Procès antitrust NASCAR 2025 charters Front Row 23XI : un tournant historique pour la série américaine
L’hiver 2025 s’annonce comme un moment décisif pour la NASCAR. Deux équipes de la Cup Series, 23XI Racing et Front Row Motorsports, ont décidé de défier le géant du stock-car racing en portant plainte pour violation des lois antitrust fédérales. Ce procès, qui se tient devant le tribunal de Charlotte en Caroline du Nord, pourrait non seulement réécrire les règles du jeu économique de la discipline, mais aussi remettre en cause un modèle d’affaires vieux de plus de 75 ans. Au cœur des débats : le système de charters, ces accords qui garantissent aux équipes une place sur la grille de départ et une part des revenus.

Les origines du procès antitrust NASCAR 2025 charters Front Row 23XI
L’affaire a débuté en octobre 2024, lorsque 23XI Racing — l’équipe co-détenue par la légende du basket Michael Jordan et le pilote Denny Hamlin — et Front Row Motorsports ont déposé leur plainte. Elles accusent NASCAR d’abuser de sa position dominante pour restreindre les revenus des équipes et limiter leur indépendance. La tension est montée d’un cran le 6 septembre 2024, lorsque les équipes ont reçu la proposition finale de NASCAR concernant les charters pour 2025. Un ultimatum leur a été imposé : signer avant minuit ou perdre leur statut protégé.
Bob Jenkins, propriétaire de Front Row Motorsports, a raconté au tribunal comment il a reçu cet accord de 112 pages alors qu’il dînait avec ses parents, sans réseau téléphonique. « Quand j’ai eu du signal, j’avais des dizaines d’appels manqués et de messages concernant l’accord des charters », a-t-il témoigné. L’homme d’affaires, qui a perdu près de 100 millions de dollars depuis le début de son aventure en NASCAR malgré une victoire aux 500 miles de Daytona en 2021, s’est senti piégé. « NASCAR savait qu’on devait le signer les yeux fermés. Certains propriétaires ont investi 500 à 600 millions de dollars dans leurs installations, avec des sponsors à long terme. Ils ne pouvaient pas tout abandonner. »
Le système de charters NASCAR sous le feu des accusations
Comment les charters ont évolué vers une crise juridique
Le système de charters a été introduit en 2016 à la demande des équipes elles-mêmes, regroupées au sein du Race Team Alliance (RTA). L’objectif était de créer de la valeur à long terme pour les organisations, en garantissant leur participation à chaque course et en stabilisant leurs revenus. NASCAR a distribué 36 charters gratuitement aux équipes existantes, leur permettant théoriquement de les vendre ou les louer. Depuis, leur valeur a explosé : de 6 millions de dollars en 2018 à 40 millions en 2023.
Mais selon les plaignants, cette valorisation masque une réalité économique beaucoup plus sombre. Les équipes accusent NASCAR de maintenir un modèle de revenus déficitaire. Selon les documents financiers rendus publics pendant le procès, les équipes charter reçoivent une base d’environ 185 000 dollars par course. En moyenne, une équipe gagne 330 000 dollars par événement, tandis que les top teams touchent près de 500 000 dollars. Pourtant, le coût pour aligner une seule voiture sur les 38 courses de la saison s’élève à 20 millions de dollars, sans compter les frais généraux ni le salaire du pilote.
Les revendications de monopole de NASCAR
L’argument central du procès antitrust NASCAR 2025 charters Front Row 23XI repose sur l’absence d’alternatives crédibles. Jeffrey Kessler, l’avocat des équipes, a déclaré en plein tribunal : « Vous êtes un monopole. Il n’y a nulle part où aller ailleurs. » Face à lui, Scott Prime, vice-président exécutif de NASCAR, a reconnu que la série était « la principale série de stock-car racing aujourd’hui ».
Les plaignants soulignent que NASCAR contrôle non seulement la série Cup, mais aussi 17 des pistes du calendrier (dont 11 en 2025), la série ARCA et le championnat d’endurance IMSA. Cette emprise totale empêcherait toute concurrence ou création d’une série rivale. NASCAR a même envisagé, selon des documents internes, de prendre en main la gestion des voitures elle-même, éliminant purement et simplement les équipes externes si celles-ci refusaient les nouveaux termes.
