Le monde de la NASCAR est en ébullition. Alors que la saison 2025 vient à peine de s’achever, un autre type de compétition s’annonce bien plus féroce encore : un procès antitrust historique qui oppose deux écuries engagées aux dirigeants de la discipline. Le procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports ne concerne pas seulement des questions de répartition des revenus, mais remet en cause le modèle économique même du sport automobile américain depuis près de 80 ans.
Cette affaire, qui a débuté en octobre 2024, voit s’affronter d’un côté les écuries 23XI Racing (co-propriété du légendaire Michael Jordan et du futur Hall of Famer Denny Hamlin) et Front Row Motorsports (détenue par le magnat de la restauration Bob Jenkins), et de l’autre, le géant NASCAR détenu par la famille France. Les enjeux sont colossaux : la structure du système des charters, l’indépendance des équipes, et l’avenir même de la compétition de stock-car au plus haut niveau.

Les acteurs principaux du procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports
23XI Racing : la star du basket à l’assaut de la NASCAR
Fondée en 2020, 23XI Racing représente l’une des incursions les plus médiatisées du monde du sport professionnel dans l’univers de la NASCAR. Avec Michael Jordan comme figure de proue, l’écurie a rapidement fait parler d’elle en remportant neuf courses en cinq saisons avec ses pilotes Bubba Wallace et Tyler Reddick. Denny Hamlin, qui conduit toujours à plein temps pour Joe Gibbs Racing, apporte son expertise de 20 ans de compétition en tant que co-propriétaire.
Lors du dépôt de la plainte, Jordan n’a pas mâché ses mots : « J’ai fait ça aussi pour les petites écuries. Ce n’est pas juste pour moi. Je pense que tout le monde devrait avoir la possibilité de réussir dans n’importe quel business. Ma voix dit que ça n’a pas été le cas jusqu’à présent. » Cette déclaration résume bien l’état d’esprit qui anime les plaignants : une volonté de démocratiser l’accès au succès dans un sport où les coûts explosent.
Front Row Motorsports : la petite écurie qui défie le géant
Bob Jenkins, propriétaire de Front Row Motorsports depuis 2005, incarne l’autre facette de cette rébellion. Son équipe, longtemps considérée comme un outsider de la grille, a pourtant remporté la prestigieuse Daytona 500 en 2021 avec Michael McDowell. Aujourd’hui, l’écurie aligne trois Ford avec Noah Gragson, Todd Gilliland et Zane Smith.
Contrairement à 23XI, qui peut compter sur le rayonnement de Jordan pour attirer des sponsors, Front Row Motorsports représente davantage la lutte des écuries de milieu de grille. Jenkins a investi des millions de dollars personnels dans son équipe, sans jamais parvenir à atteindre une rentabilité durable. Les documents financiers dévoilés au cours du procès révèlent que l’écurie a subi des pertes chaque année depuis 2016, culminant à 9,9 millions de dollars en 2024.
NASCAR et la famille France : un empire de trois générations
Créée en 1948 par Bill France Sr., NASCAR reste une entreprise familiale dirigée aujourd’hui par Jim France (fils cadet du fondateur) et sa nièce Lesa France Kennedy. Cette structure propriétaire unique parmi les grands sports professionnels américains constitue le cœur de la plainte des équipes. La sanctioning body détient non seulement les droits de la série Cup, mais aussi 17 circuits sur le calendrier 2025, ainsi que les séries ARCA et l’championnat d’endurance IMSA.
Le système des charters : le nœud du procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports
Qu’est-ce qu’un charter NASCAR ?
Introduit en 2016, le système des charters était censé moderniser le modèle économique de la NASCAR. Sur le modèle des franchises des ligues majeures (NFL, NBA, MLB), les 36 charters garantissent à leurs détenteurs une place au départ de chaque course de la Cup Series et une part garantie des revenus. NASCAR a distribué ces charters aux équipes existantes, avec une limite de quatre par organisation.
Le concept semblait prometteur : créer de la valeur durable pour les équipes, qui historiquement perdaient la quasi-totalité de leur investissement à la retraite de leur propriétaire. La preuve de cette valorisation apparaît dans les transactions : un charter valait 6 millions de dollars en 2018, mais s’échangeait déjà 40 millions en 2023.
