Sébastien Ogier a frappé un grand coup sur les routes japonaises détrempées. Le pilote français de 41 ans a signé dimanche 9 novembre 2024 une victoire aussi stratégique que maîtrisée au Rallye du Japon, avant-dernière manche du championnat du monde WRC. Cette 66ème victoire en carrière n’est pas anodine : elle lui permet de revenir à seulement trois points de son coéquipier Elfyn Evans au championnat, relançant ainsi la bataille pour un neuvième titre mondial qui ferait de lui l’égal de Sébastien Loeb dans les livres d’histoire.
Sous des trombes d’eau qui ont transformé l’asphalte nippon en véritable piège, le Gapençais a fait parler toute son expérience. Avec une avance finale de 11,6 secondes sur Evans, Ogier a également réalisé le carton plein en remportant la Power Stage et en s’adjugeant le maximum de 35 points disponibles. Toyota peut savourer un triplé historique sur ses terres, complété par la troisième place du jeune prodige finlandais Sami Pajari, qui décroche son premier podium en WRC à seulement 23 ans.

La victoire d’Ogier au Rallye du Japon WRC 2024 sous des conditions extrêmes
Les trois premiers jours du rallye se sont déroulés sous un soleil automnal agréable, permettant aux pilotes de se familiariser avec les routes sinueuses de la préfecture d’Aichi. Mais le dimanche a tout changé. Dès l’aube de l’ultime journée, une pluie diluvienne s’est abattue sur la région, métamorphosant radicalement les conditions de course et promettant un dénouement palpitant.
À l’entame de cette journée décisive, Sébastien Ogier ne comptait que 6,5 secondes d’avance sur Elfyn Evans. Le Britannique, leader du championnat avec 13 points d’avance avant le rallye, savait qu’une victoire au Japon lui permettrait de faire un pas décisif vers son premier titre mondial à 36 ans. La tension était palpable dans les deux camps du Toyota Gazoo Racing.
Sur la première spéciale de Nukata disputée sous la pluie battante, Evans a d’ailleurs immédiatement réagi en grignotant 0,8 seconde à son rival français. Un signal fort qui laissait présager une bataille acharnée pour les derniers kilomètres chronométrés. Mais Ogier, avec son calme légendaire et son intelligence de course, n’allait pas se laisser déstabiliser.
La réponse du Français ne s’est pas fait attendre. Dès l’ES16 à Lake Mikawako, Ogier a repris le large avec autorité, démontrant une gestion parfaite de l’adhérence sur cette surface particulièrement glissante. Sa Toyota GR Yaris Rally1 semblait parfaitement en phase avec les conditions, un témoignage du travail minutieux réalisé par ses ingénieurs et de sa capacité à s’adapter aux changements brutaux de météo.
Les dernières spéciales ont confirmé la domination du Français. Sur les routes d’Okazaki, Evans a connu une frayeur en glissant sur un talus dans un virage piégeux. Bien qu’il ait pu repartir, cette sortie de piste lui a coûté de précieuses secondes et, psychologiquement, a confirmé qu’Ogier était intouchable ce week-end. Le Gapençais a finalement franchi la ligne d’arrivée avec plus de 11 secondes d’avance, une éternité dans le contexte d’un rallye aussi serré.
“C’est comme ça que ça me plaît”, a déclaré Ogier après sa victoire. “Cela a été un week-end difficile, rien n’était certain au départ… Maintenant, place au prochain rallye.”
Comment la victoire d’Ogier au Rallye du Japon WRC 2024 bouleverse le championnat
Le carton plein réalisé par Sébastien Ogier au Japon représente bien plus qu’une simple victoire. Le Français a engrangé le maximum de points possibles sur cette épreuve : 25 pour sa victoire au classement général, 5 pour s’être montré le plus rapide sur la journée de dimanche, et encore 5 grâce à sa victoire dans la dernière spéciale, la fameuse Power Stage. Au total, 35 points qui ramènent Evans à seulement trois longueurs d’avance au championnat.
