La finale NASCAR Cup Series 2025 à Phoenix restera dans les mémoires comme l’une des courses les plus cruelles de l’histoire du championnat. Denny Hamlin, qui dominait la course en tête avec seulement trois tours à parcourir, a vu son rêve de décrocher son premier titre en Cup Series s’envoler en fumée. Une ultime neutralisation provoquée par un pneu crevé de William Byron a tout changé, offrant à Kyle Larson l’opportunité de remporter son deuxième championnat dans des circonstances dramatiques. Pour Hamlin et son équipe Joe Gibbs Racing, c’est une sixième désillusion dans la quête du titre ultime.
Cette finale du 2 novembre 2025 au Phoenix Raceway illustre parfaitement la nature impitoyable du système d’élimination NASCAR et la fine ligne qui sépare la gloire de la déception dans le sport automobile. Hamlin avait pourtant tout fait parfaitement : pole position, domination de la course avec 208 tours menés sur 312, et une voiture rapide. Mais comme il l’a exprimé lui-même après la course, “si vous ne pouvez pas gagner celle-là, je ne sais pas laquelle vous pouvez gagner.”

La domination écrasante de Hamlin à Phoenix avant le drame final
Denny Hamlin a affiché une performance remarquable tout au long du week-end à Phoenix. Après avoir décroché la pole position lors des qualifications du samedi, donnant ainsi le premier coup de force dans cette bataille pour le titre, le pilote de la Toyota n°11 a confirmé sa supériorité en course. Sa domination était écrasante, avec 208 tours menés sur les 312 disputés, soit près des deux tiers de la course totale.
L’équipe Joe Gibbs Racing avait préparé une voiture parfaitement adaptée aux caractéristiques de l’ovale d’un mile de Phoenix. Hamlin contrôlait le rythme de la course avec une aisance déconcertante, repoussant les assauts de ses rivaux au championnat. Son chef d’équipe Chris Gayle avait élaboré une stratégie impeccable, plaçant son pilote dans la meilleure position possible pour décrocher ce titre tant attendu.
La confiance de Hamlin était palpable durant toute la semaine précédant la finale. Il avait loué trois maisons à Scottsdale pour accueillir une trentaine d’amis et membres de sa famille, affichant une sérénité remarquable pour un pilote s’apprêtant à disputer sa sixième finale pour le titre. Cette décontraction contrastait avec la pression intense qui pesait sur ses épaules après 20 saisons complètes en Cup Series sans jamais avoir soulevé le trophée suprême.
Même lorsqu’il est tombé à la 11ème place suite à un arrêt au stand problématique à 140 tours de l’arrivée, Hamlin a su remonter méthodiquement l’ordre. À 47 tours de la fin, il a repris la tête à Byron lors d’un restart, démontrant une fois de plus sa maîtrise exceptionnelle du pilotage sur ce tracé. Tout semblait enfin se mettre en place pour le vétéran de 44 ans originaire de Virginie.
Le tournant cruel : la neutralisation qui change tout
Le destin a basculé au 309ème tour, soit à trois tours seulement de l’arrivée. William Byron, qui roulait en deuxième position à plus de deux secondes derrière Hamlin, a subi une crevaison du pneu arrière droit. Sa Chevrolet n°24 a percuté le mur, déclenchant immédiatement le drapeau jaune de neutralisation. À cet instant précis, le titre échappait aux mains de Hamlin.
“J’étais à 40 secondes d’un championnat”, a déclaré Hamlin après la course, résumant toute l’amertume de cette situation. La malchance frappait encore une fois le pilote JGR, lui qui avait déjà connu cinq désillusions en finale du championnat en 2010, 2014, 2019, 2020 et 2021. Cette neutralisation tardive transformait une victoire quasi assurée en une loterie à deux tours en overtime.
La décision stratégique lors de l’arrêt au stand sous neutralisation s’est révélée déterminante. Chris Gayle a fait le choix de monter quatre pneus neufs sur la Toyota n°11, une décision logique pour un sprint de deux tours. Cependant, Kyle Larson et cinq autres pilotes ont opté pour un changement de seulement deux pneus, leur permettant de gagner de précieuses positions sur la voie des stands.
Au moment du restart en overtime, Hamlin se retrouvait relégué en 10ème position tandis que Larson pointait en cinquième place. La fenêtre d’opportunité s’était considérablement réduite. Malgré ses pneus neufs, Hamlin n’avait que deux tours pour remonter cinq positions et dépasser Larson, une mission quasi impossible sur le court ovale de Phoenix où les dépassements sont déjà difficiles en conditions normales.
La remontée héroïque de Kyle Larson vers son deuxième titre
Kyle Larson a réalisé l’exploit rarissime de remporter un championnat NASCAR sans avoir mené un seul tour lors de la course finale. Dans les 11 années d’existence du format d’élimination playoffs, jamais un champion n’avait été sacré sans avoir pris la tête durant la finale à Phoenix. Plus impressionnant encore, Larson n’avait remporté aucune victoire durant les 10 courses des playoffs, terminant la saison sur une série de 24 courses consécutives sans succès depuis Kansas en mai.