Les points de friction du nouvel accord 2025-2031
La discorde est née des négociations pour le renouvellement de l’accord charter, qui devait courir de 2025 à 2031. Après deux ans de discussions, NASCAR a présenté une offre « à prendre ou à laisser » le 6 septembre 2024, avec une échéance de minuit pour signer. Treize équipes sur quinze ont accepté, mais 23XI et Front Row ont refusé.
Leurs griefs principaux :
- Absence de charters « perpétuels » (evergreen) qui se renouvelleraient automatiquement
- Répartition jugée insuffisante des droits TV, malgré une augmentation à 49% pour les équipes
- Contrôle total de NASCAR sur les fournisseurs de pièces détachées pour la Next Gen car
- Interdiction pour les circuits d’accueillir d’autres séries de stock-car sans approbation
« Je ne signe pas ça », aurait déclaré Denny Hamlin lors des négociations. « Je sais que ce qu’ils ont fait était mal. […] Il est temps de changer. J’ai passé 20 ans à essayer de promouvoir ce sport pour le rendre meilleur. »
Chronologie détaillée du procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports
L’évolution de cette affaire judiciaire révèle une escalade progressive des tensions entre les parties. Voici les dates clés qui ont façonné ce conflit :
Octobre 2024 : la plainte initiale
Le 2 octobre 2024, 23XI Racing et Front Row Motorsports déposent leur plainte antitrust au tribunal fédéral de Charlotte. Elles accusent NASCAR d’abus de position dominante, de restriction des revenus des équipes et de limitation de leur indépendance.
Novembre 2024 : premiers revers juridiques
Le 8 novembre, juge Frank Whitney refuse la demande d’injonction préliminaire. Il estime que les équipes ne démontrent pas de « préjudice irréparable immédiat », mais les invite à redéposer si les circonstances changent. Le 20 novembre, les équipes abandonnent leur appel contre cette décision, préférant redéposer une demande s’appuyant sur de nouveaux éléments.
Décembre 2024 : la bataille des charters Stewart-Haas
Le 18 décembre, une victoire majeure pour les plaignants. Le juge Kenneth Bell, nouveau juge assigné à l’affaire, accorde l’injonction préliminaire, forçant NASCAR à permettre aux équipes de courir comme chartered teams en 2025. Il qualifie la clause anti-recours juridique d’« inscrutable » et probablement illégale.
Mars 2025 : la contre-attaque de NASCAR
Le 5 mars, NASCAR contre-attaque en déposant une plainte reconventionnelle, accusant les équipes de collusion illégale durant les négociations. Chris Yates, avocat de NASCAR, déclare : « Nous pensons que 23XI et Front Row utilisent de manière abusive les lois antitrust pour forcer une renégociation. »
Juin 2025 : l’injonction vacillante
Le 5 juin, la Cour d’Appel du Quatrième Circuit annule l’injonction préliminaire, jugeant que la clause anti-recours ne constitue pas une violation des lois antitrust selon la jurisprudence. Les équipes ont 14 jours pour demander une réaudition. Le 17 juin, lors d’une audience, les équipes révèlent leurs revendications potentielles : séparation de NASCAR et des circuits, fin des interdictions de compétition pour les équipes, et dommages-intérêts triplés.
Octobre 2025 : les négociations de dernière minute
Après deux jours de discussions de médiation supervisées par le juge Bell, aucun accord n’est trouvé. « Je suis étonné des efforts pour incendier cette maison au-dessus de toutes les têtes », lance le magistrat. Le 23 octobre, Bell rejette la plainte reconventionnelle de NASCAR, une victoire majeure pour les plaignants.
Décembre 2025 : le procès tant attendu
Le 1er décembre, le procès de 21 jours s’ouvre enfin à Charlotte. Denny Hamlin témoigne durant plus de trois heures, répétant constamment : « Les documents ne mentent pas. » Il révèle avoir investi 45 millions de dollars dans 23XI Racing, avec un intérêt annuel de 40% dans l’écurie.