Témoignages chocs au procès antitrust NASCAR 2025 charters Front Row 23XI
Bob Jenkins : « J’étais sincèrement très blessé »
Le témoignage de Bob Jenkins a marqué les esprits. L’homme de 61 ans a décrit l’offre de NASCAR comme « insultante » : « Elle a reculé virtuellement sur tellement de points. NASCAR voulait gouverner avec un poing de fer, c’était comme une taxation sans représentation. » Il a expliqué avoir contacté d’autres propriétaires, dont Joe Gibbs, qui lui a confié se sentir coupable d’avoir signé. « Pas un seul propriétaire n’a dit : ‘J’étais content de le signer.’ Pas un seul. »
Jenkins a obtenu une extension pour examiner le document, mais Steve Phelps, commissaire de NASCAR, lui a clairement signifié : « Les négociations sont closes. Nous ne rouvrons pas le document. » Pour cet entrepreneur qui a bâti son équipe depuis les années 2000 et rêvait de la transmettre à ses quatre fils, la décision a été douloureuse. « Ce n’est pas une question de dépenses excessives. Nous avons un modèle qui fonctionne pour nous », a-t-il insisté. « Je n’ai jamais réalisé de profit. Et ce n’est pas dû à une mauvaise gestion. Le niveau auquel nous concourons est simplement trop coûteux. »
Les finances des équipes sous la loupe
Les documents financiers déposés au procès révèlent une réalité brutale. Sur douze équipes ayant fourni leurs comptes (23XI et Front Row exclues), seulement trois ont déclaré des profits en 2024. En moyenne, les propriétaires ont perdu 2,2 millions de dollars par voiture. Pourtant, NASCAR souligne que la situation s’est améliorée depuis l’ère pré-charter, où les équipes perdaient en moyenne 1,3 million par voiture en 2014.
Du côté de 23XI Racing, les revenus sont passés de 27,8 millions de dollars en 2021 à 62,2 millions en 2024, avec des paiements NASCAR augmentant de 6,6 à 21,1 millions. Pourtant, l’équipe a perdu 2,1 millions de dollars en 2024, après avoir réalisé un maigre profit de 3,5 millions en 2023. Front Row Motorsports, elle, a vu ses revenus passer de 12,8 millions en 2016 à 23,6 millions en 2024, tout en affichant des pertes annuelles allant de 6 à 9,9 millions de dollars.
Les enjeux financiers du procès antitrust NASCAR 2025 charters Front Row 23XI
Le cœur du différend réside dans la répartition des revenus de la nouvelle télévision. Le contrat de 7,7 milliards de dollars signé en novembre 2023 devait redistribuer les richesses. NASCAR a finalement consenti à donner 49% des droits TV aux équipes (contre 39% précédemment), 41% aux pistes et 10% à elle-même, plus un paiement additionnel de 50 millions.
Mais pour les plaignants, ce n’est pas suffisant. Ils réclament des charters « perpétuels » qui se renouvelleraient automatiquement tous les sept ans, à la discrétion du propriétaire. NASCAR refuse, arguant que les charters sont des contrats, pas des franchises, et que sa flexibilité est essentielle pour négocier les accords médiatiques. Le procès pourrait forcer une redistribution drastique des revenus et une représentation formelle des équipes au conseil d’administration de NASCAR.
Les conséquences d’un verdict pour l’avenir du sport
L’enjeu va bien au-delà des seules finances. Si 23XI et Front Row gagnent, ils pourraient obtenir des dommages-intérêts ou des charters perpétuels, mais pas les deux. Un succès juridique pourrait contraindre NASCAR à réécrire ses accords commerciaux et à partager davantage de pouvoir avec les équipes. Cependant, NASCAR a prévenu : un tel verdict mettrait en péril le système de charters lui-même.
Ironiquement, quelle que soit l’issue, le sport risque de perdre une équipe majeure. Si 23XI perd, Michael Jordan et Denny Hamlin ont laissé entendre qu’ils pourraient mettre la clé sous la porte plutôt que de continuer sans charters perpétuels. S’ils gagnent sans obtenir ces charters, ils pourraient également quitter la série. Comme l’a souligné Hamlin : « Je pense que l’un de nous est en mission suicide. »
Le procès révèle aussi des tensions personnelles. Des messages texte échangés entre dirigeants de NASCAR, rendus publics malgré leur interdiction au tribunal, ont montré des échanges acerbes sur les équipes et pilotes. Steve Phelps a dû admettre : « Y a-t-il des choses que Steve O’Donnell et moi avons dites que nous aurions préféré ne pas rendre publiques ? Oui. »
Au-delà des considérations juridiques et financières, ce procès antitrust NASCAR 2025 charters Front Row 23XI met en lumière une fracture profonde entre la direction historique de la série et une nouvelle génération d’entrepreneurs issus d’autres sports majeurs. Michael Jordan, icône planétaire du basket, et Denny Hamlin, pilote champion en activité, représentent une vision moderne du sport professionnel où les équipes revendiquent une valorisation similaire aux franchises NBA ou NFL.
Le verdict, attendu après deux semaines de débats, pourrait redéfinir la gouvernance du stock-car racing pour les décennies à venir. Pendant ce temps, les 13 autres équipes, qui ont signé l’accord de charter 2025, observent la scène avec inquiétude, conscientes que leur propre avenir pourrait être bouleversé par la décision d’un tribunal. L’histoire retiendra que le 2 décembre 2025 marque le jour où la NASCAR a été contrainte de défendre son modèle centenaire face à ses propres équipes.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.