Cette configuration crée un scénario de rêve pour la finale du championnat prévue du 25 au 29 novembre en Arabie saoudite. Pour la première fois, le WRC se rendra dans le royaume saoudien pour ce qui s’annonce comme une épreuve historique. Les routes inconnues de Jeddah promettent un terrain neutre où tout peut basculer, une situation qui convient parfaitement à Ogier, habitué à briller lors des premières éditions d’un rallye.
L’écart de trois points signifie qu’Evans conserve certes la tête du championnat, mais dans une position précaire. Si Ogier remporte le rallye d’Arabie saoudite et qu’Evans termine deuxième, le Français sera sacré champion du monde pour la neuvième fois. De multiples combinaisons sont possibles, rendant cette finale particulièrement ouverte et indécise.
Toyota, qui a déjà remporté le titre constructeurs lors du précédent rallye d’Europe centrale, peut laisser ses pilotes s’affronter librement sans imposer de consignes d’équipe. Cette liberté totale garantit un spectacle authentique où seul le talent pur décidera de l’issue du championnat. Pour les passionnés de sport automobile, c’est l’assurance d’assister à un final digne des plus grandes épopées du rallye.
“Dans l’ensemble, cela a été un bon week-end et une belle bataille avec Seb”, a reconnu Elfyn Evans. “Les conditions étaient très difficiles mais il a très bien conduit. Il est très difficile à battre, et cette année ne fait pas exception.” Ces mots du Gallois témoignent du respect mutuel entre les deux coéquipiers, mais aussi de la conscience qu’il affrontera en Arabie saoudite l’un des plus grands pilotes de l’histoire du rallye.
Mathématiquement, Kalle Rovanperä conserve également une chance de titre. Le Finlandais, triple vainqueur cette saison et double champion du monde en titre, accuse toutefois 24 points de retard sur Evans après une journée de vendredi compliquée au Japon. Il devra remporter le rallye saoudien et espérer une contre-performance de ses rivaux pour conserver son bien, un scénario improbable mais pas impossible.
Le triplé de Toyota sur ses terres japonaises
Au-delà du duel Ogier-Evans qui monopolise l’attention, la victoire d’Ogier au Rallye du Japon WRC 2024 revêt une dimension particulièrement symbolique pour Toyota. Le constructeur japonais a réalisé un triplé historique à domicile, devant ses ingénieurs, ses ouvriers et ses supporters venus en masse encourager leurs bolides.
La troisième place de Sami Pajari constitue la cerise sur le gâteau de ce week-end parfait. Le jeune Finlandais de 23 ans, qui dispute sa première saison complète en WRC, a profité de l’abandon d’Adrien Fourmaux pour monter sur son premier podium dans la catégorie reine. Une récompense méritée pour ce talent prometteur que Toyota prépare depuis plusieurs années dans ses programmes de développement.
Fourmaux, justement, a été la principale victime des conditions météorologiques dantesques du dimanche. Le Français, qui occupait solidement la troisième place avant l’ultime journée, est sorti de la route dans la 15e spéciale. Sa Hyundai i20 N Rally1 a arraché une portière dans l’impact, contraignant le pilote nordiste à l’abandon. Un coup dur pour ses ambitions personnelles, mais aussi pour Hyundai qui voyait là une opportunité de limiter les dégâts face à la suprématie de Toyota.
Derrière le podium entièrement composé de Toyota, Ott Tänak a sauvé les meubles pour Hyundai en terminant quatrième malgré une crevaison matinale qui aurait pu lui coûter bien plus cher. L’Estonien, qui a déjà été sacré champion du monde en 2019, connaît une saison en demi-teinte mais démontre régulièrement sa rapidité pure, même dans l’adversité.
