Nicolo Bulega prêt à tester la Desmosedici GP25 et possiblement débuter en MotoGP

Nicolo Bulega, l’étoile montante du WorldSBK, s’apprête à franchir une étape majeure dans sa carrière. Alors que Marc Marquez reste sur la touche suite à sa blessure à l&#039épaule contractée lors du Grand Prix d’Indonésie, Ducati envisage sérieusement de confier au pilote italien les clés de la Desmosedici GP25 pour les dernières courses de la saison. Cette opportunité inédite intervient après une saison remarquable en Superbike où Bulega a terminé vice-champion mondial, démontrant son talent et sa constance au plus haut niveau des courses sur deux roues.

Le constructeur de Borgo Panigale se trouve face à un dilemme délicat. D’un côté, la priorité absolue reste la récupération complète de Marc Marquez, sextuple champion du monde dont l’apport à l’équipe est inestimable. De l’autre, l’absence prolongée du pilote espagnol ouvre une fenêtre exceptionnelle pour tester l’un des plus prometteurs talents sous contrat avec la marque. La décision de faire rouler Bulega à Jerez lors des essais Michelin n’est pas anodine et pourrait bien être le prélude à ses débuts en MotoGP dès le Grand Prix du Portugal à Portimão.

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Test MotoGP à Jerez : Bulega prépare son baptême Ducati

La confirmation officielle du test de Nicolo Bulega à Jerez marque un tournant décisif dans les plans de Ducati. Le Circuito de Jerez - Angel Nieto accueillera le pilote italien à l’issue de la saison WorldSBK, lui offrant sa première expérience au guidon d’une machine MotoGP. Cette séance intervient à un moment stratégique, juste après la fin des hostilités en Superbike où Bulega a brillé tout au long de l&#039année face à Toprak Razgatlioglu.

Davide Tardozzi, team manager de l’équipe Ducati Lenovo, a clairement exprimé les objectifs de ce test lors du Grand Prix de Malaisie. “C’est quelque chose que nous voulons faire parce que nous voulons qu’il soit à l’aise avec la moto en raison de son travail en 2026, où il nous aidera à développer la nouvelle moto. Avoir une connaissance de la moto 1000cc est quelque chose qui peut l’aider à l’avenir”, a-t-il déclaré à Sepang.

Le timing de ce test n’est pas innocent. En choisissant Jerez, un circuit espagnol technique et exigeant, Ducati offre à Bulega l’environnement idéal pour découvrir les subtilités de la GP25. Cette piste, bien connue des pilotes MotoGP, permettra au jeune Italien de se familiariser avec les différences majeures entre une Superbike et un prototype MotoGP : les disques de frein en carbone, les pneus Michelin spécifiques, la puissance accrue et l’électronique sophistiquée.

L’approche prudente de Ducati reflète la complexité du passage entre les deux catégories. Contrairement à Michele Pirro, qui connaît parfaitement la Desmosedici après des années de développement, Bulega devra assimiler rapidement une masse considérable d’informations techniques. Les ingénieurs de la marque italienne prévoient un programme progressif permettant au pilote de monter en puissance sans précipitation.

Le contexte de ce test s’inscrit également dans une vision à plus long terme. En tant que testeur officiel MotoGP pour 2026, Bulega jouera un rôle crucial dans le développement de la future génération de motos Ducati, notamment en vue des nouvelles réglementations prévues pour 2027. Cette expérience précoce avec la GP25 constitue donc une base essentielle pour ses futures attributions.

Remplacement de Marquez : une décision délicate pour Portimão

La question du remplacement de Marc Marquez à Portimão cristallise toutes les attentions dans le paddock. Le docteur Angel Charte, médecin officiel du MotoGP, a été catégorique : il serait “très difficile” pour Marquez de participer au Grand Prix du Portugal prévu dans trois semaines. Cette déclaration laisse Ducati face à un choix stratégique majeur entre conserver Michele Pirro ou tenter l’expérience Bulega.

Michele Pirro a déjà assuré l&#039intérim lors des Grands Prix d’Australie et de Malaisie, apportant sa connaissance encyclopédique de la Desmosedici et son expérience précieuse pour le développement technique. Le pilote d’essai italien représente la valeur sûre, celle qui ne prendra aucun risque inutile et ramènera des données fiables aux ingénieurs. Cependant, son rôle se limite généralement à maintenir le cap plutôt qu’à chercher la performance pure.

