Red Bull : Changement d'actionnariat après la mort de Mateschitz, quel impact sur l'avenir ?

F1

La disparition de Dietrich Mateschitz, co-fondateur emblématique de Red Bull, a suscité de nombreuses spéculations quant à l’avenir de l’entreprise et de ses activités en F1. Alors que ce géant énergétique continue d’afficher une présence de plus en plus marquante dans le sport automobile, notamment avec ses Red Bull Racing, la question du changement d’actionnariat après la mort de Mateschitz occupe une place centrale dans les discussions stratégiques. Dans cet article, nous ana­lysons en détail ces mutations et leurs implications pour le futur de Red Bull.

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Changement d’actionnariat : Les détails de la transaction

Le 31 mai dernier, une opération majeure a été réalisée dans la structure de propriété de Red Bull GmbH. Une partie de 2 % des actions a été transférée de Chalerm Yoovidhya à une fiducie suisse, Fides Trustees SA, pilotée par Martin Christopher Bowen. Cette démarche, loin d’être anodine, visait à stabiliser la gouvernance du groupe face à un contexte incertain post-Mateschitz.

Les principales autorités restent en place. La famille Yoovidhya, qui détient environ 51 % des actions, conserve ainsi la majorité, évitant toute influence excessive de nouveaux acteurs ou de factions internes. La part restante est répartie entre Mark Mateschitz, fils aîné de Dietrich, et un groupe international d’investisseurs. Ces changements sont la traduction d’une volonté de préserver l’équilibre au sein d’un groupe désormais sous haute tension symbolique et financière.

Il est important de souligner que cette opération n’a pas modifié la répartition du pouvoir entre les principaux acteurs, mais elle a permis d’instaurer un cadre plus discret et équilibré, notamment en matière de gouvernance stratégique. Pour ceux qui s’interrogent sur la stabilité de cette nouvelle structure, il est évident que la priorité est de continuer à faire prospérer l’empire Red Bull, tout en respectant le legs de Mateschitz.

Impact sur la gouvernance et la stratégie de Red Bull

Sur le plan opérationnel, la gestion quotidienne reste supervisée par trois directeurs généraux nommés par Mateschitz : Alexander Kirchmayr en finances, Oliver Mintzlaff en projets et investissements (incluant la F1), ainsi que Franz Watzlawick dans l’univers des boissons.

Cependant, la réduction apparente de l’influence de certains acteurs historiques, notamment Christian Horner en F1, a créé un nouveau climat. Selon plusieurs sources, ce dernier aurait gagné en pouvoir après la disparition de Mateschitz, ce qui a alimenté des tensions internes jusqu’à son départ officiel après une enquête menée en interne. Cette crise a été décrite par Ralf Schumacher comme “une période de turbulence qui a mis en évidence les fractures internes du groupe.”

La stratégie globale de Red Bull semble désormais mise sur la stabilité diplomatique plutôt que sur une prise de pouvoir brutale. La volonté affichée par la nouvelle gouvernance serait d’éviter tout conflit ouvert, tout en poursuivant un cap précis : maintenir la croissance et renforcer la position de leader en F1. Notons que le projet de délocalisation du siège, évoqué précédemment pour des raisons fiscales et à destination de Dubaï ou Amsterdam, a finalement été abandonné, pour privilégier une gestion locale plus cohérente avec l’identité autrichienne du groupe.

Conséquences sur l’équipe de F1 et la direction

Ce changement d’actionnariat a eu des répercussions concrètes sur l’équipe Red Bull Racing, notamment en matière de gestion et de relations internes. Christian Horner, qui a renforcé sa position dans l’ombre de Mateschitz, a été perçu comme un acteur clé. Son départ, survenu quelques semaines après les récentes évolutions, marque une étape importante dans cette restructuration non officielle mais palpable.

Les tensions internes, alimentées par l’incertitude du leadership et la concurrence accrue avec d’autres grandes équipes comme Mercedes ou Ferrari, ont été exacerbées. Ralf Schumacher évoque une période “de crise latent dans le paddock, où chaque décision est scrutée à la loupe.” La gestion de cette tension sera cruciale pour l’avenir, notamment en termes de stabilité et de performance.

Néanmoins, cette crise souligne aussi la capacité de Red Bull à s’adapter. La priorité demeure, comme le confirme un porte-parole interne, de continuer à investir dans la performance et l’innovation, pour que l’équipe reste compétitive dans une catégorie extrêmement exigeante.

L’avenir de Red Bull : Stabilisation et diplomatie

Aujourd’hui, la stratégie de Red Bull semble orientée vers une stabilisation mutuelle entre ses différents investisseurs et sa direction. Un consensus tacite s’est instauré, évitant tout conflit de pouvoir visible ou crise ouverte. La présence de Fides comme médiateur impartial indique aussi la volonté de limiter les conflits d’intérêts et de rassurer l’ensemble des parties prenantes.

Les chiffres montrent que l’entreprise a poursuivi sa trajectoire de croissance. En 2023, ses revenus ont dépassé les 10 milliards €, pour atteindre 11,2 milliards € en 2024, grâce à la vente record de plus de 12,7 milliards de canettes à travers le monde. Ce niveau de rentabilité, en dépit des turbulences, prouve que la stratégie commerciale et sportive fonctionne.

Ce contexte pose aussi la question de l’impact à long terme sur l’équipe de F1 : pourra-t-elle maintenir son niveau d’innovation face à une gouvernance en transition ? Une chose est sûre : la nouvelle direction semble vouloir assurer la continuité, tout en évitant toute confrontation frontale qui pourrait puter l’image de marque de Red Bull.

Qu’est-ce que cela signifie pour le championnat ?

Le changement d’actionnariat après la mort de Mateschitz ne modifie pas fondamentalement la dynamique sportive, mais il influence néanmoins la stabilité et le futur à moyen terme. La priorité pour Red Bull reste de renforcer sa position de leader en F1, en s’appuyant sur ses pilotes et ses investissements technologiques, notamment dans le développement des moteurs pour 2026.

De nombreux observateurs estiment que cette période de transition peut aussi ouvrir la voie à une gestion plus prudente et stratégique, évitant les erreurs passagères du passé. En réalité, la volonté de préserver un environnement de travail stable devrait continuer à favoriser l’innovation, tout en consolidant la domination déjà impressionnante de l’écurie.

Pour ceux qui suivent la saison 2025, cela signale également que Red Bull souhaite plus que jamais peser sur le long terme, plutôt que de se précipiter dans des stratégies à court terme. La priorité pour l’avenir sera donc de faire perdurer cet héritage tout en naviguant dans un contexte de changement profond.

Ce que démontrent ces bouleversements, c’est une constante : Red Bull, malgré le départ d’un de ses pères fondateurs, reste résolument tournée vers l’ambition et l’innovation. La stabilité de la gouvernance, mêlée à une stratégie prudente mais déterminée, pourrait bien lui assurer une longueur d’avance, pour encore de nombreuses saisons à venir.

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.