Le monde du NASCAR se retrouve plongé dans une bataille juridique sans précédent qui pourrait redéfinir les relations de pouvoir au sein du sport automobile américain. Au cœur de cette tempête judiciaire, deux figures emblématiques de l’industrie, Rick Hendrick et Roger Penske, se retrouvent dans une position qu’ils n’auraient jamais imaginée : contraints de témoigner sous serment dans un procès antitrust opposant 23XI Racing et Front Row Motorsports à NASCAR. Cette affaire, qui devrait être entendue en décembre 2025, prend une tournure spectaculaire alors que les deux propriétaires d’équipes les plus respectés du paddock tentent de limiter leur implication dans une procédure qui menace de révéler les secrets financiers les mieux gardés du sport.
La situation est devenue particulièrement tendue lorsque NASCAR a ajouté les noms de Hendrick et Penske à sa liste de témoins au dernier moment, une manœuvre que 23XI Racing et Front Row Motorsports ont qualifiée de “sandbagging”. Les deux équipes plaignantes réclament désormais que la justice impose une déposition complète et en personne des deux magnats du NASCAR, une demande à laquelle ces derniers opposent une résistance farouche, invoquant la protection de leurs informations financières confidencielles et leur volonté de ne pas “prendre parti” dans ce conflit.

Les enjeux de la déposition forcée de Rick Hendrick et Roger Penske dans le procès antitrust de NASCAR
La bataille juridique autour de la déposition forcée de Rick Hendrick et Roger Penske dans le procès antitrust de NASCAR révèle des tensions profondes qui divisent le monde du stock-car américain. Les deux propriétaires d’équipes, qui ont accepté de témoigner à la demande personnelle de Jim France, se retrouvent maintenant dans une situation bien plus complexe qu’ils ne l’avaient anticipé. Initialement, leur témoignage devait se limiter aux déclarations qu’ils avaient faites publiquement appelant les parties à parvenir à un règlement à l’amiable.
Selon les documents judiciaires déposés par leur avocat Adam Ross, Hendrick et Penske ont été approchés “dans les derniers jours” par Jim France et ses conseillers juridiques. L’approche de Hendrick aurait même eu lieu lors du banquet NASCAR suivant la victoire du championnat. France leur aurait demandé s’ils accepteraient de témoigner “spécifiquement limité au contenu de haut niveau des déclarations” qu’ils avaient soumises quelques semaines auparavant. Les deux hommes, ne souhaitant jouer aucun rôle dans cette procédure mais en raison de leur relation de plusieurs décennies avec Jim France, ont accepté de fournir un témoignage à portée limitée.
Cependant, 23XI Racing et Front Row Motorsports voient les choses très différemment. Dans leur dépôt du lundi 10 novembre, les deux équipes ont demandé au tribunal du District occidental de Caroline du Nord de forcer Hendrick et Penske à se soumettre à une déposition approfondie. Selon leur argumentaire, les sujets abordés dans les déclarations des deux propriétaires sont trop vastes pour se limiter à un témoignage superficiel. Ces sujets incluent le système de charter, les négociations pour le renouvellement des charters 2025, l’économie de la propriété d’équipe, le programme NextGen de NASCAR, et même la propriété par Penske de la série IndyCar.
Les équipes plaignantes insistent sur le fait qu’elles ont le droit “d’examiner la base de leurs déclarations et leurs connaissances personnelles sur tous ces sujets - pas seulement le contenu de haut niveau de leurs déclarations respectives”. Plus encore, elles souhaitent questionner les deux hommes sur “tout autre sujet pertinent au témoignage qu’ils vont présenter au nom de NASCAR”. Cette position transforme ce qui devait être un témoignage limité en une déposition potentiellement explosive qui pourrait révéler les rouages financiers les plus intimes de Hendrick Motorsports et de Team Penske.
Le timing de ces dépositions soulève également des questions. Hendrick et Penske affirment que l’approche des fêtes de Thanksgiving et du procès lui-même rend ces dépositions particulièrement contraignantes. Ils ont demandé que les entretiens se déroulent via Zoom plutôt qu’en personne, une suggestion que 23XI et Front Row ont qualifiée de “prépostérante” dans une note de bas de page cinglante de leur dépôt, soulignant qu’ils étaient prêts à se déplacer à Charlotte et que les avocats de Hendrick et Penske seraient de toute façon présents en personne pour défendre leurs dépositions.
