La réélection de Mohammed Ben Sulayem président de la FIA est l’un des événements majeurs qui marquent cette fin d’année dans le monde du sport automobile. À 63 ans, originaire des Émirats arabes unis, Ben Sulayem s’apprête à décrocher un nouveau mandat de quatre ans, consolidant ainsi sa position au sommet de l’organisme régulateur de la FIA. Alors que son nom est évoqué comme celui d’un leader à la vision claire, cette nouvelle étape n’est pas exempte de controverses ou de débats internes.
Depuis son accession à la présidence en 2021, Ben Sulayem a su naviguer dans un univers en pleine mutation, notamment à cause des enjeux liés à la gouvernance, la transparence, et l’évolution rapide du sport avec l’introduction de nouvelles technologies et réglementations. Mais cette réélection, qui doit se sceller lors de l’assemblée générale du 12 décembre à Tachkent, fait aussi émerger des questionnements sur la légitimité de son pouvoir, l’équilibre entre développement et centralisation, ainsi que sur son avenir face à une mouvance mondiale exigeante.

Contexte de la réélection et enjeux politiques
La perspective de voir Mohammed Ben Sulayem rempiler est largement anticipée, notamment parce qu’aucun adversaire crédible ne semble capable de contester son leadership dans l’immédiat. Quatre candidats ont annoncé leur intention de briguer la présidence : parmi eux, Tim Mayer, ancien commissaire en F1 et figure reconnue dans les cercles de pilotage, ainsi que Laura Villars, pilote suisse engagée dans le développement durable, ou encore Virginie Philippot, figure médiatique belge.
Cependant, le processus de sélection des candidats à la tête de la FIA est strict. Ils doivent déposer leur liste présidentielle avec des représentants pour des postes clés tels que : président du Sénat, vice-président de la mobilité, vice-président du sport, et sept vice-présidents régionaux. La date limite de dépôt est fixée entre le 3 et le 24 octobre, date à laquelle la majorité des candidatures doit être finalisée.
Les obstacles liés à la sélection
Un obstacle majeur réside dans le contrôle rigoureux exercé par le Conseil mondial du sport automobile (WMSC). Parmi les règles en vigueur, l’éligibilité des candidats est attribuée selon des critères nationaux, régionaux, et de diversité. En pratique, cela signifie que bien que plusieurs figures aient exprimé leur ambition, seules celles capables de rassembler un support régional suffisamment large peuvent espérer entrer dans la course.
Ce cadre réglementaire limite considérablement le nombre de candidats, comme en témoigne la présence d’un seul représentant sud-américain, Fabiana Ecclestone, dans les listes homologuées. La majorité des fédérations régionales, notamment en Amérique du Sud, demeure fidèles à Ben Sulayem, renforçant l’idée que cette réélection pourrait simplement consacrer la continuité.
Une critique souvent formulée concerne la concentration du pouvoir : la réforme statutaire de juin a renforcé l’influence du président sur la composition du Sénat et accentué le contrôle de la vérification des candidatures, alimentant ainsi des accusations de centralisation du pouvoir autour de Ben Sulayem. Ces modifications, approuvées lors du congrès annuel, ont été perçues par certains comme un ajustement visant à verrouiller la majorité en faveur de l’actuel président.
Déroulement et étapes clés du processus électoral
Le calendrier des élections de la FIA est très précis, dicté par des jalons qui garantissent la transparence et la légitimité du processus. Après la phase initiale de dépôt des candidatures en octobre, une série de vérifications et d’audits seront menés pour valider la conformité des listes.
- 3-24 octobre : période officielle pour le dépôt des candidatures. Les candidats doivent présenter leur équipe et leur programme pour le mandat à venir.
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- 19 septembre : date limite initiale, après laquelle toute soumission tardive n’était plus accepted, limitant la possibilité d’un renouvellement ou d’un candidat complémentaire.
- Début novembre : vérifications préliminaires, annonces officielles des candidatures acceptées, puis campagne interne.
- 12 décembre : date fatidique à Tachkent où le vote aura lieu lors de l’assemblée générale.
Les règles précises exigent que la liste présidentielle comprenne des leaders de divers secteurs, garantissant une représentation équilibrée à l’échelle mondiale. En pratique, cela signifie que le futur président devra composer avec une diversité de visions et d’intérêts, notamment ceux issus des fédérations asiatiques, européennes ou africaines.
Les enjeux de gouvernance
Les modifications apportées au cadre réglementaire, notamment pour renforcer la vérification des membres et la composition du Sénat, ont pour objectif de garantir la transparence. Pourtant, ces structures poussent certains observateurs à s’interroger sur la réelle autonomie des candidatures et la capacité d’un challenger à émerger face à un leader renforcé.
La démarche de Ben Sulayem, consolidant son influence, risque de continuer à alimenter le débat sur la gouvernance du sport auto. La réélection pourrait laisser intactes certaines dérives révisionnistes, tout en assurant une stabilité dans un sport en constante mutation.
