La conversion des charters NASCAR en franchises marque une tournante historique pour la série Cup, avec des valeurs qui franchissent désormais les 150 millions de dollars. Cette transformation radicale, issue du récent règlement entre NASCAR et les équipes 23XI Racing ainsi que Front Row Motorsports, redéfinit complètement le paysport économique du sport automobile américain. Les spéculations d’experts comme Dale Earnhardt Jr. se sont confirmées, créant un nouveau marché où ces actifs atteignent des sommets inédits.

L'évolution révolutionnaire du système de charters NASCAR vers le modèle de franchise
Les origines du système de charters remontent à 2016, lorsque NASCAR en a introduit 36 pour garantir les places sur la grille de départ. Initialement vendus à un million de dollars, ces actifs étaient considérés comme des tickets d'entrée renouvelables plutôt que des investissements à long terme. Michael Waltrip Racing avait ainsi cédé ses charters à ce prix symbolique, sans imaginer la révolution financière à venir.
La rupture est survenue lors du procès antitrust intenté par 23XI Racing et Front Row Motorsports. Ces deux équipes, seules à ne pas avoir signé l'accord de charter en août 2024, demandaient des garanties permanentes. Le règlement intervenu le 12 décembre 2025 a transformé ces simples droits d’accès en véritables franchises à perpétuité. Jeffrey Kessler, avocat des plaignants, a annoncé que les charters deviendraient permanents “pour toujours”.
Cette décision fait écho aux modèles des sports majeurs comme la NBA ou la NFL, où les franchises représentent des actifs transmissibles générationnellement. Dale Earnhardt Jr., propriétaire de JR Motorsports, résume la mutation : “Vous aurez essentiellement 36 franchises - quel que soit le nombre de voitures au départ - qui seront possédées, valorisées et échangées entre entités au cours des décennies et des siècles”. Cette vision transforme radicalement la culture NASCAR, où n’importe quel équipier pouvait autrefois construire une voiture et tenter sa chance sur la piste.
Le procès a révélé des documents internes où Scott Prime, vice-président senior et chef de la stratégie de NASCAR, prédisait que des charters permanents pourraient atteindre 100 millions de dollars. Les prévisions se sont avérées conservatrices. Andrew Murstein, ancien propriétaire de Richard Petty Motorsports, commente : “Comme je le disais depuis des années, ce résultat était inévitable. Une marée montante soulève tous les bateaux”. L’ancien système de taxis-newyorkais lui sert de parallèle, où les médallions permanents ont créé une valeur durable pour tous les acteurs.
Comment les valeurs des charters NASCAR explosent au-delà des 150 millions de dollars
La valorisation à plus de 150 millions représente une multiplication par six des prix observés en 2024. Live Fast Motorsports avait établi un record en vendant son charter pour 40 millions de dollars, somme considérée comme phénoménale à l'époque. Legacy Motor Club a payé 45 millions à Rick Ware Racing durant la saison 2025, mais ce montant est désormais dépassé.
Dale Earnhardt Jr. explique la mécanique de cette explosion : “Si le charter ne reste qu’une garantie d’entrée à une seule course, les valeurs restent où elles sont aujourd’hui. Mais s’ils deviennent permanents et donc une franchise, les valeurs sont bien au nord de 150 millions”. Les propriétaires détiennent désormais un actif qui combine revenus garantis et potentiel de plus-value exponentiel.
Les nouvelles dispositions evergreen apportent des garanties sans précédent sur les revenus médias internationaux, la gouvernance et les flux futurs. NASCAR augmentera les frais de transfert, mais cette hausse est largement compensée par la stabilité acquise. Les équipes recevaient déjà 9 millions de dollars par charter en revenus garantis, montant porté à 12,5 millions en 2025. Ces chiffres devraient encore grimper avec le nouveau dispositif.
L’impact sur les bilans est immédiat. Une équipe possédant deux voitures voit sa valeur d’entreprise bondir de 50 millions à plus de 300 millions. Cette réévaluation crée un cercle vertueux : la stabilité attire les investisseurs, qui injectent des capitaux permettant de meilleures performances, qui à leur tour renforcent la valeur des charters. Le modèle s'inspire directement des ligues professionnelles où les franchises se transmettent de génération en génération.
