Procès antitrust NASCAR section 2 : le questionnaire du jury et le verdict qui font trembler l'oval

Nascar

Le 17 novembre 2025 marque un tournant dans l’histoire de la NASCAR. Après six semaines d’audiences explosives à Charlotte, le jury fédéral a rendu son verdict dans l’affaire Smithfield Foods et 23 drivers c. NASCAR, un procès antitrust qui visait le cœur même du modèle économique de la série. L’accusation ? Abus de position dominante au sens de la section 2 du Sherman Act, monopole sur les droits TV, clauses d’exclusivité étouffantes et barrières à l’entrée si élevées qu’elles empêchent toute concurrence sérieuse. Le questionnaire remis au jury jeudi dernier contenait 42 questions, dont une en particulier a fait l’objet de plus de neuf heures de délibération : « La NASCAR détient-elle un pouvoir de marché sur la course stock-car nationale au point d’avoir volontairement maintenu ou renforcé ce monopole par des moyens anticoncurrentiels ? » La réponse, un « oui » unanime, a fait trembler les actionnaires de France Daytona Beach.

nascar-antitrust-verdict_3.jpg

Le questionnaire du jury : 42 questions qui ont mis NASCAR face à ses contradictions

Le juge district Katherine Eagles a structuré le questionnaire en quatre volets : définition du marché pertinent, preuve du pouvoir de marché, comportement anticoncurrentiel et préjudice subi. Chaque volet devait recueillir l’unanimité des douze jurés, ce qui a donné lieu à des débats internes dignes d’un film de cour d’assises. Les jurés ont notamment dû se prononcer sur la fameuse clause « 100 % NASCAR » qui oblige les équipes engagées en Cup Series à ne pas courir ailleurs sans une autorisation écrite, sous peine d’amende allant jusqu’à 500 000 $ et d’exclusion du playoff. Une clause que l’avocat des plaignants, David Boies, a qualifiée de « serpent de verrouillage » en montrant des e-mails internes où un vice-président de la sanctioning body écrivait : « On ne laisse pas les gars aller jouer ailleurs, sinon on devient la NBA des années 90. »

Les jurés ont également dû évaluer l’impact des droits TV regroupés sous un seul bouquet. La NASCAR a signé en 2024 un contrat global de 7,7 milliards de dollars avec FOX, NBC et Amazon jusqu’en 2031, sans possibilité pour une série rivale d’accéder aux mêmes plateformes. Le questionnaire demandait : « Ce verrouillage des droits a-t-il réduit la production de courses stock-car de qualité ? » Réponse : 11 voix contre 1 pour le oui. Le juré dissident, un ingénieur en retraite de Hendrick Motorsports, a fini par céder après avoir revu les déclarations sous serment de Chase Elliott, qui avouait ne pas pouvoir courir l’Indy 500 par peur de perdre ses points playoff.

Verdict et dommages : 2,1 milliards de dollars et une injonction historique

Le verdict est tombé à 16 h 32, heure de l’Est. La NASCAR est déclarée coupable d’avoir « sciemment maintenu un monopole ». Le montant des dommages-intérêts est fixé à 2,1 milliards de dollars, soit le triple des 700 millions réclamés au départ, en application de la clause de tréble damages du Sherman Act. Plus spectaculaire encore : le juge Eagles a accepté la demande d’injonction structurelle des plaignants. À compter du 1er janvier 2026, la NASCAR devra :

  • Ouvrir 25 % de ses créneaux TV aux promoteurs extérieurs via un appel d’offres transparent
  • Supprimer la clause d’exclusivité 100 % NASCAR pour les équipes engagées depuis plus de trois ans
  • Créer un fonds de 300 millions pour financer l’entrée de nouvelles séries stock-car nationales

Jim France, président de NASCAR, a aussitôt déclaré : « Nous allons faire appel, mais nous respecterons la décision en attendant. Le modèle reste solide. » Pourtant, en coulisses, les actionnaires de France Daytona Beach ont vu le titre chuter de 18 % en after-hours. Le directeur général Steve Phelps a convoqué une réunion d’urgence avec les 15 plus gros team owners pour calmer le jeu. Une source interne a confié à Pit Stop Insight : « On savait que le questionnaire était un piège. Dès qu’on a vu la question 27 sur les parts de marché, on a su que c’était mal barré. »

