Les qualifications du Grand Prix d’Abu Dhabi 2025 ont réservé leur lot de surprises et d’enjeux extrêmes. Dans un contexte où chaque dixième de seconde compte double pour le classement général, Max Verstappen a signé une pole position d’anthologie, en partie grâce à une assistance précieuse de son coéquipier Yuki Tsunoda. Cette collaboration tactique, rarement aussi visible en Formule 1 moderne, illustre l’importance capitale du travail d’équipe même dans un sport souvent perçu comme individuel.

Comment Tsunoda a contribué à la pole de Verstappen au GP d’Abu Dhabi
Une assistance mesurée dans la dernière ligne droite
Lors de la séance de qualification décisive, Yuki Tsunoda a joué un rôle de lieutenant parfaitement exécuté. Dans sa dernière tentative en Q3, Verstappen a bénéficié d’un léger sillage sur la longue ligne droite menant au virage 9, offert par sa monoplace sœur pilotée par Tsunoda. Cette manœuvre, bien que discrète, a permis au Néerlandais de gagner des précieux dixièmes qui ont fait toute la différence face à la menace McLaren.
L’aspiration n’est pas une nouveauté en Formule 1, mais son utilisation au sein d’une même écurie lors d’une séance qualificative reste stratégiquement délicate. Les réglementations interdisent toute forme d’entente préalable qui nuirait à l’esprit de compétition, mais rien n’empêche un pilote de rouler sur la piste simultanément à son équipier. Tsunoda, chronométré à distance respectable, a maintenu une trajectoire qui n’a pas interféré avec le tour de son coéquipier tout en lui offrant cet avantage aérodynamique crucial.
Les cadors de la Q3 sous haute pression
La phase finale des qualifications a vu Verstappen signer un chrono de 1’22”207, améliorant sa propre performance initiale de près d’une dixième. Lando Norris, principal rival pour le titre, a dû se contenter de la deuxième place à deux dixièmes, tandis qu’Oscar Piastri complétait le top 3. George Russell, malgré des espoirs de déstabiliser les prétendants, a échoué en quatrième position après avoir manqué de peu la sortie du dernier virage.
Le psychodrame s’est joué dans les derniers instants de la Q3. Après une première salve où Verstappen avait déjà pris la pole provisoire avec l’aide de Tsunoda, les deux McLaren ont tenté une ultime réplique. Leurs efforts sont restés vains face à la maîtrise totale du pilote Red Bull, qui a signé sa huitième pole de la saison et sa cinquième sur le circuit Yas Marina.
L’importance stratégique de cette pole position pour le championnat
Les scénarios de titre à l’issue des qualifications
La position de pole acquiert une valeur stratégique immense dans ce contexte de finale serrée. Verstappen, actuellement deuxième au championnat, sait qu’une victoire combinée à un résultat médiocre de Norris pourrait inverser la donne. Le Britannique, parti en première ligne pour la quinzième fois cette saison, n’a jamais gagné en s’élançant de la deuxième place – une statistique qui pèse lourdement sur les épaules de McLaren.
Les équations sont simples mais terriblement complexes à résoudre sur la piste. Norris doit terminer sur le podium pour garantir son titre, peu importe la performance de Verstappen. Piastri, troisième au classement général, doit impérativement finir dans le top 2 pour conserver ses chances mathématiques. Cette configuration crée une pression immense sur les troupes de Woking, qui doivent gérer deux voitures en situation de tout perdre.
L’expertise de Red Bull dans les situations tendues
L’écurie autrichienne a démontré une fois de plus sa capacité à performer sous pression. Helmut Marko, conseiller Red Bull, avait préalablement exprimé ses inquiétudes quant au rythme de Tsunoda, jugé trop éloigné de Verstappen lors des essais libres. Les écarts de plus d’une seconde en EL2 avaient alarmé la direction, d’autant que le Japonais lui-même s’était plaint d’un manque de confiance dans sa monoplace.
Les propos de Tsunoda après les essais révélaient la difficulté : “Je ne me suis pas senti à l’aise avec la voiture, en étant honnête. Je n’arrête pas de glisser partout. Je dois découvrir pourquoi, [et] ce qui cause ce souci.” Cette franchise témoigne de la complexité technique de la F1 moderne, où même des pilotes expérimentés peinent parfois à trouver le bon compromis de réglages.
Les coulisses d’une qualification historique
La gestion des pneus comme facteur déterminant
Une particularité notable de cette séance a été l’utilisation stratégique des gommes. En Q2, plusieurs pilotes ont paradoxalement été plus rapides sur des pneus usés que sur des pneus neufs, une situation rare qui a influencé les choix stratégiques. Max Verstappen a ainsi réalisé son premier chrono en Q2 sur des gommes déjà roulées, signant un 1’22”912 avant d’être dépassé par George Russell.
