Le procès antitrust NASCAR 23XI Racing et Front Row Motorsports : un règlement historique après neuf jours de tension

Nascar

Le 11 décembre 2025 marquera une date importante dans l’histoire de la NASCAR. Après neuf jours d’un procès intense et de témoignages parfois explosifs, la ligue a finalement trouvé un terrain d’entente avec les deux écuries récalcitrantes, 23XI Racing et Front Row Motorsports. Cette affaire, qui a débuté en septembre 2024 lorsque les deux équipes ont refusé de signer le nouvel accord de charters, mettait en jeu des centaines de millions de dollars et remettait en question le modèle économique même du championnat.

L’origine du conflit : quand les charters deviennent un enjeu de souveraineté Le bras de fer a débuté en septembre 2024, lorsque la NASCAR a présenté aux quinze écuries de la Cup Series un nouvel accord de charters de 112 pages assorti d’un ultimatum : signer avant la fin de la journée du 6 septembre, soit deux jours avant le début des playoffs à Atlanta. Pour 23XI Racing, l’écurie copropriété par la légende du basket Michael Jordan et le pilote Denny Hamlin, ainsi que pour Front Row Motorsports de Bob Jenkins, les termes étaient inacceptables.

Le point de friction principal résidait dans le statut des charters eux-mêmes. Les équipes réclamaient depuis des années que ces licences, qui garantissent une place sur la grille de départ et un flux de revenus, deviennent permanentes. Jim France, président-directeur général de NASCAR, s’y est opposé avec fermeté, invoquant l’incertitude sur les futurs contrats télévisés et les sources de revenus. Cette position a été réitérée sous serment lors de son témoignage au huitième jour du procès, où il a expliqué ne pas vouloir promettre quelque chose “pour toujours” dans un environnement aussi volatile.

Les négociations avaient pourtant duré plus de deux ans. La Race Team Alliance, qui représente les écuries, estimait l’accord précédent injuste et réclamait quatre changements majeurs. La NASCAR a finalement présenté une offre “à prendre ou à laisser” que seules deux équipes ont osé refuser.

Neuf jours d’un procès sous haute tension Les témoignages qui ont fait trembler la NASCAR Le procès devant le juge Kenneth D. Bell, au tribunal fédéral de l’Ouest de la Caroline du Nord, a débuté le 1er décembre 2025. Chaque jour a apporté de nouvelles révélations sur le fonctionnement interne de la NASCAR.

Le témoignage de Jim France a été particulièrement attendu. Sous le contre-interrogatoire de Jeffrey Kessler, l’avocat célèbre des équipes, France a maintenu sa position sur les charters renouvelables. Il a comparé la Next Gen, la voiture développée par NASCAR à coups de millions de dollars et protégée par des brevets, à “Coca-Cola qui ne donnerait pas sa recette à Pepsi”. Cette comparaison, destinée à défendre le caractère exclusif de la propriété intellectuelle, a illustré la vision de NASCAR d’un sport fermé.

John Probst, vice-président exécutif et chief racing development officer, a chiffré l’investissement dans la Next Gen à environ 14 millions de dollars. Un montant que l’organisation considère comme justifiant son contrôle total sur la plateforme technologique.

Les experts économiques s’affrontent sur les dommages L’un des moments les plus techniques du procès a été l’affrontement entre économistes. L’équipe de 23XI et Front Row faisait valoir un préjudice de 1,06 milliard de dollars entre 2021 et 2024, chiffré par l’économiste Edward Snyder. Ce dernier utilisait la Formule 1 comme référence pour le partage des revenus, argumentant que les équipes NASCAR étaient sous-payées.

Mark E. Zmijewski, professeur et expert de la défense, a vigoureusement contesté cette méthodologie. Selon lui, appliquer le modèle F1 à la NASCAR était inadapté. Plus encore, il a soutenu que verser les 627 millions de dollars annuels réclamés par Snyder aurait plongé NASCAR dans des pertes significatives, mettant en péril la viabilité même de l’organisation.

Greg Motto, directeur financier de NASCAR, a également tenté d’apaiser les critiques sur les dividendes versés à la famille France. Il a expliqué que la structure en S-Corporation imposait cette distribution, qui servait principalement à couvrir les obligations fiscales plutôt qu’à enrichir les propriétaires.

