Pourquoi McLaren a été disqualifiée à Las Vegas pour porpoising et usure des plaques de carter : les dessous d'une décision technique majeure

F1

Le Grand Prix de Las Vegas 2025 restera dans les annales comme un tournant dramatique pour McLaren. Alors que Lando Norris et Oscar Piastri avaient terminé la course respectivement 5e et 7e, offrant des points précieux à l’équipe en vue du championnat, les deux pilotes ont été formellement disqualifiés quelques heures après l’arrivée. La raison ? Une usure excessive des plaques de carter, causée par un phénomène de porpoising qui a surpris les ingénieurs de Woking. Cette décision technique, immuable et sans appel, a rappelé à toutes les écuries que la marge de manœuvre en Formule 1 moderne est extrêmement réduite.

L’histoire révèle les complexités de la gestion d’une monoplace moderne à effet de sol. Alors que McLaren avait pour habitude de tirer parti d’un réglage bas au sol pour maximiser l’appui, les conditions particulières du circuit de Las Vegas ont créé un scénario parfait où le porpoising a provoqué un frottement anormal, entraînant une usure des patins de carter au-delà des limites réglementaires. Comprendre les mécanismes exacts de cette disqualification implique de plonger au cœur des régulations techniques, de la physique des monoplaces et des choix stratégiques qui ont mené à cette issue fatale.

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Qu’est-ce que le porpoising et comment il a provoqué la disqualification de McLaren à Las Vegas

Le porpoising, ou marsouinage en français, est un phénomène aérodynamique qui apparaît sur les Formule 1 modernes depuis le retour de l’effet de sol en 2022. Lorsque la voiture atteint des vitesses élevées, l’appui aérodynamique l’écrase contre le sol. Ce phénomène crée une succion qui, lorsqu’elle atteint un certain seuil, provoque un décollement brutal du flux d’air sous le plancher. La voiture se relève alors instantanément, avant de se ré-enfoncer, créant ainsi un cycle de rebondissements rapides à des fréquences pouvant devenir dangereuses pour le pilote.

À Las Vegas, ce comportement a pris l’équipe McLaren complètement au dépourvu. Le circuit présente des particularités uniques : des lignes droites extrêmement longues où les vitesses dépassent les 340 km/h, combinées à un revêtement urbain lisse mais parsemé d’irrégularités. Cette configuration a créé un effet de caisse oscillante que les ingénieurs n’avaient pas anticipé dans ses proportions. Lando Norris et Oscar Piastri ont ressenti leur monoplace se comporter de manière anormale, mais sans comprendre immédiatement l’impact physique sur les composants sous la voiture.

Les plaques de carter, ou patins en titane, sont fixées sur une planche en résine composite placée sous le plancher. Introduites en 2015, elles servent à protéger cette planche des frottements et à générer ces étincelles spectaculaires que les caméras capturent lors des courses nocturnes. Cependant, leur usure est strictement réglementée. Lorsque le porpoising s’est manifesté de manière intense pendant la course, chaque rebond a fait gratter ces plaques contre l’asphalte de manière répétée, entraînant une usure progressive qui a finalement fait chuter leur épaisseur sous le seuil légal.

Les régulations techniques qui ont coûté cher à McLaren à Las Vegas

L’Article 3.5.9 du Règlement Technique de la FIA est clair et sans ambiguïté. La planche de carter doit mesurer exactement 10 mm d’épaisseur lorsqu’elle est neuve. Au terme de toute séance de course, son épaisseur minimale ne peut descendre en aucun point sous les 9 mm. Cette marge de seulement 1 mm représente la tolérance maximale d’usure permise, et les contrôles sont rigoureux et systématiques.

La procédure de mesure est standardisée et transparente. Quatre points de contrôle sont établis sur la planche : avant-gauche, avant-droite, arrière-gauche et arrière-droite. Les commissaires techniques de la FIA utilisent des outils de mesure précis, en présence des représentants des écuries, pour vérifier l’épaisseur résiduelle. Ces vérifications ont lieu systématiquement après chaque Grand Prix sur plusieurs voitures, et McLaren a été cette fois-ci prise dans le filet.

