Le 14 janvier 1986, le rallye Dakar, alors au sommet de sa légende aventurière, est frappé par une catastrophe qui marque à jamais son histoire. Huit ans après sa création par Thierry Sabine en 1978, l’épreuve traverse les immenses déserts africains lorsque, lors de la douzième étape entre Niamey au Niger et Gourma-Rharous au Mali, un hélicoptère s’écrase. À bord : Thierry Sabine, le fondateur visionnaire, le chanteur Daniel Balavoine, le pilote François-Xavier Bagnoud, la journaliste Nathalie Odent du JDD et le technicien radio RTL Jean-Paul Le Fur. Cette tragédie, ultra-médiatisée, plonge la caravane dans le deuil et touche le grand public.
Quarante ans plus tard, l’émotion reste intacte. Les témoignages des survivants et des concurrents ravivent les souvenirs d’une journée marquée par un vent de sable infernal et une série de concours de circonstances fatals.

Le contexte du Dakar 1986
Le Paris-Dakar de 1986, huitième édition de l’épreuve mythique, incarne l’esprit d’aventure pure initié par Thierry Sabine. Parti de Versailles deux semaines plus tôt, le rallye progresse à travers l’Afrique de l’Ouest, affrontant dunes, pistes et défis logistiques immenses. La douzième étape relie Niamey, capitale du Niger, à Gourma-Rharous au Mali, avec une halte à Gao. Les concurrents, pilotes et motards, naviguent dans un décor hostile où chaque kilomètre est une épreuve.
Thierry Sabine, à 36 ans, est au cœur de l’organisation. Infatigable, il sillonne le désert en hélicoptère Écureuil pour superviser la course, secourir les équipages en détresse et entretenir le lien avec les participants. Daniel Balavoine, déjà impliqué en 1983 et 1985 comme copilote, est présent cette année pour l’action humanitaire “Paris-Dakar, pari du cœur”, livrant des pompes à eau aux populations locales.
La veille, à l’hôtel Gaweye de Niamey, Sabine est épuisé après des échanges intenses avec Jean-Luc Roy, journaliste et ancien concurrent. Roy prépare un livre avec lui et se remémore : « Il me propose de le retrouver le lendemain à Gao, et de m’embarquer jusqu’à Gourma-Rharous où on disposerait de plus de temps. »
Les conditions météo se dégradent rapidement. Un fort vent de sable rend les liaisons radio impossibles et complique toute progression aérienne.
La journée du 14 janvier : enchaînement fatal
Ce jour-là, le vent de sable est terrible. À l’arrivée de la première spéciale près de Gao, Sabine retrouve Roy en plein désert. Ce dernier, ayant du travail, cède sa place à Daniel Balavoine, enthousiaste à l’idée de voler. « Si tu as quelqu’un d’autre à emmener, propose-lui », dit Roy à Sabine, évoquant Balavoine.
Sabine décolle pour donner le coup d’envoi d’un match de foot improvisé, ce qui retarde le départ vers Gourma-Rharous, distant de 300 km. À bord : Sabine, Bagnoud au pilotage, Balavoine, Odent et Le Fur. Vers 17 heures, l’hélicoptère décolle mais se pose deux fois en raison de la nuit tombante et du vent.
Patrick Verdoy, bras droit de Sabine à Gao, témoigne : « Il y avait un vent de sable terrible et les liaisons radio ne marchaient pas du tout ce jour-là. Je n’ai jamais cru au fait que Thierry ait pu prendre le manche, il était incapable de voler de nuit. »
L’équipage intercepte une voiture de course, celle de Charles Belvèze, et demande un véhicule de secours. Mais Sabine redécolle sans attendre, suivant les feux rouges des autos. Belvèze raconte avoir vu l’hélico le dépasser avant de piquer vers le sol, à 22 km du bivouac.
Les circonstances du crash et les hypothèses
Le crash survient dans un banc de fech-fech, poussière fine et traîtresse. Jean-Luc Roy analyse : « Thierry a dû s’impatienter et vouloir redécoller. À un moment, la Mitsubishi de Belvèze et Giraud a ralenti fortement dans un banc de fech-fech et l’hélico s’est trouvé projeté. Je pense que Bagnoud a eu une perte de référence. »
Verdoy penche pour un incident mécanique. « On n’avait aucune info. C’est un concurrent qui m’a raconté avoir vu l’hélico arrêté à 22 km de Gourma. Puis soudainement, il a piqué vers le sol. »
L’épave est découverte dans la nuit par des concurrents encore en piste. Cyril Neveu, quintuple vainqueur dont 1986, se souvient du bivouac de Gourma : « On se doutait qu’il y avait un gros problème car lorsque le boss n’est pas présent au bivouac le soir, on se pose toujours des questions. À mon avis, Thierry a dû insister pour être au bivouac auprès de ses concurrents pour raconter la messe. »
Les victimes sont :
- Thierry Sabine, 36 ans, créateur du Dakar.
- Daniel Balavoine, 33 ans, chanteur engagé.
- François-Xavier Bagnoud, 24 ans, pilote.
- Nathalie Odent, 25 ans, journaliste JDD.
- Jean-Paul Le Fur, 35 ans, technicien RTL.
L’annonce et la suite du rallye
L’information se répand dans la nuit mais n’est officialisée que le 15 janvier. À Bamako, Roger Kalmanovitz, responsable sécurité, reçoit l’appel fatal de Verdoy : « Roger, le pire est arrivé : l’hélicoptère de Thierry est tombé, il y a cinq morts. »
Au point presse de Bamako, Verdoy annonce : « Que le Rallye continuait jusqu’à Dakar, comme l’aurait voulu Thierry Sabine. » Les concurrents rallient la capitale malienne en convoi, sous le choc.
Neveu décrit la stupeur au bivouac : « Chez les concurrents, régnait la stupeur. Thierry était un ami, j’étais complètement anéanti. » Roy ajoute : « C’est une journée qui m’a marqué à vie, j’y pense tous les jours. »
Malgré le deuil, le Dakar se poursuit et Neveu remporte l’édition moto.
L’héritage et les hommages quarante ans après
Aujourd’hui, des plaques commémoratives honorent Sabine, comme celle au pied de l’arbre à Dirkou au Niger. Le Dakar, désormais en Arabie saoudite, perpétue l’esprit d’aventure tout en rendant hommage aux disparus. Pour plus de détails sur l’accident, consultez la page Wikipédia dédiée.
Les récents articles, comme celui de Paris Match sur les 40 ans du drame, rappellent l’émotion persistante. Des événements au Touquet, berceau de l’Enduropale créée par Sabine, rendent hommage en 2026.
Cette tragédie a renforcé la légende du Dakar, symbole de risques assumés et de passion partagée.
Quarante ans après, la mort de Thierry Sabine et Daniel Balavoine reste un tournant. Elle interroge sur les limites de l’aventure extrême mais célèbre aussi l’engagement humanitaire et l’esprit pionnier. Le rallye perdure, gardant en mémoire ces figures éternelles du désert.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.