Quelles implications pour la FIA et le sport automobile ?
La victoire de Ben Sulayem pour un nouveau mandat risque de stabiliser la gouvernance de la FIA pour les quatre prochaines années. Cependant, cela soulève également un certain nombre de questions quant à l’ouverture du processus et à la représentativité du président élu face aux attentes croissantes de transparence et de démocratie.
Impact sur la gouvernance et la transparence
Certains soutiennent que la stabilité est essentielle pour accompagner la transition vers une formule 1 plus digitale, plus responsable et plus inclusive. Mais d’autres dénoncent une gestion de plus en plus centralisée, où les voix dissidentes peinent à se faire entendre.
Le mouvement en faveur d’un changement de leadership émerge principalement de fédérations régionales ou de figures indépendantes. La question de la répartition du pouvoir dans la FIA est plus que jamais d’actualité, notamment à l’heure où le sport doit répondre aux enjeux du développement durable, de l’éthique et de la gouvernance.
Sur le plan stratégique et sportif
Ce prochain mandat pourrait également influer sur plusieurs axes fondamentaux comme l’uniformisation des règles, le contrôle des conflits d’intérêt, ou encore la gestion des circuits et des équipes. La continuité pourrait favoriser la stabilité réglementaire, mais pourrait également limiter l’innovation et la transparence, notamment dans le traitement de sujets sensibles comme la gestion des incidents ou l’intégrité sportive.
Les enjeux liés à la croissance du sport, notamment au travers de l’expansion internationale ou du lancement de nouvelles catégories, seront également à surveiller. Enfin, la position de la FIA sur des dossiers cruciaux comme la durabilité ou l’intelligence artificielle pourrait définir la trajectoire de la discipline pour la prochaine décennie.
Réactions et positionnements des acteurs du sport auto
Les opinions sur la possible réélection de Ben Sulayem sont contrastées. D’un côté, ses soutiens historiques, principalement issus de fédérations régionales, insistent sur la nécessité de stabilité dans une Madère en pleine ébullition. « La connaissance de Mohammed de la FIA et sa capacité à faire face aux défis sont ses principaux atouts, » affirme un représentant sud-américain.
De l’autre côté, certains membres et partenaires craignent une gouvernance trop centralisée. La récente lettre du directeur de Motorsport UK, David Richards, dénonçant la concentration du pouvoir autour du président, témoigne de cette frange critique. Ces tensions témoignent aussi d’un contexte interne où la compétition politique devient aussi féroce que sur la piste.
Le cas de Tim Mayer, qui a parcouru l’Amérique du Sud en quête de soutien, illustre également les enjeux de lobbying et d’alliance au sein d’un système où chaque fédération cherche à peser dans la balance. La bataille se joue autant sur le terrain politique que sur la légitimité d’un leadership qui semble, pour certains, à la croisée des chemins.
Qui est Mohammed Ben Sulayem ?
Pour comprendre l’enjeu de cette réélection, il faut aussi faire le point sur le parcours de celui qui pourrait devenir le président de la FIA pour un second mandat. Mohammed Ben Sulayem, figure emblématique du sport automobile dans la région MENA, a connu un parcours atypique : ancien pilote de rallye et administrateur passionné, il a su s’imposer comme un acteur incontournable dans la gouvernance mondiale.
Son expedition vers le sommet de la FIA a été marquée par sa capacité à fédérer autour d’un projet de modernisation, malgré quelques critiques sur son style de gestion. En tant que président sortant, il a notamment accentué le virage de la FIA vers l’innovation, à travers des initiatives comme la réforme des règlements sportifs et l’intégration d’une gouvernance plus technocratique.
Sa réputation fluctue entre respect pour sa connaissance des enjeux et accusations de gouvernance trop verticale. Son engagement en faveur du développement durable dans le sport, notamment à travers l’adoption de nouvelles réglementations environnementales, demeure un point central de son action.
Qu’attendre pour le futur ?
Si Ben Sulayem remporte ce nouveau mandat, la gouvernance de la FIA risque de rester sous influence forte, avec des réformes visant à renforcer la stabilité mais aussi à contenir les vents de contestation. Les réformes statutaires pourraient également évoluer, afin d’accroître le dialogue avec les fédérations pour éviter toute crispation.
Le vrai défi consistera à concilier centralisation du pouvoir et ouverture démocratique, en assurant une représentativité équilibrée. La transparence dans la gestion des candidatures, la diversification des candidats possibles, et le dialogue avec les acteurs du sport seront plus que jamais à l’ordre du jour.
Ce nouveau mandat de Ben Sulayem sera aussi l’occasion d’observer comment la FIA adapte son rôle face aux enjeux globaux du sport, comme la durabilité et la responsabilité sociale, tout en maintenant la passion et la compétitivité qui font la magie de la Formule 1.
À l’heure où le calendrier de la saison 2026 se précise, ce scrutin aura indéniablement des répercussions durables, non seulement sur la gouvernance, mais aussi sur l’avenir même de la discipline reine.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.