Grégoire Munster a également brillé en décrochant une superbe cinquième place au volant de sa Ford Puma Rally1. Le Luxembourgeois, qui alterne entre le WRC et le WRC2 cette saison, a saisi l’opportunité de rouler avec les meilleurs pour confirmer son potentiel. Ces performances encourageantes pourraient lui ouvrir les portes d’un programme complet en catégorie reine pour les saisons à venir.
Le triplé de Toyota confirme la domination technique du constructeur japonais cette saison. La GR Yaris Rally1, développée à Cologne en Allemagne mais assemblée au Japon, s’est montrée particulièrement performante sur asphalte mouillé. Les ingénieurs ont trouvé le parfait équilibre entre puissance et contrôle, permettant à leurs pilotes d’exploiter au maximum les 500 chevaux de l’hybride dans des conditions où le moindre excès pouvait coûter très cher.
La quête du neuvième titre mondial d’Ogier
Si Sébastien Ogier parvient à remporter le titre en Arabie saoudite, il égalera le record légendaire de Sébastien Loeb avec neuf couronnes mondiales. Un accomplissement d’autant plus remarquable qu’il le réaliserait en disputant seulement un programme partiel, contrairement à ses rivaux engagés sur l’intégralité du calendrier. Cette saison, le Gapençais n’a participé qu’à dix des treize manches disputées jusqu’à présent.
Cette stratégie de participation sélective, adoptée depuis 2022, témoigne de l’intelligence et de la maturité d’Ogier dans la gestion de sa carrière. À 41 ans, le Français sait qu’il ne peut plus enchaîner les rallyes avec la même intensité qu’à ses débuts. En ciblant les épreuves où il estime avoir les meilleures chances, il optimise ses performances tout en préservant son capital physique et mental.
Les trois victoires d’Ogier cette saison – Monte-Carlo, Croatie et désormais Japon – illustrent parfaitement cette approche ciblée. Sur asphalte, sa spécialité historique, le Français reste tout simplement imbattable. Sa lecture de trajectoire, sa gestion des pneus et son expérience des surfaces glissantes font de lui un adversaire redoutable même face à des pilotes plus jeunes et tout aussi talentueux.
L’éventuel neuvième titre d’Ogier aurait également une saveur particulière car il surviendrait dans un contexte de fin de carrière annoncée. Le pilote a déjà indiqué qu’il ne courrait plus éternellement et que chaque saison pourrait être la dernière. Cette dimension crépusculaire ajoute une charge émotionnelle forte à sa quête, transformant chaque victoire en un moment potentiellement historique.
Pour Elfyn Evans, en revanche, ce rallye d’Arabie saoudite représente l’opportunité de sa vie. À 36 ans, le Gallois n’a jamais été aussi proche d’un titre mondial. Pilote rapide et régulier, il a longtemps été dans l’ombre d’Ogier chez Toyota. Cette saison complète lui a permis d’accumuler suffisamment de points pour se retrouver en position de force, mais il sait qu’affronter Ogier dans un duel direct reste un défi redoutable. Les performances du Rallye du Japon ont démontré qu’en conditions difficiles, le Français conserve un avantage psychologique considérable.
La victoire d’Ogier au Rallye du Japon WRC 2024 a donc créé les conditions d’une finale de championnat absolument palpitante. Deux coéquipiers séparés par trois points, des routes inconnues en Arabie saoudite, et la perspective de voir l’un des plus grands pilotes de l’histoire décrocher un neuvième titre mythique : tous les ingrédients sont réunis pour un dénouement mémorable. Rendez-vous fin novembre à Jeddah pour découvrir qui de l’expérience légendaire d’Ogier ou de la détermination d’Evans l’emportera dans cette bataille de titans. Le monde du rallye retient son souffle avant ce qui promet d’être l’une des finales les plus serrées et spectaculaires de l’histoire moderne du WRC. Entre la maîtrise technique démontrée sous la pluie japonaise et la pression psychologique d’un final sur terrain inconnu, c’est toute la beauté et l’incertitude du sport automobile qui s’exprimera sur les pistes saoudiennes dans quelques semaines.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.