La deuxième journée du Rallye d’Arabie Saoudite 2025 a réservé son lot de surprises et de rebondissements spectaculaires. Alors que la lutte pour le titre mondial atteint son paroxysme entre Sébastien Ogier et Elfyn Evans, les crevaisons sont venues bouleverser la donne et remettre en question les pronostics. Dans ce décor désertique où les pierres se multiplient à chaque passage, la chance et la stratégie font désormais partie intégrante de l’équation.
Vendredi 28 novembre marquera les esprits comme l’une des étapes les plus imprévisibles de la saison. Le parcours exigeant, combiné à des températures élevées et une surface particulièrement abrasive, a créé des conditions propices aux erreurs. Les pilotes Rally1 ont dû composer avec un réel casse-tête stratégique : comment gérer la monture tout en maintenant un rythme compétitif ?

Les crevaisons qui bouleversent le championnat
Les crevaisons sont le cauchemar de tout pilote WRC, mais lorsqu’elles surviennent à un moment crucial de la saison, leur impact se multiplie. La spéciale ES11 (Wadi Almatwi), longue de 24,90 kilomètres, s’est révélée particulièrement meurtrière pour les prétendants au titre mondial.
Elfyn Evans face à la malchance
Le leader du championnat avant ce rallye a connu une série d’épreuves depuis le début de l’épreuve saoudienne. Déjà en difficulté sur les premières spéciales, Elfyn Evans a touché le fond lors de l’ES11. Une crevaison lente dès les premiers kilomètres l’a contraint à un arrêt forcé pour changer sa roue arrière gauche, faisant voler en éclats ses espoirs de titre.
“Nous avons crevé dès le début, et il y avait beaucoup de kilomètres à faire donc il fallait absolument s’arrêter”, a déclaré le Gallois après la spéciale. Le temps perdu s’est élevé à plus d’une minute et demie, une éternité en rallye. Evans est passé de la 9e à la 10e position au général, derrière Grégoire Munster. Psychologiquement, le coup est rude pour le pilote Toyota qui voyait en ce rallye l’opportunité de consolider son avance au championnat.
Kalle Rovanperä, touché mais pas coulé
Le champion du monde en titre n’a pas été épargné non plus. Kalle Rovanperä a également subi une crevaison dans la même spéciale, mais à deux kilomètres de l’arrivée. Cette position stratégique lui a permis de limiter la casse et de terminer la spéciale sans s’arrêter, bien qu’il ait dû gérer un pneu dégonflé et la poussière qui entravait sa visibilité.
“C’est un peu dommage, car j’aurais pu aller plus vite je pense. On a essayé de préserver les pneus. Les derniers kilomètres étaient perturbants car je devais garder le pneu et on avait de la poussière”, a expliqué le Finlandais. Cette crevaison a néanmoins compromis ses chances de remporter le rallye et aura des répercussions sur sa position au championnat.
Sébastien Ogier, miraculeusement épargné
Dans ce contexte chaotique, Sébastien Ogier apparaît comme le grand gagnant de la journée. Le pilote français est le seul prétendant au titre à n’avoir encore jamais connu de crevaison depuis le début de l’épreuve. Sa prudence stratégique paie : “J’ai été vraiment très prudent, c’est de la pure loterie et ce n’est pas vraiment amusant”, a-t-il confié après l’ES11.
Cette absence de problèmes mécaniques lui permet de creuser l’écart sur Elfyn Evans, son principal rival pour le titre mondial. Avec une avance de 2’36 au général sur son coéquipier, Ogier se place idéalement à deux jours de la fin de la saison. Le calcul est simple : il lui suffit de rallier l’arrivée avec une marge suffisante pour décrocher un neuvième titre mondial.
Adrien Fourmaux, la France au sommet
Au-delà de la bataille pour le titre, le Rallye d’Arabie Saoudite 2025 offre à la France une occasion de célébrer. Adrien Fourmaux, pilote M-Sport, a réalisé une performance remarquable en prenant la tête du rallye dès le premier jour et en maintenant son leadership malgré la pression.
Une stratégie gagnante face aux crevaisons
Face aux risques de crevaisons omniprésents, Fourmaux a adopté une approche mesurée qui lui a permis de conserver la tête du classement général. Après l’ES11, il pointe toujours en tête, bien que son avance se soit réduite à seulement 2,9 secondes sur Ott Tänak et ses poursuivants. “C’est parfait, on a bien géré. J’ai évité de prendre des risques et je savais que j’allais perdre du temps, mais c’est notre stratégie”, a déclaré le Français.
