Mercedes a traversé une période difficile au début de l’ère ground-effect en Formule 1, marquée par des problèmes de développement persistants. Après huit titres de constructeurs consécutifs, l’équipe allemande a peiné à s’adapter aux nouvelles réglementations introduites en 2022. Son concept “zero-pod” s’est révélé particulièrement sensible au porpoising, forçant les ingénieurs à explorer des solutions innovantes pour rattraper le peloton.
L’une de ces solutions, les ailes flexibles, a permis à Mercedes de progresser significativement en 2025. Cependant, l’intervention de la FIA a rapidement limité cette approche, obligeant l’équipe à s’adapter rapidement. Andrew Shovlin, directeur de l’ingénierie piste, a expliqué comment cette stratégie a été mise en œuvre et ses conséquences.

Les défis de Mercedes dans l’ère ground-effect
Depuis l’introduction des nouvelles règles aérodynamiques en 2022, Mercedes a lutté pour trouver un équilibre optimal sur sa W16. Le porpoising, ce rebond incontrôlable de la voiture à haute vitesse, a été un fléau majeur, affectant la confiance des pilotes et les performances globales.
Les problèmes se sont prolongés en 2023 et 2024, avec des difficultés notables dans les virages lents. Les pilotes devaient souvent utiliser l’accélérateur pour aider à la rotation de la voiture, ce qui entraînait une surchauffe des pneus arrière. Cette gestion délicate des pneus limitait les performances sur de nombreux circuits.
Andrew Shovlin a reconnu que l’équipe n’avait pas suffisamment investi dans certains aspects des réglementations. “Nous n’avons pas sous-estimé le défi d’obtenir un bon équilibre dans les virages – stabilité à l’entrée, rotation à l’apex et bonne traction à la sortie – mais nous n’avons clairement pas mis assez d’efforts pour conserver les forces des voitures de 2020-2021”, a-t-il déclaré.
Aujourd’hui, les écarts de performance se mesurent à la capacité d’un châssis à s’adapter à chaque circuit, plutôt qu’à des vitesses brutes. Mercedes progresse, mais reste en quête de constance.
Pour en savoir plus sur les détails techniques de la W16, consultez cet article détaillé sur Autosport.
Le rôle des ailes flexibles dans le développement
Face à ces lacunes, Mercedes s’est tournée vers les ailes flexibles comme solution palliative. Shovlin explique : “Au cours des deux dernières années, nous avions du mal à faire tourner la voiture efficacement dans les virages lents. […] Cela nous a menés sur une voie de développement utile, en permettant à l’aile avant de se plier.”
Cette flexibilité offrait un avantage double : une meilleure rotation à basse vitesse tout en maintenant une stabilité arrière à haute vitesse. Les gains étaient perceptibles, particulièrement sur des tracés comme Monaco ou Singapour, où les virages serrés dominent.
Les ingénieurs ont optimisé la flexion de l’aile avant pour réduire la traînée en ligne droite tout en augmentant l’appui en courbe. Cela a aidé à gérer les températures des pneus, un point faible récurrent.
- Avantages observés :
- Meilleure rotation en virage lent
- Stabilité accrue à haute vitesse
- Réduction des problèmes de pneus arrière
- Gains de temps au tour estimés à 0,1-0,2 seconde
Malgré ces progrès, cette approche n’était qu’une partie d’un puzzle plus large.
La répression de la FIA sur les ailes flexibles
La FIA a intensifié ses contrôles sur les ailes flexibles tout au long de la saison 2025. Les tests les plus stricts ont été appliqués lors du Grand Prix d’Espagne, limitant drastiquement l’élasticité autorisée aux ailes avant et arrière.
Cette mesure visait à uniformiser les performances et à prévenir les interprétations abusives des règles. Certains prédisaient que cela freinerait McLaren, leader du championnat, mais l’impact a été plus marqué sur Mercedes.
Shovlin confirme : “Cependant, la FIA a introduit des réglementations cette année qui ont limité cela de manière significative.” L’équipe a dû repenser sa philosophie aérodynamique en urgence.
Les tests impliquaient des charges dynamiques et statiques plus sévères, rendant les conceptions précédentes obsolètes. Mercedes, dépendante de cette technologie, a vu ses performances chuter temporairement.
L’adaptation de Mercedes après Barcelona
L’impact a été immédiat après le GP d’Espagne. “Cela nous a pris un peu de temps pour nous adapter après que ces règles soient entrées en vigueur à Barcelona”, admet Shovlin.
L’équipe a observé les rivaux, notamment McLaren et sa suspension arrière anti-lift, pour maximiser la garde au sol en courbe. Des modifications rapides ont été apportées à la W16.
- Changements post-clampdown :
- Renforcement des structures d’ailes
- Optimisation de la suspension arrière
- Ajustements aérodynamiques alternatifs
- Simulations intensives pour compenser les pertes
Ces efforts ont permis une récupération progressive, bien que Mercedes ne soit pas encore au sommet.
Pour une analyse des ailes avant modifiées par les équipes, voir ce reportage sur Motorsport.com.
Perspectives pour 2026 et au-delà
Mercedes se prépare maintenant à la révolution réglementaire de 2026, avec de nouveaux châssis et unités de puissance. Shovlin note que “nous avons encore beaucoup de travail à faire”, mais le défi semble “moins intimidant qu’il y a un mois”.
L’équipe tire des leçons de 2025 pour aborder les nouveaux règlements avec plus de prudence. L’accent est mis sur l’équilibre global plutôt que sur des astuces locales.
Les performances actuelles dépendent de l’adaptabilité circuit par circuit, un domaine où Mercedes vise l’excellence. Avec des pilotes talentueux comme Russell et Antonelli en vue, l’avenir s’annonce prometteur.
Cette saga des ailes flexibles illustre la course à l’innovation en F1, où chaque avantage est éphémère. Mercedes émerge plus résiliente, prête pour les batailles à venir.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.