Préparation de Solberg pour le WRC 2026 avec Rally1 GR Yaris sur asphalte : le Dévoluy
La montée en puissance d’Oliver Solberg vers l’élite du World Rally Championship atteint une étape décisive. Fraîchement officialisé au sein de Toyota Gazoo Racing pour la saison 2026, le champion WRC2 2025 entame ses premiers tours de roue sur asphalte avec la GR Yaris Rally1 dès ce week-end. Le Rallye National Hivernal du Dévoluy, programmé du 5 au 7 décembre dans les Hautes-Alpes, marque le début d’une préparation intensive en vue du traditionnel Rallye Monte-Carlo qui ouvrira le championnat en janvier prochain.
Cette participation à une épreuve nationale française représente bien plus qu’un simple shakedown. Elle constitue en réalité la première confrontation de Solberg avec la version définitive de la Yaris Rally1 sur un revêtement bitumé, un terrain où ses lacunes d’expérience au plus haut niveau sont encore patentes. La dernière fois que le pilote suédois a piloté une voiture de catégorie Rally1 sur asphalte remonte à 2022, lors du Ypres Rally Belgium où il avait alors signé une belle quatrième place au volant d’une Hyundai i20 N Rally1.

Le défi de l’asphalte pour le spécialiste du gravier
L’héritage rallystique de la famille Solberg s’est traditionnellement construit sur des surfaces meuble. Son père Petter, champion du monde 2003, excellait sur neige et gravier. Oliver a poursuivi cette tradition en dominant le championnat WRC2 2025 avec une Yaris Rally2, remportant cinq victoires sur des épreuves majoritairement sur terre. Sa seule victoire au général en WRC, au Rallye d’Estonie, a été conquise sur des spéciales rapides de gravier, terrain de prédilection du pilote de 24 ans.
L’asphalte représente pourtant un défi technique majeur. Les trajectoires, le choix des pneumatiques, le comportement de la voiture et la gestion de l’adhérence diffèrent radicalement du gravier. Sur bitume, l’erreur est moins pardonnée : un tête-à-queue sur glisse ne se rattrape pas comme sur terrain meuble. Solberg l’a d’ailleurs concédé lui-même : « Il y a encore beaucoup d’expérience sur asphalte que je peux acquérir. Les autres pilotes ont des années de pratique sur cette surface où je suis encore un peu en retard. »
Cette préparation hivernale prend tout son sens lorsque l’on examine le calendrier 2026. Sur quatorze épreuves, près de la moitié se disputent totalement ou partiellement sur asphalte : Monte-Carlo, Croatie, Portugal (avec ses portions de ciment), Pologne, Europe Centrale et le Japon. Chaque point compte dans la course au championnat, et une faiblesse sur une surface aussi représentée serait préjudiciable aux ambitions de Toyota.
Le Rallye du Dévoluy : laboratoire parfait pour le Monte-Carlo
Le choix du Dévoluy n’est pas anodin. Ce rallye hivernal, disputé sur routes étroites et sinueuses autour de Saint-Étienne-en-Dévoluy, offre des conditions capricieuses mêlant asphalte sec, verglas, neige fondante et parfois de la neige fraîche. Cette diversité en fait un parfait banc d’essai pour le Rallye de Monte-Carlo, où la gestion des conditions changeantes sur une même spéciale détermine souvent le classement final.
Le parcours 2025 comprend 137,47 kilomètres chronométrés répartis en dix spéciales. Les organisateurs ont volontairement maintenu un format compact pour concentrer l’action et offrir aux pilotes WRC un maximum de roulage en deux jours. Solberg a d’ailleurs souligné cette opportunité : « Ce sera un peu un shakedown, mais je pense que ce sera une bonne préparation. Sinon, vous n’avez qu’une journée d’essai avant Monte-Carlo et vous ne pouvez pas tellement apprendre si les conditions sont différentes en rallye. »
La présence simultanée d’Adrien Fourmaux avec une Hyundai i20 N Rally1 ajoute une dimension compétitive intéressante. Le Français terminait lui aussi sa saison 2025 sur le podium en Arabie Saoudite. Ce duel franco-suédois sur une épreuve nationale, loin des pressions du WRC, permettra aux deux pilotes de jauger leur progression sur asphalte dans un climat plus serein que celui d’une manche du championnat du monde.
La GR Yaris Rally1 : d’Estonie au Dévoluy
La découverte de la GR Yaris Rally1 en conditions réelles avait été un coup de maître pour Solberg. En juillet, à son premier contact avec la voiture au Rallye d’Estonie, il avait immédiatement signé la victoire au général, devenant le premier pilote à remporter une manche du WRC en s’élançant depuis la deuxième place aux yeux du public. Ce succès fulgurant avait convaincu Toyota de lui confier un volant à temps plein pour 2026.
Mais piloter une Rally1 sur gravier et sur asphalte relève de deux philosophies différentes. Sur terre, la voiture danse, glisse et vole au-dessus des bosses. Sur bitume, elle mord le sol avec une précision chirurgicale. Les réglages de suspension, la distribution de puissance du moteur hybride de 500 chevaux et surtout la gestion du centre de gravité exigent une approche totalement différente.