Les informations financières au cœur du conflit sur la déposition forcée de Rick Hendrick et Roger Penske dans le procès antitrust de NASCAR
Au centre de la résistance de Hendrick et Penske se trouve la question des informations financières. Les deux propriétaires d’équipes craignent que leur déposition ne serve de prétexte pour extraire des données commerciales hautement confidentielles qui leur donneraient un désavantage concurrentiel. Cette préoccupation n’est pas sans fondement, car 23XI et Front Row ont explicitement déclaré leur intention d’interroger les deux hommes sur les finances de leurs équipes respectives.
L’avocat Adam Ross rappelle qu’une ordonnance du tribunal datée du 25 juin 2025 “limite considérablement” les informations que les équipes non-parties seraient tenues de fournir. Cette ordonnance avait établi un compromis par lequel les équipes envoyaient à NASCAR, via un tiers, des données financières moyennes par voiture mais sans informations d’identification. C’était précisément ce que les équipes non-parties avaient suggéré au tribunal pour protéger leur confidentialité tout en fournissant des données pertinentes à l’affaire.
Selon la motion déposée par Ross, “le témoignage que les plaignants recherchent maintenant sapera l’intégralité de la décision du tribunal concernant HMS et PRS et permettra potentiellement aux parties (ou aux médias ou au grand public) de ‘rétro-ingénierie’ les informations d’équipe anonymisées pour identifier HMS et PRS dans un effort pour identifier les sources des autres informations d’équipe”. Cette crainte de voir leurs données financières exposées, même indirectement, sous-tend toute la stratégie de résistance des deux propriétaires.
23XI Racing et Front Row Motorsports ne cachent pas leur intérêt pour les informations financières spécifiques de Hendrick Motorsports. Ils citent notamment les déclarations publiques de Jeff Gordon, partenaire de Rick Hendrick dans Hendrick Motorsports et membre du Comité de négociation des équipes. Gordon aurait déclaré publiquement que “malgré le fait d’être l’une des équipes Cup Series les plus performantes et de longue date, Hendrick Motorsports n’a pas réalisé de profit en dix ans”. Les plaignants affirment avoir “le droit de questionner M. Hendrick sur ces déclarations et sur les faits concernant la situation financière et la rentabilité de Hendrick sous le système de charter dont M. Hendrick discute dans sa déclaration, car ils concernent directement la question de savoir si NASCAR a exercé son pouvoir de monopole pour payer les équipes de course, y compris l’équipe de M. Hendrick, une rémunération inférieure au marché concurrentiel”.
Cette ligne d’interrogatoire représente exactement ce que Hendrick et Penske craignent le plus. Non seulement elle exposerait leurs structures financières à leurs concurrents directs, mais elle pourrait également révéler au public et aux sponsors l’état réel de la rentabilité dans le NASCAR moderne. La motion de Ross souligne que “HMS et PRS sont en concurrence directe avec NASCAR et les plaignants pour les sponsors et les employés, ainsi que sur la piste. La divulgation des informations financières et commerciales de HMS et PRS serait donc incroyablement contraignante et préjudiciable”.
Les deux propriétaires expriment également leur manque de confiance dans la capacité d’une ordonnance de protection à maintenir la confidentialité de telles informations, “que ce soit lors d’une déposition ou finalement lors du procès, compte tenu des droits d’accès du Premier Amendement et du droit commun déjà reconnus par ce tribunal”. Cette référence aux droits constitutionnels d’accès aux informations dans les procédures judiciaires publiques souligne la vulnérabilité inhérente de toute information divulguée dans le cadre de ce procès.
Les avantages compétitifs révélés par la déposition forcée de Rick Hendrick et Roger Penske dans le procès antitrust de NASCAR
Au-delà des simples chiffres financiers, 23XI Racing et Front Row Motorsports cherchent à exposer ce qu’elles considèrent comme des avantages compétitifs injustes dont bénéficient Hendrick Motorsports et Team Penske. Selon leur dépôt judiciaire, “Hendrick Motorsports et Team Penske sont payés plus que les autres équipes Cup Series en raison de la combinaison d’une formule d’allocation de revenus historique et du fait que Hendrick Motorsports est autorisée à avoir quatre voitures chartered - par opposition aux trois habituelles - ce qui leur donne une meilleure structure de coûts que les autres équipes”.
