Les défaillances des pneus NASCAR Cup à Phoenix Raceway pendant les essais : une préparation semée d'embûches

Les défaillances des pneus NASCAR Cup à Phoenix Raceway pendant les essais

La séance d’essais du vendredi 31 octobre 2025 à Phoenix Raceway restera dans les mémoires comme l’une des plus chaotiques de la saison NASCAR Cup Series. Alors que les équipes s’apprêtaient à préparer la finale tant attendue du championnat, une vague sans précédent de défaillances de pneus a transformé cette unique séance d’essais en un véritable cauchemar logistique. Pas moins de neuf incidents liés aux pneus ont été recensés en l’espace de 50 minutes, affectant aussi bien les prétendants au titre que les pilotes de milieu de peloton.

Cette situation inattendue soulève des questions cruciales sur l’équilibre entre performance et fiabilité à quelques heures d’une course décisive pour quatre pilotes. Les équipes, toujours en quête du setup parfait sur l’ovale asymétrique de Phoenix, se sont retrouvées face à un dilemme technique qui pourrait avoir des répercussions majeures sur l’issue du championnat 2025.

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Les premiers signes de défaillances des pneus NASCAR Cup à Phoenix Raceway pendant les essais

La séance d’essais n’avait même pas atteint la barre des cinq minutes qu’un premier incident majeur se produisait. Chase Briscoe, l’un des quatre prétendants au titre, perdait son pneu arrière gauche de manière spectaculaire. Ce premier incident aurait pu être considéré comme isolé, mais il s’est rapidement révélé n’être que le début d’une série de problèmes récurrents qui allaient perturber l’ensemble de la session.

AJ Allmendinger fut le suivant à connaître des difficultés, également victime d’une défaillance de pneu qui l’obligea à regagner les stands prématurément. Le pilote de Kaulig Racing, habitué aux performances solides sur ce tracé, se retrouvait dès le début de la session en mode gestion de crise plutôt qu’en préparation optimale pour la course de dimanche.

La direction de course n’eut d’autre choix que d’interrompre temporairement la session pour permettre le nettoyage de la piste. Cette première interruption donnait déjà le ton d’une journée qui allait s’avérer particulièrement compliquée pour l’ensemble du paddock NASCAR. Les équipes commençaient déjà à échanger des informations dans les stands, tentant de comprendre l’origine de ces défaillances prématurées.

Ce qui inquietait particulièrement les ingénieurs, c’était la rapidité avec laquelle ces défaillances se produisaient. Contrairement aux problèmes d’usure progressive généralement observés, ces pneus semblaient céder de manière soudaine et imprévisible, ne laissant que peu de marge de manœuvre aux pilotes pour réagir et éviter un contact avec les murs de protection.

L’escalade des problèmes et l’impact sur les prétendants au championnat

La reprise de la session ne fit qu amplifier les inquiétudes. Christopher Bell, pilote Joe Gibbs Racing et candidat régulier aux victoires, fut le suivant à subir une défaillance de pneu. Son équipage dut travailler d’arrache-pied pour réparer les dégâts et permettre à la voiture de retourner en piste dans le temps limité restant pour la séance.

Daniel Suarez connut ensuite non pas une, mais deux défaillances distinctes durant la même session. Cette répétition chez le même pilote confirmait que le problème n’était pas simplement lié à un setup particulièrement agressif ou à une erreur ponctuelle, mais bien à un phénomène plus large affectant l’ensemble du peloton. Son équipe dut consommer des ressources précieuses en pneus, réduisant les options stratégiques pour les qualifications et la course.

Riley Herbst devint le premier pilote à ne pas pouvoir éviter le mur après sa défaillance de pneu. L’impact, bien que sans gravité pour le pilote, endommageait suffisamment sa voiture pour nécessiter des réparations importantes. Cet accident illustrait parfaitement les risques associés à ces défaillances soudaines sur un circuit où les murs sont toujours proches et le temps de réaction limité.

Les problèmes de pneus perturbant la séance ne s’arrêtaient pas là. Chase Elliott, pilote Hendrick Motorsports et vainqueur du championnat en 2020, ralentit considérablement en piste en suspectant un problème de pneu. Bien qu’il parvînt à regagner les stands sans incident majeur, cette alerte supplémentaire ajoutait à l’atmosphère de tension qui régnait dans le paddock.