Les arguments des parties dans le procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports
Les accusations des équipes : un monopole étouffant
Les avocats de 23XI et Front Row, menés par Jeffrey Kessler (connu pour avoir défendu les athlètes NCAA dans leur lutte pour les droits NIL), construisent leur argumentation sur plusieurs piliers :
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Contrôle total du marché : NASCAR détient le monopole absolu sur le « stock-car racing de premier niveau » aux États-Unis, avec un pouvoir de marché proche de 100% selon les analyses économiques présentées.
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Barrières à l’entrée impossible à surmonter : L’obligation d’acheter les composants de la Next Gen car auprès de fournisseurs approuvés par NASCAR crée une dépendance totale. De plus, l’interdiction pour les circuits d’accueillir d’autres séries de stock-car empêche toute concurrence émergente.
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Modèle économique non viable : Sur la période 2020-2024, seulement trois équipes sur douze ont déclaré des profits. Les pertes moyennes atteignent 2,2 millions de dollars par voiture et par an. Front Row Motorsports a perdu de 6 à 9,9 millions chaque année depuis 2016.
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Clause anti-recours abusive : La clause du charter interdisant aux équipes de poursuivre NASCAR en justice est présentée comme une preuve supplémentaire de position dominante abusive.
Kessler utilise des documents internes embarrassants pour NASCAR, comme ces textos où Steve O’Donnell, président de NASCAR, décrit les propositions initiales de Jim France comme « proche d’une dictature confortable de 1996, baiser les équipes, sport de redneck sudiste ».
La défense de NASCAR : un modèle qui fonctionne
Chris Yates, l’avocat de NASCAR (qui a défendu la MLS et la Fédération de soccer américaine dans des affaires similaires), contre-attaque sur plusieurs fronts :
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Définition trop étroite du marché : NASCAR argue que le marché pertinent n’est pas le « stock-car racing de premier niveau », mais l’ensemble du sport automobile, voire du divertissement sportif en général. Les équipes auraient pu investir en IndyCar ou dans d’autres sports.
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Augmentation considérable des revenus : L’accord 2025-2031 octroie 49% des droits TV aux équipes, contre 38-40% auparavant. NASCAR verse 431 millions de dollars aux équipes en 2025, contre 333 millions en 2024.
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Valorisation croissante des charters : La preuve que le système fonctionne, selon NASCAR, se lit dans la valorisation des charters, passés de 6 à 45 millions de dollars en quelques années.
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Choix libre des équipes : Treize équipes sur quinze ont signé l’accord, prouvant sa nature équitable. Les plaignants, selon NASCAR, veulent simplement « le beurre et l’argent du beurre » : bénéficier des avantages des charters tout en poursuivant la sanctioning body.
Les conséquences financières et structurelles du procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports
Révélations choc sur les finances du sport
Les documents dévoilés lors de la phase de discovery ont révélé des données financières inédites sur NASCAR et ses équipes :
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Revenus NASCAR : La sanctioning body a dégagé un bénéfice net de 103 millions de dollars en 2024, et plus de 537 millions en 2023 (incluant une vente immobilière majeure). Steve Phelps, commissaire de NASCAR, justifie : « Le bilan de NASCAR dépasse 1,2 milliard de dollars en capital investi, ce qui signifie que la grande majorité de ce que nous gagnons est réinvestie dans le sport, nos équipes et nos personnes. »
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Dérapage contrôlé des coûts : La Next Gen car, introduite en 2022 pour réduire les dépenses, est censée avoir fait baisser les coûts d’équipement de 40%. Pourtant, Front Row Motorsports évalue ses dépenses à 20 millions de dollars par voiture avant même de payer le salaire du pilote.
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Dépendance aux sponsors : Pour 23XI Racing, les sponsors représentent 39,6 millions de dollars de revenus sur un total de 62,2 millions en 2024. Michael Jordan peut compter sur son réseau, mais les équipes moins connues peinent à survivre.
Implications pour les pilotes et les employés
L’instabilité juridique pèse lourd sur les acteurs du sport. Tyler Reddick, pilote vedette de 23XI, a failli devenir agent libre en décembre 2024 si l’équipe perdait son statut chartered. « Il n’y a qu’un seul côté qui fait faillite », a souligné Denny Hamlin lors de son témoignage.
Les textos révélés montrent une inquiétude palpable chez les dirigeants NASCAR quant à une possible fuite des talents vers une série rivale, à la manière de ce que LIV Golf a fait avec le PGA Tour. Un document interne codé « Project Gold Codes » a même envisagé un scénario extrême où NASCAR posséderait et construirait toutes les voitures, estimant le coût à 607 millions de dollars pour 36 voitures.