Cette révélation est particulièrement pertinente dans le contexte du procès antitrust. Si Hendrick et Penske bénéficient de conditions financières préférentielles de la part de NASCAR, cela pourrait expliquer pourquoi ils ont accepté les termes finaux du Charter Agreement 2025 que 23XI et Front Row contestent comme étant anticoncurrentiels. Les plaignants affirment que “ces faits sont hautement pertinents pour leur témoignage sur le système de charter et pourquoi ils ont accepté les termes finaux offerts par NASCAR pour le Charter Agreement 2025”.
Le dépôt va plus loin en révélant une autre dimension potentiellement explosive : l’absence de plafond budgétaire dans la Cup Series. Selon le témoignage de Scott Prime, cadre supérieur de NASCAR, lors de sa déposition, “l’une des raisons pour lesquelles il n’y a pas de plafond de coûts pour les équipes de course Cup Series est que Hendrick et Penske préfèrent ne pas en avoir pour leur propre avantage concurrentiel”. Cette information suggère que les deux propriétaires les plus puissants ont utilisé leur influence pour façonner les règles du sport à leur avantage, au détriment potentiel d’équipes plus petites ou plus récentes.
23XI et Front Row soutiennent que ces arrangements préférentiels créent un biais inhérent dans le témoignage de Hendrick et Penske. Selon leur argumentation, “tous ces sujets sont hautement pertinents pour le contenu du témoignage qu’ils présenteront au nom de NASCAR ainsi que pour leur biais en faveur de M. France et de NASCAR pour avoir accepté de leur accorder ces préférences spéciales”. En d’autres termes, Hendrick et Penske ne seraient pas des témoins neutres, mais des bénéficiaires d’un système qu’ils ont intérêt à défendre.
La question des quatre charters de Hendrick Motorsports mérite une attention particulière. Alors que les nouvelles règles NASCAR limitent les nouvelles équipes à un maximum de trois charters, Hendrick a été “grandfathered” - c’est-à-dire maintenu sous l’ancien régime - lui permettant de conserver ses quatre charters. Cet avantage structurel se traduit directement par des revenus supplémentaires et une meilleure répartition des coûts fixes sur quatre voitures plutôt que trois. Pour 23XI Racing, qui vient d’acquérir un troisième charter dans des circonstances controversées, cette disparité de traitement pourrait illustrer les pratiques monopolistiques présumées de NASCAR. La bataille pour comprendre comment ces avantages ont été négociés et maintenus dans le temps fait partie intégrante de la stratégie des plaignants dans leur argumentation antitrust.
La stratégie procédurale derrière la déposition forcée de Rick Hendrick et Roger Penske dans le procès antitrust de NASCAR
L’aspect procédural de cette bataille révèle une stratégie juridique sophistiquée de la part de 23XI Racing et Front Row Motorsports. Les équipes plaignantes auraient pu demander au tribunal de rejeter purement et simplement la motion de NASCAR d’ajouter Hendrick et Penske à la liste des témoins en raison de leur inclusion tardive. Elles ne l’ont pas. Au lieu de cela, elles ont vu une opportunité de maximiser la valeur de découverte que ces témoins pourraient fournir.
Le dépôt de 23XI et Front Row souligne cette stratégie : “Hendrick et Penske ont peu à se plaindre” puisqu’ils ont volontairement accepté de témoigner après avoir dit à 23XI et Front Row qu’ils ne le feraient pas. Les plaignants rappellent qu’ils ont demandé trois fois si Penske et Hendrick avaient l’intention de témoigner et qu’ils ont répondu “non”, rendant leur inclusion sur la liste des témoins de NASCAR d’autant plus surprenante. Cette surprise tardive a justifié, selon les plaignants, le droit de procéder à une déposition approfondie.
Les plaignants argumentent également que le statut de Hendrick et Penske a fondamentalement changé lorsqu’ils ont accepté de témoigner pour NASCAR. Alors que l’ordonnance de juin protégeait les équipes non-parties en tant que “simples spectateurs tiers qui n’acceptaient pas volontairement de témoigner”, cette protection ne s’applique plus une fois qu’ils ont “pris la décision volontaire d’aider M. France et NASCAR”. Selon cette logique, “ils n’ont aucune base pour résister à la portée du contre-interrogatoire et de l’enquête auxquels tous les témoins du procès doivent faire face”.
