Le 25 octobre 2015, le circuit de Sepang a accueilli l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire moderne du MotoGP. Alors que la saison 2015 touchait à sa fin, Valentino Rossi comptait 11 points d’avance sur son coéquipier Jorge Lorenzo dans la course au titre mondial. Mais c’est un autre rival qui allait devenir le protagoniste involontaire d’un drame sportif immense : Marc Marquez, double champion du monde en titre mais déjà hors course pour le championnat.

Le contexte de la rivalité explosive entre Marc Marquez et Valentino Rossi à Sepang 2015
Les prémices de la confrontation à Phillip Island
Une semaine avant Sepang, le Grand Prix d’Australie à Phillip Island avait déjà mis le feu aux poudres. Marc Marquez s’était imposé en finissant devant Jorge Lorenzo, mais le duel qui avait opposé le n°93 à Valentino Rossi pendant une partie de la course avait laissé des traces. Rossi était convaincu que Marquez l’avait délibérément freiné pour affaiblir ses chances de titre.
« Son but n’est pas seulement de gagner la course, mais aussi d’aider Lorenzo à aller plus loin, et me reprendre des points. Depuis Phillip Island, je pense que c’est très clair : Jorge a un nouveau supporter, c’est Marc », avait déclaré Rossi dans la foulée. Ces accusations avaient créé une atmosphère particulièrement tendue au sein du paddock.
La configuration du championnat avant la Malaisie
En arrivant à Sepang, la donne était simple : Rossi menait avec 296 points, Lorenzo suivait avec 285 points. Dani Pedrosa et Marc Marquez, avec respectivement 179 et 159 points, n’avaient mathématiquement plus aucune chance de titre. La bataille pour le championnat se jouerait donc entre les deux pilotes Yamaha sur les deux dernières courses, en Malaisie puis à Valence.
Cependant, dans l’esprit de Rossi, Marquez représentait une menace supplémentaire. La crainte que le champion espagnol n’interfère dans la lutte pour le titre en aidant son compatriote Lorenzo devenait obsessionnelle pour l’Italien. Cette paranoïa grandissante allait avoir des conséquences dramatiques.
Le célèbre incident du Grand Prix de Malaisie 2015
Un début de course sous haute tension
Dès le départ, Dani Pedrosa parvenait à s’échapper et allait remporter une victoire exemplaire, mais éclipsée par les événements. Derrière lui, Rossi et Marquez livraient un duel acharné, avec des dépassements répétés et des frôlements à chaque virage. Le n°46 accusait son jeune rival de jouer sale, de ralentir délibérément le rythme pour le bloquer pendant que Lorenzo s’échappait.
Au bout de sept tours, la situation atteignit son point de rupture. Dans le long virage 14, les deux hommes étaient roue contre roue. Rossi, parti très large, semblait forcer Marquez vers l’extérieur de la piste. Les caméras captèrent alors un geste qui allait faire le tour du monde : la jambe de Rossi se tendait vers la Honda du n°93.
Le moment de contact et sa séquence
Selon Rossi : « Je suis parti large, large, large, j’ai ralenti, nous nous sommes presque arrêtés et je l’ai regardé pour lui dire “Merde, qu’est-ce que tu fous ?”. Il a touché ma jambe avec la partie droite de son guidon, mon pied a glissé du cale-pied mais si vous regardez l’image de l’hélicoptère, il est clair que Márquez avait déjà chuté quand mon pied a quitté le cale-pied. Je ne voulais donc pas lui donner un coup de pied. »
Marquez racontait quant à lui une version radicalement différente : « J’étais à l’intérieur et nous nous sommes doublés durant plusieurs tours. Dans ce virage, Valentino m’a doublé. J’ai entendu sa moto puis j’ai relevé la mienne mais je me suis rendu compte qu’il n’était pas sur l’angle, qu’il me regardait et ralentissait beaucoup. J’ai attendu, puis j’ai vu sa jambe pousser mon bras et mon levier de frein, la roue avant s’est bloquée et je suis tombé. »
Le résultat fut sans appel : Marquez chutait, furieux, et abandonnait la course. Rossi, libéré de ce rival, terminait troisième derrière Pedrosa et Lorenzo, consolidant son avance au championnat de 7 points.
Le moment de contact et sa séquence (suite)
Selon Rossi : « Je suis parti large, large, large, j’ai ralenti, nous nous sommes presque arrêtés et je l’ai regardé pour lui dire “Merde, qu’est-ce que tu fous ?”. Il a touché ma jambe avec la partie droite de son guidon, mon pied a glissé du cale-pied mais si vous regardez l’image de l’hélicoptère, il est clair que Márquez avait déjà chuté quand mon pied a quitté le cale-pied. Je ne voulais donc pas lui donner un coup de pied. »
Les conséquences et la sanction de la FIM
La décision historique des commissaires
Dans les heures suivant la course, le paddock s’enflammait. Les équipes protestaient, les fans s’écharpaient sur les réseaux sociaux. La direction de course de la Fédération Internationale Motocycliste (FIM) se réunissait d’urgence pour examiner les multiples angles de vue disponibles.