Impact transformateur sur l’accessibilité et la compétition future
La permanence des charters érige une barrière d’entrée gigantesque pour les nouveaux venus. Dale Earnhardt Jr., dont l’équipe JR Motorsports rêve de rejoindre la Cup Series, constate avec lucidité : “Il y aura une barrière d’entrée gigantesque. Comme nous connaissons la course depuis 75 ans, si vous vouliez construire une voiture de Cup et vous présenter à une course, vous le faisiez. Ça, ce sera définitivement fini”.
Cette fermeture du marché soulève des questions sur l’ouverture traditionnelle de NASCAR. L’ère où un individu passionné pouvait tenter sa chance contre les multinationales tire à sa fin. Les 36 franchises constitueront un cercle fermé, échangeant leurs positions sur un marché secondaire à prix d’or, sans possibilité pour des outsiders de s’immiscer.
Le règlement prévoit néanmoins une ouverture limitée. L’arrivée potentielle de nouveaux motorisés comme Dodge (Stellantis) et Honda pourrait permettre à NASCAR d’émettre jusqu’à quatre charters supplémentaires. Cette fenêtre de tir offrirait une dernière chance à des équipes comme JR Motorsports d’intégrer le cercle fermé avant une possible fermeture définitive du marché.
Les conséquences compétitives sont doubles. D’un côté, la stabilité financière permet aux équipes d’investir à long terme dans la technologie et les talents, élevant globalement le niveau sportif. De l'autre, le risque de sclérose existe : sans pression de nouveaux entrants, les équipes établies pourraient manquer d’innovation. NASCAR devra surveiller cet équilibre délicat entre valorisation des actifs et santé compétitive.
Analyse financière : Les nouvelles garanties du système evergreen
Le système evergreen transforme fondamentalement la relation entre NASCAR et ses équipes. Les 13 équipes qui avaient signé l’accord initial en août 2024 recevaient déjà des garanties de revenus annuels de 12,5 millions par charter. Les six charters de 23XI Racing et Front Row Motorsports, restitués pour 2026, bénéficieront désormais des mêmes conditions pérennes.
Les équipes obtiennent un droit de regard accru sur la gouvernance et les décisions stratégiques. NASCAR s’engage à partager une portion des revenus télévisuels internationaux, flux jusque-là réservés à l’entité mère. Cette ouverture représente des millions supplémentaires potentiels, particulièrement crucial à l’heure où le sport cherche à conquérir de nouveaux marchés mondiaux.
Les frais de transfert augmenteront, mais les équipes acceptent cette ponction en échange de la stabilité. NASCAR encaisse ainsi une rente sur les transactions secondaires tout en garantissant la valeur des actifs. C’est un calcul gagnant-gagnant : l’entité centrale sécurise ses revenus, les équipes sécurisent leurs investissements, et les investisseurs externes voient un actif revalorisable.
Le parallèle avec les théories économiques est frappant. Le système ressemble aux médallions de taxis newyorkais, où la rareté artificielle créée par la limitation des licences a fait exploser les valeurs. La différence cruciale : les charters NASCAR s’accompagnent de flux de revenus opérationnels substantiels, pas seulement d’un droit d’exercice. Cela justifie des valorisations encore plus élevées que les médallions historiques.
Cette restructuration positionne NASCAR comme un actif de luxe financier. Les franchises deviennent des placements patrimoniaux comparables aux équipes de Premier League ou de NBA, offrant à la fois des rendements réguliers et une perspective de plus-value à long terme. Pour les propriétaires actuels, c’est une opération de création de valeur spectaculaire, ne nécessitant qu’un simple changement juridique de statut.
La transformation des charters NASCAR en franchises permanentes et leur valorisation dépassant 150 millions de dollars représentent la plus grande révolution économique de l'histoire de la discipline. Les équipes disposent désormais d'actifs tangibles et transmissibles, garantissant leur pérennité financière tout en créant une barrière d'entrée sans précédent. Ce nouveau modèle inspire à la fois l'admiration pour sa création de valeur et l'inquiétude pour son exclusionnisme. NASCAR a choisi la voie des sports majeurs, sacrifiant l'ouverture légendaire du sport au profit d'une stabilité financière digne des marchés boursiers. L'avenir dira si ce pari sera gagnant pour la compétition sportive autant que pour les portefeuilles des propriétaires.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.