Le procès antitrust opposant deux équipes de NASCAR, 23XI Racing et Front Row Motorsports, au groupe organisateur chaired by Jim France, s’apprête à réécrire les règles du jeu du sport automobile américain. Alors que la sélection du jury débute le 1er décembre 2025 à Charlotte, en Caroline du Nord, l’ensemble du paddock retient son souffle face à une confrontation judiciaire qui pourrait déstabiliser les fondations mêmes de la discipline. Ce procès historique, qui a déjà révélé des textos incendiaires entre hauts dirigeants et des documents confidentiels embarrassants, représente bien plus qu’un simple litige commercial : c’est un combat pour la survie économique des équipes et pour l’avenir d’un modèle sportif verrouillé depuis 77 ans.

Les origines du procès antitrust NASCAR 23XI et Front Row Motorsports
L’affaire débute en août 2024, lorsque 23XI Racing, co-détenue par la légende du basket-ball Michael Jordan et le pilote Denny Hamlin, ainsi que Front Row Motorsports de Bob Jenkins, refusent de signer le nouveau contrat de charter pour la période 2025-2031. Alors que les 13 autres organisations de la Cup Series acceptent les termes proposés, ces deux équipes dénoncent des conditions qu’elles jugent monopolistiques et contraires à l’équité du sport.
Le 2 octobre 2024, elles attaquent NASCAR et son président Jim France en justice, accusant l’instance organisatrice de violer l’article 2 de la loi Sherman Antitrust Act. Le cœur de leur argumentation repose sur le contrôle exercé par NASCAR sur le marché, notamment via le système des charters qui garantissent aux équipes une place sur la grille et des revenus stables, mais selon des termes dictés sans véritable négociation. Selon Jeffrey Kessler, l’avocat des équipes, NASCAR « agit en tyran » et « préfère détourner l’attention des faits par des attaques personnelles ».
Le système des charters au cœur du litige 23XI Racing et Front Row Motorsports
Le système des charters, mis en place en 2016, représente le fondement économique des équipes modernes de NASCAR. Il garantit 36 places sur la grille sur 40, une part des droits télévisuels et une certaine stabilité financière. Cependant, les équipes contestent la manière dont NASCAR l’administre. Le nouveau contrat prévoit une augmentation de 49 % des revenus des médias reversés aux équipes, mais les plaignants estiment que cela reste insuffisant pour assurer une viabilité économique à long terme.
Le juge fédéral Kenneth Bell a joué un rôle crucial dans cette affaire. Le 4 novembre 2025, il a accordé une victoire majeure aux équipes en définissant le marché pertinent comme le « premier stock-car racing », rejetant l’argument de NASCAR selon lequel les équipes pourraient simplement courir dans d’autres séries. Cette décision signifie que la phase de procès se concentrera sur la question de savoir si NASCAR a maintenu illégalement son pouvoir monopolistique par des actes anticoncurrentiels.
Les arguments des équipes dans le procès antitrust NASCAR 23XI et Front Row Motorsports
Les équipes plaignantes avancent plusieurs arguments majeurs :
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Contrôle total du marché : NASCAR possède la majorité des circuits (20 des événements de la Cup Series sur 38), dicte les prix des pièces via des fournisseurs exclusifs et interdit aux équipes de participer à d’autres compétitions stock-car sans autorisation.
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Modèle économique déficitaire : Les revenus alloués ne permettent pas aux équipes d’avoir une entreprise économiquement viable pour produire un produit de premier stock-car racing. Les coûts du Next Gen car auraient explosé, contrairement aux promesses initiales d’économies.
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Clauses anticoncurrentielles : L’accord de charter contient une clause empêchant les équipes de poursuivre NASCAR en justice, ce que le juge Bell a qualifié d’« inscrutable » et probablement illégal.
Les équipes cherchent des dommages-trois, la cession des circuits détenus par NASCAR, et la fin des interdictions d’utiliser les voitures Next Gen en dehors des courses NASCAR.
Les répliques de NASCAR dans le procès antitrust avec 23XI et Front Row Motorsports
NASCAR adopte une défense ferme, soutenue par des déclarations de propriétaires d’équipes historiques. La France family, propriétaire de la série depuis sa création en 1948, affirme avoir construit le sport à travers un travail acharné et des investissements massifs, tout cela dans le respect des lois antitrust.
Dans ses arguments, NASCAR souligne :
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Majorité d’adéquation : 13 des 15 organisations ont signé l’accord de charter, prouvant sa légitimité.
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Augmentation des revenus : Le nouveau contrat augmente significativement les paiements aux équipes, démontrant l absence de comportement monopolistique.
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Définition du marché : NASCAR insiste sur le fait que « premier stock-car racing » est une définition trop étroite et que les équipes pourraient s’investir dans d’autres sports mécaniques ou ligues.
Le commissaire Steve Phelps a affirmé que la série « fait de son mieux » pour régler le litige, mais a mis en garde : si NASCAR perd, le système de charter tout entier pourrait être remis en cause, créant une « incertitude dévastatrice » pour les 13 équipes qui ont signé.