L’option Bulega présente un profil radicalement différent. À 25 ans, le pilote originaire de Bologne possède la fougue et l’ambition d’un jeune loup désireux de prouver sa valeur au plus haut niveau. Sa saison 2025 en WorldSBK, ponctuée de plusieurs victoires et d’une régularité impressionnante, démontre sa capacité à gérer la pression et à performer dans des conditions difficiles. Son style de pilotage agressif mais calculé pourrait surprendre en MotoGP.

Tardozzi a néanmoins adopté une position mesurée concernant cette possibilité. “C’est une possibilité. Nicolo est à Jerez ce week-end, en lice pour le titre mondial Superbike ; il ne devrait pas être distrait de cet objectif. Après cela, nous étudierons la possibilité qu’il fasse ses débuts en MotoGP à Portimão”, a-t-il confié à DAZN. Cette déclaration révèle le respect de Ducati envers les engagements de son pilote et sa volonté de ne rien précipiter.

Le circuit de Portimão, avec ses dénivelés spectaculaires et ses virages aveugles, représente l’un des défis les plus exigeants du calendrier MotoGP. Plonger un rookie dans cet environnement sans préparation adéquate serait risqué. D&#039où l’importance capitale du test de Jerez qui déterminera largement la suite des événements. Si Bulega montre de bonnes dispositions lors de cette séance d’essais, la porte s’ouvrira naturellement pour Portimão.

Les défis du passage de WorldSBK à MotoGP selon Bulega

Nicolo Bulega lui-même a exprimé ses réserves et sa lucidité face à ce défi monumental. Lors d’un récent test WorldSBK à Jerez où il essayait la Panigale V4R 2026, l’Italien a abordé frontalement les difficultés d’une transition aussi brutale. “Je n’ai encore reçu aucun appel. Je sais qu’il y a cette possibilité, mais aller en MotoGP est difficile si vous venez juste du WorldSBK et que vous n’avez jamais essayé une moto MotoGP de votre vie”, a-t-il déclaré avec une franchise désarmante.

Cette humilité contraste avec l’attitude parfois téméraire de jeunes pilotes trop confiants. Bulega reconnaît l’ampleur du fossé technologique entre les deux machines. “Je pilote une Superbike depuis deux ans et je n’ai pas d&#039expérience avec les disques en carbone, les pneus MotoGP, la moto a plus de puissance, tous les dispositifs sont nouveaux pour moi. Je pense qu’avant de penser à courir, il vaut mieux essayer avant et ensuite si j&#039ai la possibilité, pourquoi pas ?” Cette analyse pragmatique séduit les observateurs qui y voient la maturité d’un champion potentiel.

Les différences techniques entre une Superbike et une MotoGP sont effectivement considérables. Les disques de frein en carbone, utilisés exclusivement en MotoGP, offrent un mordant et une modulation totalement différents des disques en acier des Superbikes. Cette seule variable peut déstabiliser un pilote habitué à des repères bien établis. Le feeling au levier de frein, la température de fonctionnement, la courbe d’efficacité : tout change radicalement.

Les pneus Michelin du MotoGP représentent un autre univers par rapport aux Pirelli du WorldSBK. La construction, les composés, le comportement thermique diffèrent significativement. Là où les Pirelli se montrent progressifs et prévisibles, les Michelin exigent une approche différente de la gestion de l’adhérence, particulièrement sur l’angle. De nombreux pilotes ont trébuché sur cette adaptation, même parmi les plus talentueux.

La puissance brute constitue évidemment un facteur discriminant. Une Desmosedici GP25 développe environ 300 chevaux, contre 240 pour une Panigale V4R. Cette différence se traduit par des accélérations fulgurantes qui bouleversent les trajectoires et nécessitent une gestion électronique sophistiquée. L’électronique justement, infiniment plus complexe en MotoGP avec ses multiples cartographies et ses systèmes d’aide au pilotage avancés, demande des heures de travail pour être maîtrisée.