Mike Webb, directeur de course MotoGP, annonçait la décision : « La direction de course a décidé d’imposer trois points de pénalité à Valentino Rossi pour conduite irresponsable et avoir délibérément causé le contact. Il a pris le virage large afin d’essayer de pousser l’autre pilote hors de la trajectoire. Le résultat a été une chute, c’est donc une conduite irresponsable qui a causé une chute. »
Cette pénalité portait le total de points de pénalité de Rossi à quatre, ce qui déclenchait automatiquement une sanction supplémentaire : s’élancer depuis la dernière position sur la grille de départ de la course suivante, la finale à Valence.
Le point de vue de l’équipe Yamaha
Lin Jarvis, directeur de Yamaha Motor Racing, tentait de naviguer entre défense de son pilote et respect du règlement : « Si vous analysez la course en détails, il n’y avait rien d’incorrect dans les manoeuvres de Marc, mais il faut avoir une vue d’ensemble et se demander ce qui motive ce style de course. Cela a mené à un excès de frustration chez Valentino. Mais je ne défends pas les actions de Valentino. C’est pourquoi il a reçu une pénalité. »
Il ajoutait : « Nous pensons que la sanction est assez dure. Ce n’est pas un pilote “sale”. Ce n’est pas un pilote qui cause des soucis aux autres. » Yamaha avait fait appel, mais en vain. La décision était définitive.
Les réactions et versions contradictoires
Les justifications de Valentino Rossi
Rossi ne démentait pas avoir voulu gêner Marquez, mais rejetait toute responsabilité dans la chute : « Je voulais simplement lui faire perdre du temps, sortir de la trajectoire et le ralentir parce que cette fois-ci il jouait sale, encore bien plus qu’en Australie. Il devrait être ici pour nous l’expliquer. Je ne voulais pas le faire tomber. Aussi, on ne fait pas tomber une MotoGP avec un coup de pied. La moto est très lourde. »
Il accusait clairement Marquez d’avoir ruiné son championnat : « Pour moi, cette sanction n’est pas bonne parce que je n’avais pas l’intention de le faire tomber, j’ai juste réagi à son comportement. Sa mission a réussi puisqu’il m’a fait perdre le championnat. »
La version de Marc Marquez
Marquez, quant à lui, se défendait de toute manipulation : « Jeudi, Valentino avait surpris tout le monde après ma victoire à Phillip Island mais je ne m’en étais pas trop occupé. J’avais simplement fait mon week-end. Mon objectif était de me battre avec Jorge, Valentino et Dani. »
Il était catégorique sur le geste : « Je n’avais jamais vu ça, un autre pilote qui me pousse vraiment et me donne un coup de pied. Pour moi, “cet incident de course” n’est pas un incident de course. Au final mon résultat est zéro point. »
L’effet majeur sur le dénouement du championnat
La finale de Valence et ses conséquences
La sanction s’avéra décisive pour l’issue du championnat. À Valence, Rossi devait s’élancer dernier et réalisa pourtant une remontée spectaculaire, passant de la 24e à la 4e place. Mais Jorge Lorenzo, parti de la pole position, remportait la course et avec elle le championnat du monde avec 330 points contre 325 pour Rossi.
Lin Jarvis l’analysait ainsi : « Cette sanction me coupe une jambe et fait gagner Márquez. Le championnat n’est pas terminé mais cette sanction me coupe une jambe. » L’ironie était que Rossi, accusant Marquez de l’avoir poussé avec sa jambe, se voyait privé d’une partie de ses moyens pour la finale.
Héritage durable de la rivalité à Sepang 2015
Cet incident a profondément marqué la relation entre les deux champions. La fracture était désormais irréparable. Rossi n’a jamais remporté de nouveau titre mondial, terminant sa carrière avec neuf couronnes. Marquez, de son côté, a continué sa domination et égalé en 2025 le palmarès du Docteur avec neuf titres également.
Le clash de Sepang 2015 demeure un moment fondateur de la rivalité entre Marc Marquez et Valentino Rossi. Il illustre comment la pression du haut niveau, les soupçons et les frustrations peuvent conduire à des gestes désespérés avec des conséquences irréversibles. Pour le MotoGP, cet épisode a aussi montré les limites de la régulation et la difficulté à gérer les tensions entre pilotes dans une lutte pour le titre.
Dix ans plus tard, l’image de Rossi tendant la jambe reste gravée dans les mémoires, symbole d’un des affrontements les plus intenses et les plus controversés de l’histoire du sport mécanique. L’incident de Sepang 2015 continue d’alimenter les débats parmi les fans et restera à jamais associé à cette rivalité légendaire qui a marqué une génération de passionnés de MotoGP.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.