Les conséquences désastreuses pour les équipes en 2025 Pendant que se déroulait le procès, les six voitures concernées – les numéros 4, 23, 34, 35, 38 et 45 – ont connu une saison 2025 chaotique. Après avoir bénéficié d’une injonction préliminaire en décembre 2024 leur permettant de courir avec statut de charter, la décision a été renversée en appel en juin 2025.

À partir de la course de Dover en juillet, Bubba Wallace, Tyler Reddick, Noah Gragson, Todd Gilliland, Zane Smith et Riley Herbst ont dû affronter une réalité brutale : plus de garantie de participation si plus de 40 voitures s’inscrivaient, et une baisse drastique des gains en course. Chaque week-end devenait une bataille pour la simple qualification.

Tyler Reddick, pilote de la voiture 45, est allé jusqu’à adresser une mise en demeure pour rupture de contrat à son propre team, révélant la tension extrême au sein de 23XI.

Un règlement surprise qui clôt le dossier Le 11 décembre 2025, au neuvième jour du procès, l’annonce est tombée comme un coup de tonnerre. “Les parties sont parvenues à un règlement positif qui bénéficiera à l’industrie à l’avenir”, a déclaré Jeffrey Kessler à la cour. Michael Jordan, présent dans la galerie, a salué l’accord avec un simple “C’est une bonne journée”.

Les termes exacts du règlement n’ont pas été immédiatement rendus publics, mais l’accord met fin à des mois d’incertitude. Le juge Bell, visiblement soulagé, a commenté : “Je souhaite qu’on ait pu faire cela il y a quelques mois. Je crois que c’est excellent pour NASCAR, pour l’avenir de NASCAR, pour les équipes et finalement pour les fans.”

Pour les deux écuries, l’enjeu était existentiel. Leurs représentants avaient répété à plusieurs reprises qu’une défaite en cour les mettrait hors d’état de fonctionner. Le règlement leur offre donc une bouée de sauvetage, même si le prix de leur résistance reste à déterminer.

Ce qui est certain, c’est que cette affaire a exposé comme jamais auparavant les tensions structurelles au sein du monde de la NASCAR. La ligue, contrôlée depuis des décennies par la famille France, fait face à une génération d’équipes qui exigent une part plus équitable des revenus et une voix dans la gouvernance.

Quelles leçons tirer de cette crise ? Le procès a révélé des vérités que la NASCAR aurait préféré garder confidentielles. Les textos échangés entre dirigeants, les chiffres financiers dévoilés et les stratégies de négociation brute ont montré un sport où le pouvoir reste fortement concentré. L’argument de NASCAR selon lequel les charters ne peuvent être permanents en raison de l’incertitude future sonne désormais comme une justification d’un modèle de contrôle total.

Pour les équipes, la victoire est symbolique autant que financière. Avoir tenu tête à l’instance dirigeante, avec les risques que cela impliquait, démontre une nouvelle audace. Les conséquences sur les relations futures entre NASCAR et ses équipes seront à surveiller de près lors des prochaines négociations.

L’avenir de la NASCAR s’écrit avec ses équipes

La saga du procès antitrust 23XI Racing et Front Row Motorsports contre NASCAR s’achève donc non par une décision de justice, mais par un compromis. Cette conclusion évite à la ligue un jugement potentiellement dommageable, mais ne résout pas les questions fondamentales qui ont mené au conflit.

Michael Jordan, en investissant son aura légendaire dans cette cause, a montré que la nouvelle génération de propriétaires n’acceptera pas de simplement suivre les règles sans questionnement. Ses propos pendant le procès, “Si je dois me battre jusqu’au bout pour le bien du sport, je le ferai”, résonnent comme un avertissement pour l’avenir.

La NASCAR devra désormais composer avec des équipes mieux financées, plus sophistiquées dans leurs stratégies légales et commerciales, et déterminées à obtenir une place à la table des décisions. Le règlement de ce procès pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère de gouvernance dans la série, où le dialogue remplacera peut-être les ultimatums.

Pour les fans, l’essentiel est que toutes les équipes continueront à s’aligner sur la grille en 2026. Mais derrière les courses, le paysage a changé. Les équipes savent désormais qu’elles peuvent gagner des batailles contre la NASCAR. Et la NASCAR sait qu’elle ne peut plus imposer ses décisions sans broncher. Cette nouvelle donne pourrait finalement aboutr à un sport plus sain, plus équitable et plus durable.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.