L’attente est à son comble à l’approche du Grand Prix d’Abu Dhabi 2025, où le champion du monde de Formule 1 sera couronné au terme d’une saison épique de 24 courses. Pour la première fois depuis 2010, trois pilotes se tiennent en lice pour le titre ultime à la dernière manche : Lando Norris, Max Verstappen et Oscar Piastri. Le Britannique de McLaren arrive avec un avantage de 12 points sur le champion en titre néerlandais, tandis que son coéquipier australien pointe à 16 unités, créant un scénario de champion potentiellement explosif sur le circuit de Yas Marina.
Cette finale à trois n'est pas seulement un spectacle rare dans l'histoire de la F1 moderne, elle représente également l'aboutissement d'une saison de contrastes. D'un côté, la domination apparente de McLaren avec une voiture souvent considérée comme la plus rapide sur la grille. De l'autre, la résilience exceptionnelle de Verstappen, qui a su revenir d'un retard de 104 points après Zandvoort pour se retrouver à portée de son cinquième titre consécutif. Le contexte est en place pour un week-end mémorable où chaque détail comptera, des qualifications à la gestion stratégique en course.

Les permutations exactes pour chaque pilote
Scénarios de champion pour Lando Norris
Lando Norris contrôle son propre destin, une position enviable en Formule 1. Un podium suffirait à garantir son premier titre mondial, quel que soit le résultat de ses rivaux. Cette marge de manœuvre confère à McLaren une certaine sérénité stratégique, même si la pression reste immense sur les épaules du pilote de 25 ans. Les calculs sont clairs : P1, P2 ou P3, et le championnat est à lui.
Si Norris venait à terminer en dehors du podium, les possibilités restent nombreuses. Une quatrième ou cinquième place suffirait à condition que Verstappen ne gagne pas. Une sixième ou septième place nécessiterait que ni Verstappen ni Piastri ne remportent la course. Dans l'extrême, une huitième place pourrait suffire si Verstappen ne monte pas sur le podium et que Piastri ne remporte pas la course. Ces multiples scénarios offrent à Norris une flexibilité précieuse, même s'ils impliquent des calculs complexes en temps réel pendant la course.
L'avantage psychologique est réel pour le leader du championnat. Comme le souligne l'analyste James Hinchcliffe, “il n’a terminé hors du top trois que deux fois lors des huit derniers Grands Prix”. Cette régularité, même en période de forte pression, suggère que Norris a les ressources mentales nécessaires pour clôturer l'affaire à Abu Dhabi, où il avait dominé l'an dernier depuis la pole position jusqu'à la victoire.
Les conditions de victoire de Max Verstappen
Pour le triple champion du monde, la tâche est plus complexe mais loin d'être impossible. Verstappen doit impérativement monter sur le podium pour conserver un espoir de titre. Une victoire avec Norris hors du top trois suffirait à lui offrir son cinquième titre consécutif. Une deuxième place nécessiterait que le Britannique ne termine pas mieux que huitième, tandis qu'une troisième place requerrait que Norris ne marque aucun point.
Ce qui rend Verstappen si dangereux, c'est son historique de performances sous pression. Comme l'explique Chris Medland de Formula1.com, “nous savons tous comment nous en sommes arrivés là ; le déficit de Verstappen a atteint un montant à trois chiffres après Zandvoort, et depuis il a été sur un plan complètement différent”. Cette capacité à extraire le maximum de chaque opportunité, combinée à l'amélioration constante de Red Bull depuis l'été, fait de lui un prétendant légitime malgré le handicap de points.
Le Néerlandais a également l'avantage de n'avoir qu'à se soucier de sa propre stratégie. Comme le note Jake Boxall-Legge de Motorsport.com, “Red Bull n’a qu’à s’inquiéter de sa stratégie, et peut passer tout le week-end à trouver comment remporter un cinquième titre consécutif pour les pilotes”. Cette focalisation exclusive peut s'avérer décisive face à une McLaren qui doit jongler avec deux candidats au titre.
La chance minimale d’Oscar Piastri
L'Australien de McLaren part avec les cotes les plus longues, mais l'histoire de la F1 montre que le troisième homme peut créer la surprise. Piastri doit impérativement finir dans les deux premières places pour avoir une chance. Une victoire avec Norris sixième ou pire, ou une deuxième place avec Norris dixième et Verstappen quatrième ou pire, lui permettrait de décrocher un titre improbable.
