Le parcours héroïque du champion haut-alpin
Sébastien Ogier a terminé ce rallye final en troisième position, un résultat largement suffisant pour remporter la couronne mondiale. La victoire à Djedda est revenue au Belge Thierry Neuville, au volant d’une Hyundai, tandis que le Français Adrien Fourmaux, également chez Hyundai, a signé la deuxième place. Ce podium inédit a offert à Ogier les points nécessaires pour dépasser Evans de quatre unités au classement général final.
Le suspense est resté intact jusqu’au dernier instant. Avec trois points de retard sur Evans avant le départ du rallye saoudien, Ogier a dû puiser dans toute son expérience pour gérer la pression. Le Britannique, qui comptait bien s’offrir un premier titre mondial, s’est finalement classé sixième de l’épreuve, une position qui ne lui a pas permis de conserver son avantage. Le dénouement s’est joué dans la dernière spéciale, remportée par Evans devant Ogier, mais sans conséquence sur le classement final du championnat.
L’incroyable performance de l’Algavre tient dans son assiduité lors des courses qu’il a disputées. Sur les 11 rallyes auxquels il a pris part cette saison, il a monté à 10 reprises sur le podium, dont six victoires. Ce ratio de réussite dépasse l’entendement dans un sport où la moindre erreur peut coûter cher. Son copilote Vincent Landais, fidèle compagnon de route, a une nouvelle fois accompli un travail remarquable en lecture des notes.
Deux Sébastiens au sommet du rallye mondial
Avec ce neuvième sacre, Sébastien Ogier rejoint définitivement Sébastien Loeb au panthéon du sport automobile français. Les deux hommes totalisent à eux seuls 18 titres mondiaux, une domination sans équivalent. Si Loeb a glané ses neuf couronnes entre 2004 et 2012 exclusivement avec Citroën, Ogier a démontré une capacité d’adaptation extraordinaire en remportant les siennes avec trois constructeurs différents : Volkswagen, Ford et Toyota.
La comparaison entre les deux légendes française révèle des parcours distincts mais tout aussi impressionnants. Loeb a établi son record en participant à des saisons complètes, avec une régularité de machine. Ogier, en revanche, a choisi depuis 2021 de n’affronter qu’une sélection de rallyes, préférant privilégier sa vie familiale après la naissance de son fils. Ce statut d’« intermittent du rallye », comme il aime à se décrire, rend son exploit encore plus remarquable.
Le palmarès français dans le WRC n’a jamais été aussi brillant. En ajoutant le titre de Didier Auriol en 1994 avec Toyota, la France compte 19 couronnes, devançant largement la Finlande (15 titres). Cette suprématie s’explique par une école de pilotage particulièrement efficace et une passion nationale pour la discipline.
Les statistiques individuelles restent toutefois en faveur de Loeb en termes de victoires : 80 succès en 184 rallyes contre 67 victoires en 204 participations pour Ogier. Le record de l’Alsacien semble encore hors de portée, mais le Gapençis n’a pas écarté l’idée de revenir à une saison plus complète à l’avenir.
L’incroyable régularité d’un pilote intermittent
Le choix de Sébastien Ogier de ne plus disputer l’intégralité du championnat depuis la fin de 2021 résulte d’une fatigue mentale accumulée après quinze années passées sur les routes du monde entier. Le pilote s’est confié sur cette décision stratégique : « Je pensais que jouer des championnats en WRC était quelque chose qui appartenait au passé, mais ma carrière a connu en quelque sorte un rebond. »
Cette saison 2025 était encore plus complexe que les précédentes. Avec trois rallyes de moins qu’Elfyn Evans, soit 105 points potentiels en moins, la marge d’erreur était quasiment nulle. Chaque course devenait une finale à partir de laquelle il fallait marquer maximum de points. Cette pression constante a façonné une mentalité de chasseur acharné, capable de saisir chaque opportunité.
La famille reste la priorité absolue du champion. Le statut de pilote intermittent lui permet de concilier haut niveau et vie personnelle, un équilibre difficile à trouver dans un sport aussi exigeant. « Mon souhait est de continuer le plus longtemps possible comme ça, à prendre autant de plaisir et à aller chercher des victoires », a-t-il récemment confié.
L’avenir s’annonce sous les meilleurs auspices. Toyota a déjà confirmé la présence d’Odier pour la saison 2026, toujours dans le cadre d’un programme partiel. La perspective d’un dixième titre, qui le placerait seul au sommet du rallye mondial, n’est pas impossible. Le pilote reste néanmoins prudent : « Ce n’est clairement pas ça qui me fait avancer au quotidien », soulignant que la passion pure reste son principal moteur.
L’impact sur le championnat et la discipline
Ce neuvième titre de Sébastien Ogier bouleverse les perspectives du WRC. Déjà quadruple champion du monde en titre dans la catégorie reine, le Français démontre qu’il est possible de concurrencer les pilotes à programme complet avec une sélection intelligente d’épreuves. Ce modèle pourrait inspirer d’autres vétérans de la discipline, comme Thierry Neuville ou Ott Tänak, qui songent également à réduleur leur engagement.
La victoire de Thierry Neuville à Djedda illustre la montée en puissance de Hyundai, qui a su bousculer la domination Toyota cette saison. Le Belge, champion en titre, a remporté sa première victoire depuis septembre 2024 en Grèce, une performance qui lui permet de clôturer la saison sur une note positive malgré des difficultés rencontrées lors de plusieurs manches.
Pour Elfyn Evans, cette cinquième place de vice-champion reste une énorme déception. Le Gallois, qui semblait avoir enfin le prés de la victoire finale, voit le titre lui échapper une nouvelle fois au dernier moment. Son avenir chez Toyota pourrait être remis en cause, tant la pression monte sur ses épaules après des années de service fidèle.
Le départ annoncé de Kalle Rovanperä vers d’autres horizons, probablement le circuit ou les courses longue distance, laisse un vide important au sein de l’usine Toyota. Le Finlandais, pourtant considéré comme l’héritier naturel du titre, a décidé de changer de cap à seulement 24 ans, soulignant la difficulté croissante du calendrier WRC.
Sébastien Ogier prouve ainsi qu’à 41 ans, l’âge n’est pas un obstacle à la performance dans le rallye moderne. Son expérience, combinée à une approche moins intensive mais plus ciblée, ouvre une nouvelle voie pour la longévité des pilotes au plus haut niveau. Le challenge désormais sera de maintenir cet équilibre tout en éventuellement visant une décima couronne qui le hisserait au-delà de la légende Sébastien Loeb.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.