Cette performance confirme la montée en puissance de Fourmaux, qui dispute une saison 2025 de très haut niveau. Sa capacité à gérer la pression et à prendre les bonnes décisions stratégiques en fait un pilote complet, capable de viser les plus hautes marches du podium.
La pression d’un premier succès
Martins Sesks, le jeune Letton, s’est hissé à la deuxième position du classement général après l’ES11, talonnant Fourmaux avec seulement trois secondes de retard. Sami Pajari complète le podium provisoire, tandis que Ott Tänak, sorti vainqueur de la spéciale ES11, revient à 2,9 secondes du leader. Quatrième de la spéciale, Fourmaux a sacrifié quelques secondes pour préserver ses chances de victoire finale.
L’enjeu est immense pour le pilote tricolore : remporter son premier rallye WRC en tant que leader depuis le début de l’épreuve. La pression est d’autant plus forte que les pilotes derrière lui, notamment Tänak qui dispute son dernier rallye avant une pause en 2026, ont tout à gagner en attaquant sans retenue.
La bataille du titre, une question de points
La situation au championnat du monde des pilotes est tendue à l’extrême avant la dernière étape de la saison. Avec le rallye du Japon à venir, chaque point acquis en Arabie Saoudite pourrait s’avérer décisif.
Les enjeux du Super Sunday
Le format moderne du WRC, avec l’attribution de points lors du Super Sunday et de la Power Stage, complique les stratégies de course. Les pilotes doivent non seulement terminer le rallye, mais aussi marquer des points supplémentaires lors des dernières spéciales. Sébastien Ogier, 7e au général, engrange 6 points, tandis qu’Elfyn Evans, 9e provisoire, n’en obtient que 2.
Cette différence de quatre points pourrait s’avérer cruciale dans la course au titre. Ogier doit reprendre trois points à Evans sur le week-end pour être titré. Avec la crevaison de son rival, cet objectif semble à portée de main. Cependant, la volatility du rallye saoudien ne permet aucune certitude.
Le calcul stratégique de Toyota
Le constructeur japonais a déjà décroché son cinquième titre consécutif en WRC, mais la bataille interne pour le titre pilote passionne les observateurs. La gestion des deux Toyota officielles crée une situation délicate pour l’équipe. Doit-on favoriser Ogier, plus expérimenté et en position favorable, ou soutenir Evans qui a été le leader du championnat pendant une grande partie de la saison ?
La réponse semble venir de la piste : chaque pilote doit gérer ses risques. Ogier a opté pour une stratégie ultra-prudente, refusant de prendre des risques inutiles : “J’ai été prudent, c’est juste une loterie”. Evans, quant à lui, a payé au prix fort son engagement, peut-être trop agressif sur un parcours aussi piégeux.
L’avenir du championnat en jeu
Le Rallye d’Arabie Saoudite 2025 se profile comme un tournant décisif dans l’histoire récente du WRC. Les crevaisons qui ont frappé Evans et Rovanperä ont redistribué les cartes du championnat, offrant à Sébastien Ogier une opportunité en or de s’adjuger un neuvième titre mondial.
Les prochaines spéciales, notamment l’ES14 et la Power Stage, seront décisives. Les pilotes devront trouver le juste équilibre entre vitesse et préservation de leur matériel. L’expérience d’Ogier pourrait faire la différence face à la fougue d’Evans, tandis que Fourmaux tentera d’inscrire son nom au palmarès des vainqueurs WRC.
La saison 2025 restera dans les mémoires comme l’une des plus disputées de l’histoire du championnat. Avec un constructeur dominant (Toyota) mais un titre pilote incertain jusqu’à la dernière épreuve, le spectacle est total. Le rallye du Japon promet d’être un final explosive où chaque seconde comptera.
Pour les fans français, l’espoir réside dans la performance d’Adrien Fourmaux, capable de ramener la victoire à la maison malgré la pression. Pour les amateurs de statistiques, la question se pose : Ogier égalerait-il ainsi le record absolu de titres mondiaux ? La réponse se joue sur les routes rocailleuses d’Arabie Saoudite, où la chance et le talent se rencontrent dans un ballet mécanique unique.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.