La journée de Larson avait pourtant mal débuté. Au 216ème tour, sa Chevrolet n°5 Hendrick Motorsports a subi une crevaison du pneu arrière droit, le reléguant deux tours derrière en 33ème position. La situation semblait désespérée pour le champion 2021. Une neutralisation providentielle lui a permis d’effectuer un “wave-around” et de revenir dans le tour du leader, mais il pointait encore en 29ème position au restart du 227ème tour.
Le génie tactique de son chef d’équipe Cliff Daniels a alors fait la différence. Lors d’un arrêt au stand, Daniels a fait le pari audacieux de ne changer que deux pneus, catapultant Larson de la 29ème à la deuxième place derrière Chase Briscoe. Cette stratégie risquée plaçait Larson dans une position favorable pour profiter d’une éventuelle neutralisation tardive. Le destin allait lui sourire.
“Honnêtement, je n’arrive pas à y croire”, a confié Larson à NBC Sports après sa victoire. “On n’a pas mené un seul tour aujourd’hui. D’une manière ou d’une autre, on a gagné le championnat. Je suis sans voix. Nous avions au mieux une voiture moyenne. Le pneu avant droit a lâché, nous avons perdu un tour. On a été sauvé par la neutralisation.” Cette franchise du pilote californien illustre à quel point ce titre est tombé du côté de Hendrick Motorsports de manière inattendue.
Lors du restart en overtime, Larson a parfaitement exécuté sa manœuvre dans les virages 1 et 2, prenant l’extérieur et conservant sa position face à Hamlin qui remontait rapidement. Sa Chevrolet avait plus d’adhérence qu’il ne l’anticipait, lui permettant de tenir bon durant les deux derniers tours. Ryan Blaney a remporté la course devant Brad Keselowski, mais Larson, troisième, devenait champion. Un scénario improbable qui rappelle que dans le NASCAR moderne, la chance joue parfois un rôle aussi important que la vitesse pure.
Les autres prétendants au titre : Byron et Briscoe hors-jeu
La finale à Phoenix 2025 n’a pas souri aux deux autres membres du Championship 4. William Byron, coéquipier de Larson chez Hendrick Motorsports, a connu une journée cauchemardesque qui s’est terminée en 33ème position. Après avoir remporté la première étape de la course, Byron occupait la deuxième place derrière Hamlin et semblait bien placé pour se battre jusqu’au bout.
La crevaison fatale au 309ème tour a non seulement ruiné les chances de Byron, mais a également provoqué la neutralisation qui a fait basculer le championnat. L’ironie du sort voulait que son incident offre le titre à son coéquipier tout en détruisant les espoirs de Hamlin. “Je suis vraiment déçu que ça ait provoqué une neutralisation”, a déclaré Byron après la course. “Je déteste ça. Je déteste ça pour Denny et l’équipe de la 11. Denny était en route vers le titre. Si j’avais su quel pneu était en train de crever avant d’arriver dans le virage, j’aurais fait quelque chose de différent.”
Chase Briscoe, pilote de la Toyota n°19 Joe Gibbs Racing, vivait sa première participation à une finale du championnat après une saison exceptionnelle. Parti 12ème sur la grille, soit dernier du Championship 4, Briscoe a subi un coup dur majeur au 107ème tour lorsque son pneu arrière droit a éclaté juste au moment où le drapeau jaune était agité pour le tête-à-queue de Shane van Gisbergen.
Bien qu’il ait évité de perdre un tour grâce à l’arrêt effectué pendant la neutralisation, Briscoe est reparti en 32ème position avec une vibration persistante dans sa voiture. Il a réussi à limiter les dégâts en remontant progressivement, gagnant de la septième à la 13ème place durant la deuxième étape. Sa 18ème place finale représentait une déception pour sa première apparition dans le Championship 4, mais témoignait aussi de sa capacité à gérer l’adversité lors d’une journée difficile.
La stratégie et les décisions prises pendant cette finale NASCAR Cup Series à Phoenix ont une fois de plus démontré que dans le format actuel des playoffs, tout peut basculer sur un seul incident dans les derniers tours. Les quatre prétendants au titre ont tous connu des fortunes diverses, mais seul Larson a su transformer l’adversité en opportunité grâce aux choix tactiques audacieux de son équipe.
L’héritage douloureux de Hamlin : six échecs en finale
Pour Denny Hamlin, cette défaite à Phoenix représente bien plus qu’une simple déception. C’est la sixième fois en 20 saisons complètes en NASCAR Cup Series qu’il se retrouve à portée du titre sans pouvoir le saisir. Son palmarès exceptionnel de 60 victoires en carrière, le plaçant à égalité avec Kevin Harvick au 10ème rang des pilotes les plus victorieux de l’histoire, contraste cruellement avec l’absence de championnat.
Les précédents échecs de Hamlin en finale portaient chacun leur lot de malchance et de circonstances malheureuses. En 2010, lors de sa première opportunité de titre, il avait terminé deuxième derrière Jimmie Johnson. Les finales de 2014, 2019, 2020 et 2021 avaient toutes apporté leur lot de déceptions, qu’il s’agisse de voitures insuffisamment rapides, de stratégies questionnables ou de malchance pure.
