Procès antitrust NASCAR SRX : les échanges de messages déclassifiés qui éclaboussent la série

Nascar

Les révélations explosives des documents judiciaires dévoilent une guerre larvée entre la NASCAR et la série émergente Superstar Racing Experience. Des messages texte déclassifiés montrent comment la série SRX a été perçue comme une menace existentielle par les dirigeants de la NASCAR, au point de susciter des réactions virulentes. Cette affaire prend une tournure particulièrement significative dans le cadre du procès antitrust opposant l’organisation américaine aux équipes 23XI Racing et Front Row Motorsports.

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Les messages incendiaires des dirigeants NASCAR contre SRX

Les documents déposés devant le tribunal fédéral de Charlotte révèlent des échanges cruels entre les plus hauts responsables de la NASCAR. Steve Phelps, alors président de la série, n’a pas fait de détours lorsqu’il a appris que Denny Hamlin, pilote vedette de la NASCAR, participerait à la saison inaugurale de la Superstar Racing Experience sur ESPN.

Une menace immédiate à éliminer

Le 29 juin 2022, Steve Phelps écrivait à Steve O’Donnell, alors directeur d’exploitation de la NASCAR : “Oh super, un autre propriétaire qui court en SRX”. La réponse d’O’Donnell était sans ambiguïté : “C’est de la NASCAR, pur et simple. Assez. Nous avons besoin que le service juridique s’en prenne à ça.”

Phelps n’en restait pas là. Il qualifiait la série de “trash series” (série poubelle) et insistait : “Il faut planter un couteau dans cette série poubelle.” Ces propos révèlent une stratégie agressive visant à éliminer toute forme de concurrence avant même qu’elle ne prenne réellement forme.

L’ironie de cette situation? La SRX était fondée par des figures respectées du milieu : Tony Stewart, Ray Evernham, George Pyne et Sandy Montag. Loin d’être une organisation marginale, elle réunissait les meilleurs esprits de la course automobile américaine.

La peur d’une “version LIV Golf” du stock-car

Les échanges déclassifiés montrent que les dirigeants de la NASCAR voyaient dans la SRX un risque de déstabilisation similaire à ce que le golf a connu avec LIV Golf. Steve O’Donnell exprimait ses craintes dans un message texte du 23 juin 2022 : “Je viens de voir la conférence de presse de Monahan (commissaire du PGA Tour). Je ne veux jamais te voir dans cette position.”

Il pressait ses collègues de “se cloîtrer dans une pièce et simuler une guerre”, estimant que “l’avenir du sport est en jeu”. O’Donnell imaginait le pire scénario : “30 des 36 pilotes nous quitteront et tous les propriétaires nous quitteront.”

Les calculs étaient sans appel. Il estimait qu’une entité disposant de 3 milliards de dollars (contre 5 milliards pour LIV Golf) pourrait proposer aux pilotes 10 millions de dollars par an pour 20 courses avec des voitures SRX. Une menace jugée “r%C3%A9elle” par le numéro deux de la NASCAR.

Le rôle pivot de Denny Hamlin dans la controverse

Denny Hamlin, triple vainqueur des Daytona 500 et co-propriétaire de 23XI Racing aux côtés de Michael Jordan, s’est retrouvé au centre de ces tensions. Son engagement envers la SRX a déclenché une réaction en chaîne au sein de la direction de la NASCAR.

Des menaces voilées et des pressions exercées

Dans les échanges, on apprend que Justin Marks, propriétaire de Trackhouse Racing, avait également participé à une course SRX en 2022. Cette participation a immédiatement suscité des inquiétudes. Un message anonyme décrit la situation : “Vous avez Marks, Chase Elliott, Tony Stewart et Ryan Blaney qui courent sur un réseau qui concurrence nos détenteurs de droits.”

Le même message souligne que la SRX surpassait la série Xfinity et les camions en termes d’audience télévisée : “Ce n’est pas une course sur une piste de terre locale. Ils ont fait mieux que Xfinity et Trucks le week-end dernier.”

Steve O’Donnell exprimait sa frustration devant cette désertion des pilotes vedettes : “C’est la preuve que personne se soucie de ce qui leur a permis d’avoir une carrière. Payez-les et ils sont partants.” Il pointait notamment le cas de Marks : “Le gars qui pleurait sur la sécurité chaque jour est dans une voiture de stock-car sans barrières SAFER et pas un souci au monde.”

La stratégie de contournement de la NASCAR

Plutôt que d’interdire formellement les participations, la NASCAR semble avoir adopté une stratégie de contournement. O’Donnell préconisait de “reconquérir les circuits historiques” avant que la SRX ne le fasse : “Ils iront à North Wilkesboro avec Jr si nous n’y prenons pas garde. Nous devons être les premiers à revenir.”

Cette anticipation s’est concrétisée par le retour de la NASCAR à North Wilkesboro pour la course All-Star en 2023, et à Bowman Gray pour The Clash en 2025. Des décisions stratégiques directement influencées par la peur de voir la SRX s’implanter sur ces territoires historiques.

