Le 29 novembre 2025, Sébastien Ogier a écrit une nouvelle page de l’histoire du rallye mondial en décrochant son neuvième titre de champion du monde WRC à l’issue du rallye d’Arabie saoudite. À 41 ans, le pilote français entre encore un peu plus dans la légende en égalant le record absolu détenu depuis 2012 par son compatriote Sébastien Loeb. Ce sacre, obtenu malgré une saison partielle où il a disputé seulement onze des quatorze manches, témoigne d’une maîtrise exceptionnelle et d’une intelligence de course hors pair qui ont marqué toute sa carrière.
Le natif de Gap (Hautes-Alpes) a terminé troisième de l’épreuve saoudienne remportée par le Belge Thierry Neuville (Hyundai), mais cette place était suffisante pour prendre le meilleur sur son coéquipier chez Toyota, le Britannique Elfyn Evans. Ce duel à distance, mené jusqu’à la dernière spéciale de la saison, a offert au championnat 2025 un final d’une intensité rarement égalée dans l’histoire du WRC.

Le sacre en Arabie saoudite : une saison partielle d’exception
Une gestion de champion
Tout au long du week-end saoudien, Sébastien Ogier a démontré pourquoi il est considéré comme l’un des plus fins stratèges du rallye moderne. Son approche intelligente a consisté à contrôler la course sans prendre de risques inutiles sur un tracé particulièrement exigeant et cassant. Malgré deux crevaisons subies vendredi, le pilote Toyota n’a jamais perdu son calme et a maintenu une régularité de tous les instants.
« Quelle saison incroyable. La bataille a vraiment été superbe avec Elfyn. Il n’y a de beaux champions qu’il y a de beaux adversaires… Ils nous ont poussés dans nos retranchements jusqu’à la dernière spéciale de la saison », a déclaré le Français après être grimpé sur le toit de sa Yaris pour célébrer son titre avec son copilote Vincent Landais.
Un programme minimal, un rendement maximal
Engagé initialement sur huit courses seulement, Ogier a finalement ajouté trois rallyes à son calendrier après un début d’année tonitruant. Cette flexibilité a été rendue possible par la confiance totale que Toyota lui accordait et par sa motivation retrouvée pour viser une neuvième couronne historique. Les résultats parlent d’eux-mêmes : six victoires et dix podiums en onze participations, un ratio de réussite exceptionnel qui prouve que la quantité n’est rien sans la qualité.
Ogier vs Loeb : le duel des géants du rallye français
Des trajectoires radicalement différentes
Alors que Sébastien Loeb a collectionné ses neuf titres de manière consécutive entre 2004 et 2012, toujours au volant d’une Citroën et avec le même copilote Daniel Elena, le parcours d’Ogier est bien plus hétéroclite. Le Gapençais s’est imposé en 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018, 2020, 2021 et désormais 2025, avec trois constructeurs différents et deux copilotes successifs.
Cette différence fondamentale nourrit le débat parmi les passionnés : la constance absolue de Loeb face à l’adaptabilité d’Ogier. Le premier a bâti une dynastie avec Citroën, domptant toutes les surfaces avec une régularité de métronome. Le second a dû affronter la concurrence interne chez Citroën, rebondir chez Volkswagen, puis prouver sa valeur chez M-Sport Ford et Toyota.
Les chiffres du débat
- Victoires en WRC : Loeb en compte 80 sur 180 départs, tandis qu’Ogier affiche 67 victoires en 203 rallyes
- Podiums : Loeb détient le record avec 117 podiums, Ogier en compte désormais 115
- Constructeurs : Ogier est le seul pilote à avoir été sacré avec trois marques différentes (Volkswagen, Ford, Toyota), un exploit que seul Juha Kankkunen avait réalisé auparavant
« Les gens me parlent beaucoup de ce neuvième titre et du record de Seb Loeb. La vérité est que je prends les choses comme elles viennent, mais ce n’est pas un objectif que je m’étais fixé. Du coup, je n’en fais pas du tout une obsession », expliquait Ogier mi-novembre après son succès au Japon. Cette modestie contraste avec l’assurance qu’il affiche sur les spéciales et montre un pilote à l’aise avec son héritage.
Une carrière hors norme : trois constructeurs, trois époques
L’année Volkswagen (2013-2016)
Quatre titres consécutifs avec la marque allemande ont établi les bases d’une domination sans précédent. La Polo R WRC est devenue la référence technique du plateau, et Ogier en a tiré le meilleur parti malgré une concurrence féroce.
Le pari M-Sport (2017-2018)
Le choix le plus audacieux de sa carrière : rejoindre l’écurie privée M-Sport après le retrait de Volkswagen. Sans soutien officiel et avec une Ford Fiesta moins compétitive sur le papier, Ogier a néanmoins remporté deux titres supplémentaires en battant les usines Hyundai et Toyota. Cette période a forgé sa réputation de pilote capable de gagner dans n’importe quelles circonstances.
La maturité Toyota (2020-2021, 2025)
L’arrivée chez Toyota a coïncidé avec une saison partielle assumée pour privilégier sa vie familiale. Après huit années de quasi-totalité des rallyes, Ogier a choisi de lever le pied pour passer plus de temps avec son fils Tim, désormais âgé de 9 ans. Pourtant, même avec un calendrier réduit, il a continué à briller, remportant trois titres supplémentaires avec la Yaris WRC.
L’avenir : vers un dixième titre historique ?
Des intentions claires pour 2026
Alors que beaucoup pensait que 2025 marquerait la fin de sa carrière, Ogier a déjà annoncé qu’il participerait à dix rallyes en 2026. Dans un coin de sa tête, un dixième sacre qui lui permettrait de dépasser Loeb et de devenir seul au panthéon du rallye mondial.
« Chaque fois que j’ajoutais un rallye à la liste, Vincent avait un grand sourire et moi j’avais envie de lui offrir ça car il joue un rôle important dans notre réussite et il a participé à ce vent de fraîcheur et à ce renouveau qui m’ont donné envie d’en faire plus », racontait le champion dans L’Équipe en début de semaine.
Une relation apaisée avec Loeb
Aujourd’hui, la relation entre les deux Sébastien est apaisée. De la rivalité explosive chez Citroën en 2011, où Ogier avait été écarté pour avoir osé défier le champion en titre, ils sont passés à un respect mutuel. Les deux hommes s’appellent régulièrement, et Loeb semble accepter que son élève puisse dépasser le maître. Comme si la boucle était enfin bouclée après quatorze ans de comparaisons constantes.
Conclusion
Le neuvième titre de Sébastien Ogier en 2025 ne représente pas seulement une égalisation de record, mais la consécration d’une carrière unique dans l’histoire du rallye. Avec une saison partielle, un changement de copilote et une concurrence plus relevée que jamais, Ogier a démontré une fois de plus sa capacité à s’adapter et à exceller.
Son palmarès, désormais quasi identique à celui de Loeb, se distingue par sa diversité : trois constructeurs, deux copilotes, des victoires sur toutes les surfaces et une longévité exceptionnelle. Alors que le championnat WRC entre dans une nouvelle ère électrique en 2027, la question n’est plus de savoir si Ogier peut battre le record, mais quand il le fera.
Pour le sport automobile français, ce duel entre deux champions exceptionnels a été une bénédiction. L’élève n’éclipse pas le maître, il complète une légende déjà incroyable. Et le rallye mondial n’en est que plus riche.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.