Les chiffres sont sans appel. Pour la voiture de Lando Norris, les mesures ont révélé 8,88 mm à l’avant droit et 8,93 mm à l’arrière droit. Oscar Piastri s’en est encore moins bien sorti avec trois points en infraction : 8,96 mm à l’avant gauche, 8,74 mm à l’avant droit et 8,90 mm à l’arrière droit. Chacune de ces valeurs est inférieure au seuil de 9 mm, rendant la disqualification inévitable. Andrea Stella, team principal de McLaren, a reconnu la faute tout en soulignant les circonstances atténuantes : “Comme l’a noté la FIA, cette infraction n’était pas intentionnelle, il n’y a eu aucune tentative délibérée de contourner le règlement”.

Cette réglementation existe pour plusieurs raisons. D’abord, elle empêche les équipes de rouler avec une voiture trop basse pour gagner un avantage aérodynamique disproportionné. Ensuite, elle garantit une certaine sécurité en évitant que les planchers ne s’usent de manière excessive, ce qui pourrait créer des débris dangereux sur la piste. Enfin, elle maintient un niveau de compétitivité équitable entre toutes les écuries, chacune devant gérer cette contrainte identique.

Les conditions particulières du circuit de Las Vegas qui ont exacerbé le porpoising

Le tracé de Las Vegas présente des caractéristiques techniques qui ont rendu la gestion du plancher particulièrement complexe pour McLaren. Les longues lignes droites imposent l’utilisation d’ailerons à faible appui pour maximiser la vitesse de pointe, ce qui modifie la distribution des pressions sous le plancher. L’équilibre entre la minimisation de la traînée aérodynamique et le maintien d’une hauteur de caisse stable est un compromis délicat.

L’asphalte de Las Vegas, bien que lisse en apparence, cache des imperfections typiques des circuits urbains. Les raccords entre les plaques de béton, les variations de niveau subtiles et les bosses dans les virages lents créent des sollicitations imprévisibles sur le plancher. Dans les virages 11 et 17, notamment, les voitures subissent des compressions à haute vitesse qui amplifient tout phénomène de porpoising. Le virage 5, où se situe une bosse particulièrement marquée, a été identifié par l’équipe comme un point critique.

Les conditions spécifiques du week-end ont également limité la préparation de McLaren. Les essais libres du vendredi ont été perturbés par plusieurs drapeaux rouges, réduisant considérablement le temps de roulage en conditions sèches. Les essais libres 3 du samedi matin se sont déroulés sur une piste humide, avec des temps au tour significativement plus lents. Cette absence de données en configuration de course sèche a empêché les ingénieurs de détecter précocement une tendance au porpoinging dans leurs simulations.

Lando Norris, habitué à un comportement de voiture stable et prévisible, a dû faire face à des oscillations qui sont devenues de plus en plus marquées au fil des tours. Oscar Piastri, quant à lui, a subi un contact au départ avec Liam Lawson qui, bien que superficiel, a peut-être initié des micro-dégâts qui ont altéré les caractéristiques aérodynamiques de son plancher. Ces facteurs cumulatifs ont créé un scénario où le porpoining s’est développé de manière progressive et dévastatrice.

Les tentatives désespérées de McLaren pour éviter la disqualification à Las Vegas

Consciente du risque croissant, McLaren a mis en œuvre des stratégies d’atténuation en cours de course. L’équipe ne dispose pas de capteurs directement sur les plaques de carter pour mesurer en temps réel leur épaisseur, mais elle utilise des algorithmes sophistiqués qui corrélent la hauteur de caisse, la charge aérodynamique et les sollicitations subies pour estimer l’usure. Ces calculs ont rapidement montré des signes d’alerte.