Les révélations embarrassantes des textos dans le procès antitrust
Le procès a déjà fait émerger des documents internes embarrassants pour NASCAR. Des messages texte entre Steve O’Donnell et Steve Phelps, datant de 2022-2023, révèlent une volonté délibérée d’étouffer toute concurrence. Après l’annonce de la participation de Denny Hamlin à une course de la Superstar Racing Experience (SRX) en juillet 2023, Phelps a qualifié la SRX de « série de poubelle » et a écrit : « We need legal to take a shot at this » (Nous devons demander au service juridique d’attaquer ça).
Les plus choquants sont les messages concernant Richard Childress, propriétaire de RCR. Après des critiques de Childress sur le coût du Next Gen car, Phelps l’a insulté vertement dans des échanges privés : « Childress needs to be taken out back and flogged. He’s a stupid redneck who owes his entire fortune to nascar » (Childress doit être sorti et fouetté. C’est un idiot de plouc qui doit toute sa fortune à NASCAR). Ces révélations, bien que le juge Bell ait décidé qu’elles ne seraient pas présentées au jury, ont déjà endommagé l’image de NASCAR et renforcé la thèse antitrust des plaignants.
Les enjeux financiers et structurels du procès NASCAR vs 23XI
Les enjeux financiers sont colossaux. Les équipes plaignantes demandent des dommages-trois, ce qui pourrait coûter à NASCAR jusqu’à 120 millions de dollars selon les estimations d’experts. Mais l’enjeu dépasse largement le financier.
Le procès met en lumière la structure unique de NASCAR : une entreprise familiale qui contrôle à la fois la série, la majorité des circuits, les fournisseurs exclusifs et les règles de participation. Les équipes, contrairement à d’autres ligues sportives, n’ont aucune participation dans la gouvernance de la série.
Les déclarations des propriétaires d’équipes signataires révèlent une certaine ambiguïté. Roger Penske a déclaré avoir signé « parce que NASCAR ne bougerait pas davantage ». Rick Hendrick affirme que sans le système de charter, le modèle d’équipe est « insoutenable ». Ces témoignages, bien que favorables à NASCAR, soulignent la dépendance totale des équipes vis-à-vis de la décision de la série.
Les perspectives d’avenir du procès antitrust NASCAR 23XI et Front Row Motorsports
Alors que le procès s’ouvre, plusieurs scénarios se dessinent :
Scénario 1 : Victoire des équipes plaignantes Cela obligerait NASCAR à revoir en profondeur son modèle économique. La vente des circuits, l’ouverture du marché des fournisseurs et une refonte du système de charter pourraient être imposées. Cela créerait un précédent majeur dans le sport automobile américain.
Scénario 2 : Victoire de NASCAR Consoliderait la position dominante de la série. Cependant, le procès lui-même a déjà exposé des faiblesses et des pratiques contestables. Les sponsors et les fabricants pourraient demander plus de transparence, même en cas de victoire judiciaire.
Scénario 3 : Règlement à l’amiable C’est l’option privilégiée par de nombreux acteurs du paddock. Selon les dernières informations, NASCAR aurait accepté de rendre les charters permanents, mais les négociations butent sur le montant des dommages et des frais juridiques réclamés par 23XI et Front Row. Le juge Bell a multiplié les appels à la médiation, reconnaissant que « personne ne gagnera vraiment si cela va jusqu’au bout ».
Le chronomètre tourne. Avec près de 1 800 pièces à conviction listées par les deux parties, le procès s’annonce long et potentiellement destructeur. Les sponsors regardent avec inquiétude cette confrontation qui pourrait déstabiliser la confiance dans la série. Les pilotes, eux, sont partagés entre le soutien à leurs équipes et la crainte d’une remise en cause du système qui leur assure une grille de départ.
Le procès antitrust opposant NASCAR à 23XI Racing et Front Row Motorsports représente un moment charnière pour le sport automobile américain. Au-delà des arguments juridiques sur la définition du marché et les clauses anticoncurrentielles, c’est toute une culture sportive fondée sur le contrôle familial absolu qui est remise en question. Les révélations sur les textos des dirigeants, les débats sur la viabilité économique des équipes et les ultimes tentatives de médiation illustrent la profondeur de la crise.
Quel que soit le verdict du jury, l’impact sera durable. Une victoire des équipes pourrait ouvrir la voie à une ère de plus grande équité et de transparence dans la répartition des revenus. Une victoire de NASCAR, même si elle consolide son autorité, ne pourra effacer les questions soulevées sur sa gouvernance. Dans tous les cas, ce procès obligera la série à moderniser ses pratiques et à trouver un nouvel équilibre avec les équipes, sans lesquelles le spectacle n’existerait pas. L’enjeu ultime est clair : assurer la pérennité d’un sport où les équipes peuvent prospérer tout en préservant l’excellence qui a fait la renommée de NASCAR.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.