Le numéro 99, celui qu’il avait arboré en Estonie, sera de nouveau présent sur sa Yaris au Dévoluy. Ce symbole rappelle que Solberg n’est pas un novice, mais un vainqueur en puissance qui doit maintenant affiner son adaptabilité. Son copilote Elliott Edmondson, qui connaît déjà bien la voiture suite aux tests pré-saison, jouera un rôle crucial dans la transmission des données et l’ajustement des notes de pacenotes spécifiques à l’asphalte.
L’échiquier Toyota 2026 : entre expérience et jeunesse
La composition de l’équipe Toyota pour 2026 révèle une stratégie claire de transition générationnelle. Oliver Solberg rejoint un groupement de cinq pilotes où chacun apporte une valeur spécifique :
Pilotes confirmés
- Elfyn Evans : septième saison chez Toyota, double vice-champion du monde en 2020 et 2022, spécialiste de l’asphalte
- Sébastien Ogier : neuf titres mondiaux, programme partiel mais cible les rallyes sur asphalte où il est imbattable
- Takamoto Katsuta : montée en puissance constante, podiums en Suède et Finlande en 2025
Jeunes talents
- Sami Pajari : deuxième saison complète après un rookie year prometteur et premier podium au Japon 2025
- Oliver Solberg : champion WRC2 2025, maximum de roulage pour acquérir de l’expérience
Jari-Matti Latvala, le directeur d’équipe, justifie ce choix : « C’est un plaisir d’accueillir Oliver à temps plein après le travail fantastique qu’il a accompli avec la GR Yaris Rally2. Avec Elfyn et Seb, qui ont piloté de manière exceptionnelle dans la course au titre, ainsi que Takamoto et Sami, nous disposons une fois de plus d’une ligne de pilotes solide avec un excellent mélange de vitesse et d’expérience. »
Cette architecture implique que Solberg bénéficiera du coaching d’Evans et Ogier sur asphalte. Les stages partagés lors des essais, les débriefings techniques et l’analyse des données télatiques entre pilotes constitueront une formation accélérée. Ogier, qui a remporté Monte-Carlo huit fois, pourrait devenir le mentor idéal pour décrypter les subtilités des routes alpines.
Les enjeux d’une préparation hivernale réussie
Le Rallye du Dévoluy ne se limite pas à une découverte de la voiture. Il s’agit d’un véritable test de maturité pour Solberg. Les conditions météo aléatoires de décembre en montagne obligent le pilote à sortir de sa zone de confort. Sur asphalte hivernal, la gestion des pneus cloutés, l’anticipation des zones glacées et le choix des trajectoires optimales demandent une anticipation que seule l’expérience forge.
La présence d’Hayden Paddon en Rally2 apporte une référence supplémentaire. Le double champion d’Europe, habitué des surfaces difficiles, permettra à Solberg de comparer ses temps sur des portions communes malgré la différence de catégorie. Cette métrique informelle alimentera la confiance du Suédois ou pointera des axes de progression avant les essais officiels de janvier.
L’enjeu principal reste la construction d’une base de données fiable pour les rallyes sur asphalte. Chaque kilomètre parcouru au Dévoluy sera analysé : comportement de la voiture en freinage, stabilité en entrée de virage, traction en sortie sur revêtement glissant. Ces données alimenteront les simulateurs de l’équipe et serviront de référence pour les réglages à adopter en Croatie ou au Portugal.
Solberg garde la tête froide : « Bien sûr, il y a beaucoup à apprendre. Il y aura des attentes mitigées pendant l’année. Mais il y a aussi de nombreux rallyes où je peux bien performer, et c’est l’objectif. » Cette sagesse contraste avec l’impétuosité de ses débuts. Il sait pertinemment que la patience et la progression constante valent mieux que des performances irrégulières spectaculaires.
Une saison 2026 placée sous le signe de l’apprentissage
La nomination de Solberg chez Toyota reflète une stratégie de long terme. A 24 ans, il représente l’avenir de la marque japonaise quand Ogier, 41 ans, approche de la retraite et que Evans, à 36 ans, atteint son pic. Les deux à trois premières saisons de Solberg en Rally1 serviront à bâtir une expérience complète sur toutes les surfaces.
Le calendrier 2026 offre des opportunités concrètes. Après Monte-Carlo, le championnat visitera la Suède, terrain de chasse naturel de Solberg, avant de basculer vers des épreuves plus diversifiées. Les points accumulés sur gravier compenseront probablement les légères pertes sur asphalte lors de la première partie de saison. L’objectif réaliste serait une place dans le top cinq du championnat des pilotes, un résultat qui satisferait à la fois le pilote et l’équipe.
La préparation de Solberg pour le WRC 2026 avec la GR Yaris Rally1 sur asphalte constitue ainsi bien plus qu’une simple participation à un rallye national français. C’est la première pierre d’un édifice que Toyota construit patiemment, car la marque sait que les champions du monde ne se font pas en une saison, mais par une préparation méthodique et sans faille. Le Dévoluy, sous ses aspects hivernaux, offrira à Solberg la première vraie leçon de maîtrise de l’asphalte.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.