Cette transformation du statut juridique est cruciale. En acceptant de témoigner pour NASCAR, Hendrick et Penske ont involontairement renoncé aux protections dont ils bénéficiaient en tant que tiers neutres. Les plaignants exploitent maintenant cette ouverture pour obtenir des informations qu’ils n’auraient autrement jamais pu accéder. C’est une leçon coûteuse sur les risques de s’impliquer, même de manière limitée, dans une procédure judiciaire complexe.
La demande de tenir les dépositions en personne plutôt que par Zoom révèle une autre dimension stratégique. Les avocats expérimentés savent qu’un interrogatoire en personne permet de mieux lire le langage corporel, de maintenir une pression psychologique constante et d’éviter les interruptions techniques qui pourraient donner aux témoins le temps de formuler des réponses plus purposes.
Les implications plus larges de la déposition forcée de Rick Hendrick et Roger Penske dans le procès antitrust de NASCAR
Cette bataille pour contrôler la portée et les conditions des dépositions de Hendrick et Penske reflète les enjeux beaucoup plus larges du procès antitrust lui-même. Au fond, il s’agit d’une lutte pour savoir qui contrôle NASCAR : la famille France et ses alliés de longue date, ou un nouveau groupe d’équipes prêtes à contester le statu quo même au prix d’une bataille juridique prolongée et coûteuse.
La position inconfortable de Hendrick et Penske illustre la fracture qui divise maintenant le paddock NASCAR. D’un côté, les équipes établies qui ont prospéré sous le système actuel et qui ont développé des relations étroites avec la direction de NASCAR au fil des décennies. De l’autre, des équipes plus récentes ou frustrées comme 23XI (co-propriété de Denny Hamlin et Michael Jordan) et Front Row Motorsports, qui estiment que le système actuel est fondamentalement injuste et anticoncurrentiel.
L’argument de Hendrick et Penske selon lequel ils ne veulent pas “prendre parti” sonne creux aux oreilles de 23XI et Front Row. En accepting de témoigner pour NASCAR, même sur une base limitée, ils ont effectivement choisi leur camp. Leur tentative de maintenant limiter leur exposition suggère qu’ils réalisent les implications de cette décision et cherchent à minimiser les dommages collatéraux.
Les révélations potentielles sur la rentabilité de Hendrick Motorsports sont particulièrement significatives. Si l’une des équipes les plus performantes et les mieux gérées du sport n’a pas fait de profit pendant une décennie, cela soulève des questions fondamentales sur la viabilité économique du modèle NASCAR actuel. Cela pourrait également valider les arguments de 23XI et Front Row selon lesquels NASCAR utilise son pouvoir de monopole pour sous-payer les équipes par rapport à ce qu’un marché véritablement concurrentiel permettrait.
La question de l’absence de plafond budgétaire est également révélatrice. Alors que presque tous les autres sports automobiles majeurs - de la Formule 1 à l’IndyCar - ont mis en place ou envisagent des plafonds budgétaires pour améliorer la compétitivité et la viabilité financière, NASCAR reste une exception notable. Si cette exception existe principalement pour protéger les avantages compétitifs de Hendrick et Penske, cela suggère un système où les règles sont façonnées par et pour les acteurs dominants plutôt que dans l’intérêt du sport dans son ensemble.
Le procès antitrust de NASCAR, avec ses rebondissements dramatiques et ses révélations potentiellement explosives, pourrait finalement forcer le sport à confronter des vérités inconfortables sur son modèle économique et sa gouvernance. La résistance de Rick Hendrick et Roger Penske à une déposition complète, bien que compréhensible d’un point de vue commercial, risque de donner l’impression qu’ils ont quelque chose à cacher. Leur volonté initiale d’aider Jim France, motivée par des décennies de loyauté et de relations personnelles, pourrait se retourner contre eux en exposant des pratiques que l’industrie préférerait garder privées.
Alors que le procès approche de sa date de début en décembre 2025, ces dépositions - qu’elles soient limitées ou exhaustives, en personne ou par Zoom - promettent d’être un moment charnière. Les réponses de Hendrick et Penske aux questions de 23XI et Front Row pourraient fournir des munitions cruciales pour l’argumentation antitrust des plaignants. Plus largement, elles pourraient catalyser une conversation longtemps retardée sur la nécessité de réformer fondamentalement la structure économique et gouvernementale du NASCAR. Dans tous les cas, l’issue de ce conflit juridique façonnera l’avenir du sport automobile américain pour les années à venir, que les parties en cause le veuillent ou non.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.