Dès les 5 derniers tours, des instructions claires ont été transmises aux deux pilotes. Andrea Stella a expliqué que l’équipe a demandé à Norris et Piastri de “lever le pied dans certaines sections spécifiques du circuit”. L’analyse télémetrique révèle des différences flagrantes entre les tours 45 et 48 : sur le dernier tour, Lando Norris a relâché l’accélérateur à plusieurs reprises, même sur la ligne droite du Strip, sacrifiant jusqu’à 40 km/h dans certains secteurs. Ces manœuvres ont visé à réduire la charge aérodynamique et donc le frottement du plancher.

Les pilotes ont dû modifier leur ligne de conduite, éviter les bosses et adopter un style de pilotage ultra-conservateur. Ces actions sont inhabituelles en Formule 1, où chaque dixième de seconde est chèrement disputé. Le fait que McLaren ait accepté de perdre autant de temps démontre la gravité du problème détecté par les ingénieurs. Cependant, ces mesures préventives sont arrivées trop tard dans la course. L’usure s’était déjà accumulée sur les premiers tours, lorsque les pilotes roulaient à leur rythme normal.

Après la course, Andrea Stella a présenté des circonstances atténuantes devant les commissaires, invoquant le porpoinging inattendu, le manque de données d’essais et des dommages accidentels. Il a insisté sur le fait que “cette infraction n’était pas intentionnelle”. Malgré la clémence affichée par la FIA dans son rapport, les règles sont sans appel. Une fois que les mesures confirment l’infraction, la disqualification est automatique, quelles que soient les explications.

Les conséquences de la disqualification de McLaren sur le championnat du monde

La perte des points de Las Vegas a eu un impact immédiat et significatif sur les classements. Lando Norris a vu son avance au championnat des pilotes fondre de 30 à seulement 24 points, alors que seulement deux courses restent à disputer. Oscar Piastri, bien qu’éliminé de la course au titre, a perdu des points précieux pour McLaren au championnat des constructeurs. Ces 22 points supprimés du tableau représentent un revers majeur pour une équipe qui visait le doublé.

La réaction de McLaren a été professionnelle mais sans contester. Andrea Stella s’est publiquement excusé : “Nous présentons nos excuses à Lando et Oscar pour la perte de points aujourd’hui, à un moment crucial de leur campagne pour le championnat”. Cette posture d’acceptation de la faute, combinée à une transparence sur les causes techniques, a été saluée par la communauté de la F1 comme un exemple de sportivité.

Pour le championnat des pilotes, la situation reste tendue mais pas désespérée. L’avance de 24 points de Norris lui offre encore une marge de manœuvre, à condition d’éviter tout nouveau faux pas technique. Les équipes rivales, notamment Red Bull, prendront certainement note de cette faille et tenteront d’exploiter toute faiblesse similaire dans les courses à venir. L’attention portée aux réglages de hauteur de caisse et à la gestion du plancher sera maximale à Qatar et Abu Dhabi.

L’incident soulève également des questions sur l’évolution des régulations futures. Le porpoinging avait été identifié comme un problème majeur en 2022, entraînant des changements réglementaires. Pourtant, il revient hanter les équipes de manière inattendue. La FIA pourrait envisager des capteurs plus sophistiqués ou des tolérances ajustées, mais pour l’instant, la règle demeure stricte et sans concession.

Les deux dernières courses de la saison promettent donc d’être d’une intensité exceptionnelle. McLaren devra redoubler de vigilance sur l’intégrité technique de ses voitures tout en maintenant la performance nécessaire pour défendre ses positions. L’équipe a annoncé une enquête interne approfondie pour comprendre pourquoi leurs algorithmes de prédiction n’ont pas anticipé l’usure, promettant des solutions avant le prochain Grand Prix.

Cette disqualification à Las Vegas rappelle que la Formule 1 est un sport où la perfection technique est aussi importante que la performance pure. Une monoplace peut être la plus rapide sur la piste, mais si elle ne respecte pas les millimètres de tolérance réglementaire, elle ne vaut pas mieux qu’une voiture d’entraînement. Pour McLaren, la leçon est cruelle mais claire : dans la quête du titre, il ne suffit pas d’être rapide, il faut être intelligent et, surtout, conforme.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.