La force de Piastri réside dans sa capacité à profiter du chaos. Comme l'analyse Owen Bellwood de Motorsport.com, “dans l'éventualité où les deux premiers se touchent et que Piastri gagne, il espérera que Norris ne puisse pas remonter au-delà de la sixième place”. Sur un circuit comme Abu Dhabi où les dépassements sont difficiles, cette situation n'est pas à exclure, surtout si les principaux protagonistes s'accrochent au premier virage.
Andrea Stella, le patron de McLaren, est conscient de cette possibilité : “Nous avons vu auparavant dans l'histoire de la Formule 1 que lorsque vous avez ce genre de situation, c'est parfois le troisième qui remporte le titre”. Cette référence à 2007 (Kimi Räikkönen) et 2010 (Sebastian Vettel) montre que Piastri ne doit pas être totalement écarté des discussions, même s'il doit compter sur des circonstances exceptionnelles.
Les analyses des experts: qui l'emportera?
Les prédictions des spécialistes F1 sont partagées, mais une majorité pencherait pour Lando Norris, principalement en raison de son avantage au championnat et de sa régularité. Lawrence Barretto de Formula1.com résume bien ce sentiment : “Je suis sûr que le champion du monde en titre Max Verstappen rendra les choses intéressantes – et c'est lui que je vois gagner la course. Mais je pense que Lando Norris (…) reste le favori pour le titre car il est le seul à contrôler son propre destin”.
Cette perspective est renforcée par les performances passées de Norris sous pression. David Tremayne, journaliste F1 renommé, rappelle que “l'an dernier, il y avait un type différent de pression lié au championnat des constructeurs, mais Norris a été irréprochable tout le week-end”. Cette capacité à produire un week-end parfait quand il le faut est un indicateur fort pour Abu Dhabi.
Cependant, personne ne sous-estime Max Verstappen. L'interviewé James Hinchcliffe souligne que “bien que Norris ait perdu des points, il ne faut pas oublier que Verstappen a extrait le maximum de sa Red Bull tout au long de la saison”. Cette constance dans l'exploitation du potentiel maximal de sa voiture, même quand elle n'était pas la plus rapide, est la marque des grands champions. Verstappen lui-même a commenté les améliorations de Red Bull : “vous essayez beaucoup de choses, et beaucoup de choses ne fonctionnent pas. Mais je dirais que depuis Zandvoort, nous avons trouvé une direction”.
Le facteur Piastri est le plus incertain. Alex Jacques de F1 TV rappelle un présage historique : “les deux dernières fois que cela s'est produit, le pilote en troisième position au classement au départ a remporté le titre à la fin de la journée. C'était Kimi Räikkönen en 2007 et Sebastian Vettel en 2010”. Cette statistique, aussi maigre soit-elle, donne de l'espoir aux supporters de l’Australien.
Le dilemme stratégique de McLaren
La position de McLaren est délicate. Avec deux pilotes en lice pour le titre, l'équipe doit naviguer entre sa philosophie de fairness et la réalité compétitive face à Verstappen. Andrea Stella a été clair sur la position de l'équipe : “Il n’y aura pas d'appel qui exclura l'autre pilote quand l'autre pilote est en condition de gagner”. Cette déclaration souligne l’intention de McLaren de laisser ses pilotes se battre, du moins initialement.
Cependant, Stella reconnaît que des discussions auront lieu avant Abu Dhabi. “Nous confirmerons notre approche de course, mais certainement ce que je peux dire qu'est que si l'un des pilotes est en condition de poursuivre la quête du titre, alors nous respecterons cela”. Cette nuance ouvre la porte à des consignes d'équipe si la situation l'exige, notamment si Piastri se retrouve en position d’aider Norris à contrer Verstappen.
Zak Brown, le PDG de McLaren, avait pris une position ferme le mois dernier en déclarant qu'il “préférerait perdre le championnat face à Verstappen plutôt que de favoriser l'un de ses pilotes”. Cette philosophie a été saluée pour son intégrité, mais elle pourrait être testée dans la chaleur de la bataille d’Abu Dhabi. Stella semble pragmatique sur ce point : “si un pilote doit aider son coéquipier, pour que l'équipe puisse remporter le championnat des pilotes, alors nous le ferons”.
