de grip ou de rythme soudaine, mais sans parvenir à identifier la source exacte du problème.
L’équipe a procédé à un changement mineur entre le sprint et le qualifying principal. Tsunoda minimise l’impact de cette modification : “Nous avons changé une chose mais ça ne devrait pas affecter tant que ça.” Un argument qui ne convainc que partiellement les experts techniques, qui savent qu’en F1, le moindre réglage peut transformer une voiture compétitive en enclume.
Les conditions du Losail International Circuit peuvent également expliquer en partie cette performance décevante. La piste qatarienne, rapide et fluide, expose les moindres faiblesses d’un châssis. Lorsque le grip n’est pas optimal, les dixièmes s’envolent rapidement. Un phénomène que plusieurs pilotes ont évoqué durant le week-end.
Une stratégie à deux arrêts qui complique la remontée
L’incertitude de Tsunoda ne se limite pas aux qualifications. La course du Qatar grand prix s’annonce extrêmement complexe pour le pilote japonais. Les directives de la FIA imposent une stratégie à deux arrêts minimum en raison des inquiétudes sur l’usure des pneus, ce qui limite considérablement les opportunités de gains tactiques.
Le circuit de Losail est réputé pour être l’un des plus difficiles du calendrier en termes de dépassements. Les secteurs 2 et 3, ultra-rapides, ne pardonnent aucun écart. Les tentatives de remontée se cantonnent généralement au premier virage ou lors des relances après les arrêts aux stands. Pour un pilote partant 14e, l’objectif d’une arrivée dans les points semble déjà compromis.
Tsunoda lui-même semble avoir intégré cette réalité. Plutôt que de parler de stratégie, il a insisté sur l’importance de prendre le meilleur départ possible. Une approche réaliste, voire fataliste, qui témoigne de sa compréhension des difficultés qui l’attendent lors des 57 tours de la course.
L’avenir en jeu pour Tsunoda chez Red Bull Racing
Chaque course de cette fin de saison 2024 pourrait être la dernière pour Yuki Tsunova dans un baquet Red Bull Racing. Son contrat n’a pas été prolongé pour 2025, et le siège aux côtés de Max Verstappen a déjà été attribué à Liam Lawson. Pour le Japonais, la question n’est plus de savoir s’il restera chez l’écurie championne, mais s’il conservera une place en Formule 1.
La rumeur paddock prépare déjà l’annonce de son retour chez Racing Bulls, l’ancienne AlphaTauri, pour y évoluer aux côtés du rookie Arvid Lindblad. Une option qui, si elle se confirmait, représenterait un déclassement douloureux pour un pilote qui a goûté au haut niveau. Mais même cette opportunité n’est pas garantie.
Interrogé sur la possibilité qu’une performance exceptionnelle dimanche change la donne, Tsunoda a répondu avec réalisme : “Je veux dire, je sais que vous voulez un rebondissement et tout, mais ce n’est pas encore décidé.” Une phrase qui en dit long sur la tension actuelle entre sa volonté de démontrer son potentiel et la réalité des décisions déjà actées en coulisses.
La lutte pour le siège 2026 contre Liam Lawson
Le duel interne chez Red Bull prend une tournure intéressante. Liam Lawson, actuellement à la 17e place au championnat avec 36 points, devance Tsunoda de seulement quatre unités. Ce faible écart pourrait théoriquement être comblé par une performance solide au Qatar grand prix et lors des courses suivantes à Abu Dhabi.
Une arrivée dans les points ce dimanche permettrait à Tsunoda de grappiller des positions précieuses au classement. Mais avec les contraintes de dépassements à Losail et la stratégie imposée, l’exercice s’annonce périlleux. Chaque position gagnée sur la piste devra être méritée au volant, sans compter sur une opportunité tactique miracle.
La direction de Red Bull observera attentivement chaque décision de pilotage, chaque dépassement tenté, chaque geste technique durant la course. Pour Tsunoda, il ne s’agit plus seulement de marquer des points, mais de prouver qu’il mérite sa place dans l’écosystème Red Bull au-delà de la saison 2024. Une performance qui pourrait influencer non seulement son avenir, mais aussi la composition des deux écuries pour la prochaine ère réglementaire.
Yuki Tsunoda affronte ce Qatar grand prix avec la conscience que chaque tour pourrait être un argument supplémentaire pour son avenir en Formule 1. Loin des projections stratégiques et des analyses techniques, c’est finalement son instinct de compétiteur qui devra parler sur une piste qui n’a déjà rien cédé à ses ambitions. La suite de sa carrière pourrait bien se jouer dans les prochaines heures de course, dans le désert qatari, sous les projecteurs d’une saison qui ne lui a pas épargné les désillusions.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.