Cette sixième tentative semblait pourtant être la bonne. Hamlin avait affiché une confiance et une décontraction inhabituelles toute la semaine, signe peut-être d’une maturité acquise après tant d’années de déception. Sa performance dominante dimanche confirmait que ni sa vitesse, ni son talent, ni sa préparation n’étaient en cause. Comme il l’a dit lui-même avec résignation : “Parfois la vitesse, le talent, rien de tout cela n’a d’importance.”
La scène sur la voie des stands après la course était déchirante. Hamlin est resté immobile dans sa voiture pendant plusieurs secondes après le drapeau à damier, s’essuyant le visage avec une serviette blanche sans montrer la moindre émotion. Une fois sorti, il a consolé ses filles en larmes tandis que les membres de son équipe pleuraient ou restaient assis en état de choc sur l’asphalte. Joe Gibbs lui-même se tenait silencieux, une main sur la hanche, l’air incrédule.
“Je n’ai vraiment pas beaucoup d’émotion en ce moment. Je suis juste engourdi parce que je suis sous le choc”, a confié Hamlin. “Nous étions à 40 secondes d’un championnat. Ce sport peut vous rendre absolument fou parce que parfois la vitesse, le talent, rien de tout cela n’a d’importance.” Ces mots résument la frustration d’un pilote qui a tout donné sans jamais recevoir la récompense ultime. À 44 ans, la question se pose désormais de savoir combien d’autres opportunités se présenteront à lui.
Un sacre historique pour Larson et Hendrick Motorsports
Kyle Larson rejoint ainsi un club très sélect de pilotes avec plusieurs titres NASCAR Cup Series. Il devient le 18ème pilote de l’histoire à réaliser cet exploit et le troisième à remporter plusieurs championships dans l’ère des playoffs d’élimination inaugurée en 2014, aux côtés de Joey Logano et Kyle Busch. Son premier titre remontait à 2021, également avec Hendrick Motorsports, année où il avait dominé le championnat avec dix victoires.
Ce deuxième sacre diffère radicalement du premier. En 2021, Larson était le pilote le plus en vue de la saison, multipliant les victoires et les performances dominantes. En 2025, il a traversé une période de disette sans précédent, avec 24 courses consécutives sans victoire, la plus longue série de sa carrière depuis qu’il pilote pour Hendrick. Sa dernière victoire remontait au 11 mai à Kansas Speedway, il y a six mois.
Pour Hendrick Motorsports, c’est un 15ème titre en Cup Series en 31 saisons, confirmant la domination de cette organisation dans l’histoire récente du NASCAR. Le travail de l’équipe technique dirigée par le chef d’équipe Cliff Daniels a été salué par Larson : “Quel travail incroyable de la part de Hendrick Motorsports, de Cliff Daniels, de tout le monde, son leadership, son leadership complet. Il l’a montré pendant toute cette course. Il nous a tous gardés motivés. Il a toujours eu un plan.”
La stratégie audacieuse de ne changer que deux pneus lors de l’avant-dernier arrêt, puis à nouveau lors de la neutralisation finale, témoigne de la capacité de Daniels à prendre des risques calculés dans les moments cruciaux. Ces décisions ont transformé une course moyenne en championnat, prouvant que dans le format actuel du NASCAR, l’intelligence tactique peut compenser un manque de vitesse pure.
Le double champion ne cache pas sa surprise face à ce dénouement improbable. Son honnêteté est rafraîchissante dans un sport où les vainqueurs ont tendance à minimiser le rôle de la chance. “Nous n’avions qu’une voiture moyenne au mieux. C’est tout simplement incroyable. Je ne peux pas le croire. C’est insensé”, a-t-il répété plusieurs fois après la course. Cette franchise n’enlève rien à son mérite d’avoir su saisir l’opportunité quand elle s’est présentée, qualité essentielle d’un champion.
La finale NASCAR Cup Series 2025 à Phoenix restera comme un exemple parfait de la nature imprévisible du sport automobile et de la cruauté du format de championnat actuel. Denny Hamlin a livré la course parfaite, dominé de bout en bout, et pourtant Kyle Larson est reparti avec le titre grâce à une série de circonstances favorables dans les derniers tours. Cette issue soulève des questions sur l’équité du système tout en démontrant que dans le NASCAR moderne, savoir gérer la chance fait partie intégrante des compétences requises pour être champion.
Pour Hamlin et ses supporters, cette sixième défaite en finale laisse un goût amer et renforce le débat sur le statut du pilote de Joe Gibbs Racing comme l’un des meilleurs à n’avoir jamais remporté de titre. À 44 ans, combien d’autres chances aura-t-il de briser cette malédiction ? Pour Larson et Hendrick Motorsports, ce titre improbable prouve qu’il ne faut jamais abandonner, même quand les circonstances semblent désespérées. La saison 2026 débutera avec le Daytona 500 le 15 février, offrant une nouvelle opportunité à Hamlin de réécrire son histoire.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.