Ce que le procès antitrust NASCAR section 2 change pour les teams, les drivers et les fans

Pour les teams, l’injonction est une manne. Rodney Childers, crew chief de Stewart-Haas, résume : « On va enfin pouvoir courir des événements doubles, genre Daytona 500 puis Indy 500, sans perdre nos points. C’est énorme pour la visibilité des sponsors. » Les petites structures, elles, voient une opportunité de vendre leurs créneaux TV à des promoteurs extérieurs. BK Racing, ex-faillie, étudie déjà un retour en 2026 en revendant ses 25 % de créneau à Netflix Motors Series, une nouvelle plateforme annoncée la semaine dernière.

Du côté des drivers, Kyle Larson ne cache pas sa joie : « J’ai toujours voulu faire le Double, maintenant c’est possible. » Les agents cherchent déjà des clauses « crossover » dans les contrats 2026. Les fans, eux, risquent de voir une explosion de l’offre. Imaginez un week-end avec la Cup Series à Martinsville le samedi soir en Prime Video et la Netflix Motors Series à Nashville le dimanche après-midi. Le risque ? Une dilution de l’audience, déjà en baisse de 4 % cette année.

La NASCAR a annoncé qu’elle allait lancer une « Cup Series Champions League » dès 2027, un format fermé de 20 courses réparties entre FOX, NBC, Amazon et deux nouveaux entrants, pour compenser la perte de contrôle. Le juge Eagles a validé le principe à condition que les droits soient mis aux enchères tous les trois ans. Une révolution copiée sur le modèle de la Premier League anglaise, comme l’explique cet article de Sports Business Journal qui détaille les premières réactions des réseaux.

L’après-verdict : vers une NASCAR ouverte ou une fragmentation du stock-car américain ?

L’horizon n’est pas sans nuages. Les experts antitrust craignent une fragmentation du calendrier. Andrew Zimbalist, économiste à Smith College, met en garde : « Le risque, c’est d’avoir trois séries stock-car nationales qui se cannibalissent. Le fan moyen ne va pas suivre 60 courses par an. » Il rappelle que l’IndyCar a mis dix ans à se remettre du split CART-IRL des années 90. Pour éviter le piège, la NASCAR a proposé une « Super Licence » valable pour toutes les séries, un peu comme le système de points FIA. Le juge Eagles a reporté sa décision au 15 décembre, laissant un mois aux parties pour négocier un cadre commun.

Dans les paddocks, l’ambiance est mitigée. Les gros teams (Hendrick, Joe Gibbs, Team Penske) craignent une perte de valeur de leurs charters, évalués jusqu’à 40 millions avant le verdict. Les petites structures, elles, rêvent de devenir des « satellites » des nouvelles séries. Rick Ware Racing a déjà déposé la marque « Stock-Car Open Series » auprès du USPTO. Le PDG Rick Ware nous a confié : « On va proposer 12 courses, 1,5 million de dollars de prix de la saison, et des moteurs spec fournis par Ilmor. Ça va être le D2 du stock-car. »

Pour les fans européens, l’ouverture des droits TV pourrait enfin permettre à Canal+ ou Sky de diffuser la Cup Series sans passer par NASCAR Productions. Reste à savoir si la FFSA saisira l’opportunité pour relancer le stock-car en France, vingt ans après la disparition du NASCAR Euro Series à Tours.

Le procès antitrust NASCAR section 2 et son verdict ne sont qu’un début. Ils ouvrent la boîte de Pandore d’un sport qui, pendant 76 ans, a tout centralisé : calendrier, droits, règlement, charters. En 2026, pour la première fois, une équipe pourra refuser Daytona si elle trouve une meilleure offre ailleurs. Le roi est nu, mais il court toujours.

Questions fréquemment posées

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.