Les facteurs techniques derrière ces défaillances des pneus NASCAR Cup à Phoenix Raceway pendant les essais

L’explication de ces multiples défaillances réside dans une combinaison complexe de facteurs techniques et de compromis de réglages. Phoenix Raceway présente une configuration asymétrique unique qui oblige les équipes à trouver un équilibre délicat entre performance dans les virages 1-2 et vitesse dans les virages 3-4. Cette asymétrie pousse les ingénieurs à adopter des réglages de suspension agressifs qui mettent les pneus sous contrainte extrême.

Les amortisseurs homologués imposés par NASCAR incluent des limiteurs internes destinés à empêcher les voitures de heurter le sol et d’endommager le fond plat. Cependant, lorsque ces limiteurs sont sollicités, c’est le pneu qui absorbe l’intégralité de la charge entre la voiture et la surface de la piste. Ces charges peuvent atteindre plusieurs milliers de livres concentrées sur la zone de contact du pneu.

Les équipes cherchent également à abaisser au maximum la garde au sol des voitures pour maximiser l’effet aérodynamique du diffuseur. Plus le fond plat est proche de la surface, plus l’appui aérodynamique généré est important. Cette quête de performance aérodynamique conduit inévitablement à des situations où les amortisseurs atteignent leurs limites et où les pneus subissent des charges répétées extrêmes.

À cela s’ajoute la stratégie sur les pressions de pneus. Les équipes démarrent délibérément avec des pressions minimales, sachant que la température et la pression augmenteront naturellement durant le run. Goodyear recommandait une pression minimale de 14 psi pour les pneus gauches à Phoenix, soit deux livres de plus qu’à Martinsville la semaine précédente. Ces pressions basses, combinées aux impacts répétés contre la piste, créent une situation où le flanc du pneu se plie excessivement, piégeant la gomme entre le rebord de la jante et l’asphalte.

Selon les explications techniques fournies par les équipes, les câbles d’acier dans le flanc du pneu finissent par se fissurer sous ces contraintes répétées. Une fois ces fissures amorcées, le pneu perd progressivement sa structure jusqu’à ce que l’augmentation de température et de pression provoque une rupture complète et soudaine du flanc.

Les réactions des équipes face aux défaillances des pneus NASCAR Cup à Phoenix Raceway pendant les essais

Face à cette situation critique, les équipes ont dû rapidement adapter leurs stratégies. Kyle Busch, pilote expérimenté de Richard Childress Racing, subit également une défaillance de son pneu arrière gauche à seulement 15 minutes de la fin de la session. Son équipe, dirigée par le chef mécanicien Randall Burnett, dut immédiatement réviser l’ensemble de ses paramètres de réglage pour la course.

La solution la plus évidente consistait à augmenter les pressions de pneus ou à modifier les angles de carrossage. Cependant, ces ajustements s’accompagnent inévitablement d’une perte de performance pure. Les équipes se retrouvaient donc face à un dilemme classique en sport mécanique : privilégier la fiabilité au détriment de la vitesse, ou continuer à pousser les limites en espérant que leur setup soit suffisamment équilibré pour éviter les défaillances.

Chris Gayle, chef mécanicien chez 23XI Racing, expliqua que la charge appliquée sur les pneus était le facteur déterminant. Il souligna qu’aucune défaillance de pneu gauche n’avait été observée lors des tests précédents sur banc d’essai, ce qui suggérait que les conditions réelles en piste créaient des sollicitations imprévues. Cette observation renforçait l’idée que les réglages des équipes étaient devenus trop agressifs dans leur recherche de performance.

Les discussions dans le paddock tournaient également autour de la composition des pneus Goodyear utilisés à Phoenix. Le manufacturier avait choisi les codes D-5254 pour le côté gauche et D-5256 pour le côté droit, des composés déjà utilisés à Bowman Gray, Martinsville, North Wilkesboro, Richmond et New Hampshire durant la saison 2025. Cette familiarité avec le composé rendait d’autant plus surprenante la vague de défaillances observée.