En Q3, seuls Russell, Verstappen et Leclerc disposaient de deux jeux de pneus tendres neufs. Cet avantage théorique s’est concrétisé pour Verstappen, qui a pu attaquer deux fois consécutivement à fond, contrairement aux pilotes McLaren contraints à une gestion plus frileuse. La différence de performance entre les gommes neuves et usées a été estimée à près de trois dixièmes sur ce circuit, un écart colossal dans un contexte aussi serré.
Les erreurs qui ont coûté cher à certains prétendants
La séance a été marquée par des éliminations précoces qui ont bouleversé les stratégies d’écurie. Lewis Hamilton, pour la troisième fois consécutive, n’a pas dépassé la Q1, terminant 16e après un accident en FP3 qui avait déjà fragilisé son week-end. Cette série noire représente sa pire performance depuis 2009, lorsqu’il évoluait encore chez McLaren, et souligne les difficultés persistants de Ferrari sur les circuits à caractéristiques spécifiques.
De son côté, Kimi Antonelli a déçu en Q2, échouant en 14e position après s’être plaint d’un manque total d’adhérence arrière. Carlos Sainz, Oliver Bearman, Liam Lawson et Lance Stroll ont également été éliminés à ce stade, privés de la chance de jouer les troubles-fête en Q3.
Les réactions et analyses post-qualifications
Les mots du paddock sur la performance de Verstappen
Gaëtan Vigneron, envoyé spécial sur place, a analysé l’exploitation du pilote Red Bull : “Verstappen a fait ce qu’il avait promis de faire : mettre la pression sur les McLaren. Il a réalisé deux tours d’anthologie. Le premier avec l’aide de Yuki Tsunoda, qui lui a donné un peu d’aspiration. Le deuxième, il l’a réalisé tout seul comme un grand.” Cette observation met en lumière la dualité de la performance : une aide extérieure ponctuelle, puis une confirmation par la force pure.
Le contexte émotionnel n’a pas échappé aux observateurs. Pour Tsunoda, qui quitte Red Bull après cette course, la possibilité d’influer sur le titre mondial représente une fin de parcours symbolique. Lors des essais libres, il s’était déclaré prêt à “faire ce que je fais, je vais essayer de” aider Verstappen. Cette implication personnelle ajoute une saveur particulière à sa contribution technique.
Les défis qui attendent les pilotes dimanche
La course s’annonce éprouvante sur le plan physique et mental. Nico Rosberg, champion du monde 2016, commentait dans le paddock que “le pilote que personne ne veut affronter, c’est bien le Néerlandais. C’est un gladiateur et il est encore dans le chemin.” Cette réputation de combattant redoutable plaide en faveur de Verstappen, même si Norris conserve statistiquement les meilleures cartes.
Les enjeux de fiabilité et de stratégie seront primordiaux. McLaren doit gérer deux voitures en position de titre sans qu’elles ne s’entravent mutuellement, tout en surveillant la pression de Russell qui partira en embuscade. De son côté, Red Bull pourra compter sur Tsunoda, 10e sur la grille, pour potentiellement jouer un rôle d’écran ou de protection stratégique en première partie de course.
Ce que signifie cette pole pour la suite du championnat
L’obtention de cette pole position par Verstappen relance mécaniquement le suspense dans une saison déjà exceptionnelle. Les bookmakers ont légèrement revu leurs cotes à la baisse pour Norris, bien qu’il reste toujours favori statistique. La pression psychologique s’est déplacée du côté de McLaren, qui doit désormais défendre une position d’avantage plutôt que d’attaquer.
Pour Tsunoda, ce dénouement représente une clôture digne de son parcours chez Red Bull. Passé de piloteAlphaTauri à titulaire de l’écurie mère, il aura marqué les esprits non par des résultats spectaculaires, mais par une fidélité et un professionnalisme qui se sont traduits par une aide directe au titre dans les ultimes instants. Sa carrière en F1 continue probablement ailleurs, mais son empreinte sur cette saison 2025 restera indélébile.
Le départ de la course, prévu à 13h30, s’annonce comme l’un des plus stressants de la décennie. Chaque pilote des trois premières places sait qu’une erreur pourrait coûter le championnat du monde, tandis que chaque dixième gagné pourrait s’avérer décisif. Dans ce contexte, l’héroïsme de Verstappen en qualifications, partiellement facilité par Tsunoda, pourrait bien être le premier acte d’une victoire finale.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.