Les messages explosifs de Michael Jordan et la position de 23XI Racing

Le procès a également révélé des échanges particulièrement crus entre Michael Jordan et son entourage. La légende du basketball, co-propriétaire de 23XI Racing, n’a pas mâché ses mots dans ses messages texte déclassifiés.

Des propos sans filtre sur le monde de la NASCAR

Dans un échange avec Curtis Polk, son directeur des affaires, Jordan déclarait : “Les équipes vont regretter de ne pas nous rejoindre.” Il évoquait également son “mépris profond pour la famille France” qui dirige la NASCAR depuis trois générations.

Le texte le plus choquant venait de Steve Lauletta, président de 23XI Racing, qui écrivait : “Jim qui meurt est probablement la réponse” pour obtenir de meilleures conditions sur les accords de charter. Denny Hamlin, quant à lui, précisait : “Mon mépris pour la famille France est profond… mais s’il vous plaît, ne sabotons pas notre propre entreprise.”

Ces révélations ont créé un choc au sein de la communauté nascar. Elles illustrent le fossé qui s’est creusé entre les équipes et la direction, malgré des années de collaboration.

Le lobbying agressif de NASCAR

Les documents de la cour démontrent également que NASCAR a mobilisé l’ensemble des équipes signataires du nouvel accord de charter pour soutenir sa position. Les déclarations de propriétaires légendaires comme Rick Hendrick, Roger Penske et Richard Childress ont été produites comme preuve de la légitimité du système.

Rick Hendrick insistait sur l’importance du système de charter : “L’accord de charter est essentiel à la stabilité de l’écosystème NASCAR.” Roger Penske ajoutait que ce système avait même inspiré une version similaire en IndyCar.

Brad Keselowski, pilote et co-propriétaire de RFK Racing, apportait un témoignage crucial : il avait participé à toute la saison SRX 2023 (six courses) tout en restant pilote et co-propriétaire en NASCAR. “La NASCAR n’a pas interdit ma participation à la série SRX”, déclarait-il, ce qui semble contredire la perception d’un monopole absolu.

Implications du procès pour l’avenir du stock-car

Le juge du district américain Kenneth D. Bell a averti que le système de charter de la NASCAR était en jeu dans ce procès. Ses déclarations lors de l’audience du 28 août révèlent la portée potentielle de cette affaire.

Des remèdes équitables qui pourraient tout changer

Le magistrat a indiqué que si 23XI Racing et Front Row Motorsports l’emportaient, une “myriade de remèdes équitables” serait disponible pour la cour. Il a évoqué des ventes de circuits, la suppression des clauses d’exclusivité et de non-concurrence, ainsi que des changements dans l’utilisation des voitures.

Le juge Bell a souligné l’incertitude générale : “Mais jusqu’à ce que le jury revienne et que nous commencions à parler de remèdes équitables, personne ne sait à quoi ressemblera 2026. Les sponsors ne savent pas, les pilotes ne savent pas, les diffuseurs ne savent pas.”

Cette prophétie s’est révélée exacte. NASCAR a retiré les charters des six voitures appartenant aux deux équipes récalcitrantes, les forçant à courir en catégorie “ouverte”. Tyler Reddick, pilote de 23XI Racing, dispose même d’une clause lui permettant de quitter l’équipe si sa voiture n’est pas sous charter.

La fin programmée de la Superstar Racing Experience

La SRX n’a pas survécu à cette guerre larvée. Après trois saisons seulement (2021-2023), la série a mis la clé sous la porte. Les actifs physiques ont été vendus à GMS Race Cars en 2025. Les messages des dirigeants NASCAR avaient prédit le scénario : “Nous devons planter un couteau dans cette série poubelle.”

Le timing était significatif. La SRX passait de CBS à ESPN pour sa troisième saison, avec une programmation le jeudi soir qui permettait une plus grande participation des pilotes de la NASCAR. Cette exposition accrue sur un réseau concurrent a probablement accéléré les mesures de contre-attaque de la NASCAR.

Le procès révèle ainsi comment une série prometteuse, fondée par des personnalités du monde de la course automobile, a été écartée avant de pouvoir s’établir durablement. Les échanges de messages déclassifiés exposent une stratégie de défense du marché par tous les moyens, y compris en recourant à des pressions juridiques et économiques.

Ce dossier soulève des questions fondamentales sur la gouvernance du sport automobile américain et sur l’équilibre entre protection d’un modèle économique et innovation concurrentielle. Les révélations des messages texte montrent une direction de NASCAR obsédée par le maintien de son monopole, prête à éliminer toute menape avant même qu’elle ne prenne forme.

Le verdict attendu en décembre pourrait redéfinir les règles du jeu pour des décennies, ouvrant potentiellement la voie à de nouvelles formules concurrentes ou renforçant définitivement la mainmise de NASCAR sur le stock-car racing américain.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.