Scénarios d’issue du procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports
Victoire des équipes : une révolution structurelle
Si 23XI et Front Row l’emportent, le paysage de la NASCAR pourrait être profondément remodelé. L’avocat Jeffrey Kessler a esquissé plusieurs mesures potentielles :
- Obligation pour NASCAR de se séparer des circuits qu’elle possède (20 sur 38 épreuves)
- Fin des interdictions pour les circuits d’organiser d’autres courses de stock-car
- Autorisation pour les équipes d’utiliser les Next Gen cars hors NASCAR
- Attribution permanente des charters
- Dommages-intérêts triplés selon la loi Clayton Antitrust Act
Cette issue obligerait NASCAR à opérer comme une ligue traditionnelle, avec une séparation entre la gestion de la compétition et la propriété des infrastructures. Les équipes obtiendraient potentiellement des parts dans la ligue et un véritable pouvoir de négociation collectif.
Victoire de NASCAR : le statu quo renforcé
Une victoire de la sanctioning body consoliderait son modèle propriétaire unique. Selon NASCAR, le système des charters pourrait même être purement et simplement supprimé si le juge le jugeait anticoncurrentiel. Chris Yates a prévenu : « Bien que nous croyions que le système de charters a renforcé le sport, NASCAR n’a pas besoin du système de charters. »
Les équipes plaignantes risqueraient l’arrêt de leurs activités. Denny Hamlin lui-même l’a admis : « Je ne pense pas que nous serions en affaires dans 10 ans si nous signions ça. » 23XI Racing, privée de l’aura de Michael Jordan, pourrait disparaître, devenant un exemple des risques de défier le pouvoir établi.
Compromis et settlement
La plupart des observateurs pronostiquent un règlement à l’amiable avant un verdict final. Le juge Bell a activement encouragé les négociations : « Il est difficile d’imaginer un vrai gagnant si ça va jusqu’au bout. » Roger Penske, propriétaire légendaire et triple championnat Cup récent, espère une « résolution rapide qui ne mette pas le sport en danger ».
Un compromis pourrait inclure des charters à durée plus longue (voire perpétuels), une augmentation modérée de la part des revenus TV, et une représentation accrue des équipes au sein du conseil d’administration de NASCAR, tout en préservant le modèle de propriété familiale unique du sport.
Que signifie ce procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports pour les fans ?
Au-delà des querelles juridiques et financières, cette affaire soulève des questions fondamentales sur l’avenir du sport. Les fans de NASCAR ont été témoins d’une érosion de la diversité de la grille, avec des équipes historiques comme Stewart-Haas Racing disparaissant et les coûts devenant prohibitifs pour les nouveaux entrants.
La qualité de la compétition a paradoxalement augmenté avec la Next Gen car, créant des courses plus serrées. Mais ce gain s’accompagne d’une standardisation qui élimine les avantages de l’innovation technique, et d’une concentration des ressources entre les mains d’un nombre restreint d’équipes viables économiquement.
Les déclarations explosives des dirigeants NASCAR, comme les textos de Steve Phelps qualifiant Richard Childress de « redneck stupide » qui mérite d’être « fouetté », ont endommagé l’image d’un sport qui se veut une grande famille. Ces révélations, bien qu’exclues du procès proprement dit, ont nourri un sentiment de méfiance dans le paddock.
Le règlement de ce procès antitrust NASCAR Denny Hamlin 23XI Front Row Motorsports déterminera si la NASCAR évolue vers un modèle plus ouvert et durable, ou si elle conserve son modèle propriétaire unique, quitte à perdre des équipes et à réduire la participation des stars comme Michael Jordan. Pour le championnat Kyle Larson, l’enjeu est clair : « Nous sommes probablement le seul sport où les salaires des athlètes ont diminué en 20 ans. »
Quelle que soit l’issue, le verdict de ce procès, attendu courant 2026 après les appels éventuels, marquera un tournant décisif pour une discipline qui cherche à concilier tradition et modernité, passion et rentabilité, dans un marché du sport médiatisé de plus en plus concurrentiel.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.