L’enjeu stratégique pour la course de championnat

Avec seulement trois jeux de pneus alloués pour l’unique séance d’essais de 50 minutes, plusieurs équipes se retrouvèrent rapidement à court de gommes. Cette limitation des ressources compliquait encore davantage la tâche des ingénieurs qui devaient extraire le maximum d’informations d’un nombre limité de tours en piste. Certaines équipes durent faire des choix stratégiques difficiles, renonçant à tester certains setups pour préserver leurs derniers pneus intacts.

Pour les quatre prétendants au titre – William Byron, Chase Briscoe, Denny Hamlin et Kyle Larson – ces difficultés en essais prenaient une dimension encore plus critique. Chase Briscoe, déjà victime du tout premier incident, devait maintenant aborder la course finale avec moins de données que prévu et des interrogations persistantes sur la fiabilité de son setup. Chaque tour non effectué en essais représentait une information manquante qui pourrait faire la différence dans une course aussi serrée.

Denny Hamlin, malgré les problèmes généralisés, parvint à se hisser parmi les pilotes les plus rapides du Championship 4 durant cette session chaotique. Son expérience sur ce tracé, où il compte plusieurs victoires à son palmarès, lui permit probablement de naviguer plus prudemment à travers cette session minée. Son équipe Joe Gibbs Racing bénéficiait également de l’expérience accumulée par Christopher Bell, permettant un partage d’informations crucial entre les deux écuries sœurs.

Ty Gibbs termina finalement en tête de cette séance d’essais tumultueuse, démontrant qu’il était possible de trouver un équilibre acceptable entre performance et préservation des pneus. Sa performance offrait une lueur d’espoir aux autres équipes, prouvant que les bonnes combinaisons de réglages existaient malgré la difficulté apparente de cette tâche.

Les implications à long terme pour la gestion des pneus en NASCAR

Cette série de défaillances à Phoenix soulève des questions plus larges sur l’évolution des réglages en NASCAR Cup Series. Les défaillances de pneus côté gauche observées durant cette session reflètent une tendance de fond où les équipes repoussent constamment les limites du matériel homologué. L’introduction des Next Gen cars et leurs spécifications strictes ont paradoxalement poussé les ingénieurs à chercher des gains de performance dans des domaines de plus en plus marginaux.

Mark Keto, directeur principal de projet chez Goodyear, avait précédemment déclaré que les pilotes avaient demandé au manufacturier de prendre plus de risques avec leurs recommandations de pneus, acceptant de se placer dans une zone d’inconfort pour favoriser le spectacle et la compétitivité. Cette philosophie, bien qu’attrayante pour le divertissement, montre ses limites lorsque neuf défaillances surviennent en une seule session d’essais.

La situation rappelle également l’importance des tests préalables organisés par NASCAR et Goodyear. Un test avait été effectué à Phoenix en mars 2025, mais les conditions de piste et les températures différentes entre mars et novembre peuvent créer des variations significatives dans le comportement des pneus. De plus, les informations recueillies lors de ces tests ne reflètent pas toujours les approches ultra-agressives que les équipes adoptent lorsque des points de championnat sont en jeu.

Les équipes devront également reconsidérer leur utilisation créative des composés de plaquettes de frein, une pratique récemment mise en lumière et qui influence la répartition des charges sur les pneus. Ces stratégies de contournement subtil des règlements, bien que techniquement légales, contribuent à créer des situations imprévisibles que même les manufacturiers expérimentés comme Goodyear peinent à anticiper.

NASCAR devra probablement examiner l’équilibre actuel entre liberté technique et standardisation. Si l’objectif des voitures Next Gen était de réduire les coûts et de rapprocher le niveau de performance du peloton, la course à l’armement technique se poursuit simplement dans d’autres domaines, avec des conséquences potentiellement dangereuses sur la fiabilité et la sécurité.


La séance d’essais de Phoenix 2025 restera comme un avertissement clair que la quête de performance absolue comporte toujours des risques. Pour la course de dimanche qui couronnera le champion NASCAR Cup Series 2025, les équipes devront faire preuve d’une sagesse inhabituelle, acceptant peut-être de sacrifier quelques dixièmes de seconde au tour pour garantir que leurs quatre pneus restent intacts jusqu’à l’arrivée. Dans un championnat qui se joue souvent sur des détails infimes, celui qui trouvera le meilleur compromis entre vitesse et fiabilité repartira probablement avec le trophée. La leçon est claire : à Phoenix, comme souvent en course automobile, terminer reste la première condition pour gagner.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.