Malgré ces obstacles, Bulega possède des atouts indéniables. Sa jeunesse, sa capacité d’apprentissage rapide démontrée en WorldSBK lors de sa première saison 2024, et surtout son talent naturel en font un candidat crédible. Son expérience des pneus Pirelli sera par ailleurs précieuse pour Ducati dans la perspective du changement de manufacturier prévu en 2027, justifiant pleinement son statut de testeur officiel.

Implications pour Valencia et la suite du programme Ducati

La récupération de Marc Marquez demeure la priorité absolue de Ducati pour la fin de saison. Davide Tardozzi l’a confirmé sans ambiguïté : “Nous aimerions qu’il soit à Valence, pour la dernière course de l’année, mais il doit d&#039abord subir un examen médical avant que nous puissions déterminer si c&#039est une possibilité. S&#039il ne peut finalement pas être là, ce n&#039est pas grave.” Cette déclaration révèle une approche raisonnée privilégiant la santé du pilote espagnol sur les considérations sportives immédiates.

L’opération subie par Marquez à son épaule droite fracturée nécessite un temps de cicatrisation incompressible. Toute précipitation pourrait compromettre sa préparation pour 2026, année cruciale où Ducati espère remporter un nouveau titre mondial avec l&#039octuple champion. La direction technique préfère largement sacrifier deux ou trois courses en fin de saison 2025 plutôt que de risquer une rechute aux conséquences potentiellement catastrophiques.

Cette philosophie ouvre néanmoins des perspectives intéressantes pour Bulega. Si le test de Jerez se déroule favorablement et que Marquez reste indisponible, l’Italien pourrait aligner deux voire trois courses en MotoGP avant la fin novembre. Cette expérience serait inestimable pour son développement et apporterait à Ducati des informations précieuses sur son potentiel en vue de 2026 et au-delà.

Le Grand Prix de Valence, dernière manche de la saison, revêt une symbolique particulière. Circuit rapide et fluide, Ricardo Tormo conviendrait parfaitement à un débutant pour se familiariser avec la MotoGP dans des conditions moins extrêmes qu’à Portimão. Si Bulega participe au Portugal et montre des signes encourageants, Valence constituerait la suite logique de son apprentissage accéléré.

Au-delà de la saison 2025, le programme de tests hivernal prendra une importance capitale. Les essais de Sepang prévus en février 2026 verront probablement Bulega participer activement au développement de la nouvelle Desmosedici. Son rôle de testeur officiel implique un engagement substantiel dans le programme d&#039évolution technique, particulièrement en vue des modifications réglementaires de 2027. Cette vision à long terme explique l&#039investissement de Ducati dans sa formation progressive.

L&#039écurie italienne jongle habilement entre ses ambitions immédiates et sa stratégie pluriannuelle. En intégrant doucement Bulega dans l&#039univers MotoGP sans brûler les étapes, Ducati s&#039assure de disposer d&#039un vivier de talents prêts à saisir les opportunités futures. La marque de Borgo Panigale a toujours excellé dans la gestion de ses pilotes, et le cas Bulega illustre parfaitement cette expertise managériale.


L’aventure qui s’annonce pour Nicolo Bulega représente bien plus qu’une simple opportunité de remplacer temporairement Marc Marquez. Il s’agit d’un tremplin potentiel vers une carrière en MotoGP, le sommet absolu du motocyclisme mondial. Le test de Jerez constituera le premier jalon de ce parcours ambitieux, permettant au vice-champion WorldSBK de mesurer concrètement l’écart entre son monde actuel et l’élite du deux-roues.

La prudence affichée par toutes les parties prenantes témoigne d’une maturité réconfortante. Ducati ne veut pas sacrifier Marquez sur l&#039autel de l&#039expérimentation, Bulega refuse de se lancer à l&#039aveugle dans un défi démesuré, et le team management privilégie une approche méthodique. Cette convergence d’intérêts bien compris augure d’une transition maîtrisée, quelle que soit la décision finale concernant Portimão et Valence. Une chose est certaine : le nom de Bulega s’inscrit désormais dans les radars MotoGP, et son évolution sera scrutée avec attention par l&#039ensemble du paddock au cours des prochains mois.

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.