L'erreur stratégique du Qatar reste fraîche dans les mémoires. La décision de ne pas faire entrer Norris et Piastri aux stands sous safety car a coûté une victoire quasi certaine à l'équipe. Stella a admis : “depuis un point de vue d'équipe, le premier élément sur lequel se concentrer est de s'assurer que nous soyons en condition, préparés, déterminés à exécuter des week-ends de course parfaits”. Cette leçon a pu être apprise à travers l'analyse des décisions passées.
L'historique des combats à trois en F1
La Formule 1 a connu seulement deux fois auparavant une lutte à trois pilotes au dernier Grand Prix depuis l'introduction du système de points moderne. Ces deux occasions ont fourni des leçons fascinantes pour Abu Dhabi 2025. En 2007, Kimi Räikkönen est venu chercher le titre à Interlagos alors qu'il pointait à 7 points derrière Lewis Hamilton et à 3 points de Fernando Alonso. Sa victoire parfaite, combinée aux difficultés des pilotes McLaren, avait créé la surprise.
La comparaison la plus parlante reste 2010 à Abu Dhabi même. Sebastian Vettel, troisième du classement avant la course, avait profité de la focalisation de Ferrari sur Mark Webber pour glisser discrètement vers la victoire. David Tremayne rappelle cet épisode : “Ferrari s'est totalement focalisé sur Mark Webber, mais comme Red Bull a refusé de favoriser l'Australien via les consignes d'équipe, Vettel est passé discrètement pour battre son coéquipier et Fernando Alonso”. Cette erreur stratégique de Ferrari est un avertissement que Stella et McLaren semblent avoir pris en compte.
Le patron de McLaren est conscient de ce précédent : “Nous avons vu auparavant dans l'histoire de la Formule 1 que quand vous avez ce genre de situation, c'est parfois le troisième qui remporte le titre”. Cette méfiance est saine et explique pourquoi Piastri reste dans les discussions stratégiques de l'équipe, malgré son retard au championnat. L'expérience de Stella chez Ferrari pendant ces deux saisons (2007 et 2010) lui donne une perspective unique sur les pièges à éviter.
L'importance du départ ne peut être surestimée. Abu Dhabi a vu sa part de contacts au premier virage, et avec Verstappen connu pour ses départs agressifs, la tension sera palpable. Owen Bellwood de Motorsport.com souligne que “Norris sera sur la défensive dès le départ dimanche, et quelle que soit sa position de départ, Verstappen sera assez proche”. Une touchette, une crevaison ou une aile cassée pourrait redéfinir l'intégralité du championnat en quelques secondes.
Conclusion
La prévision du titre mondial F1 2025 à Abu Dhabi entre Norris, Verstappen et Piastri se résume à un équilibre entre avantage mathématique et dynamique de course. Lando Norris part favori, et les données historiques montrent que le leader avant la dernière course remporte généralement le titre quand il a ce niveau de contrôle. Sa régularité depuis la mi-saison, malgré les récents coups durs au Qatar et Las Vegas, suggère qu'il a la maturité nécessaire pour gérer la pression.
Cependant, écrire Verstappen hors du combat serait une erreur historique. Le Néerlandais a déjà réalisé l'impossible en revenant de plus de 100 points de retard. “C'est la meilleure saison de sa carrière à mes yeux”, selon Lawrence Barretto, même s'il venait à échouer au dernier obstacle. La capacité de Verstappen à maximiser chaque opportunité, combinée à la possible gestion à deux têtes de McLaren, pourrait créer une ouverture.
Pour Oscar Piastri, la mission relève de la gageure, mais l'histoire de la F1 est écrite par ceux qui savent saisir les opportunités. Tout comme Vettel en 2010 ou Räikkönen en 2007, il a besoin d'un concours de circonstances exceptionnel, mais Abu Dhabi a déjà livré sa part de drames.
Quel que soit le vainqueur, cette finale à trois assure un spectacle mémorable et souligne l'incroyable compétitivité de la saison 2025. Que ce soit le premier titre de Norris, le cinquième consécutif de Verstappen, ou l'exploit de Piastri, le Grand Prix d'Abu Dhabi rejoindra les annales comme l'un des moments les plus palpitants de l'histoire moderne de la Formule 1.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.