Le second jour du procès historique opposant 23XI Racing et Front Row Motorsports à NASCAR a littéralement enflammé la salle d’audience du tribunal fédéral de Charlotte, en Caroline du Nord. Le témoignage électrisant de Denny Hamlin, copropriétaire de 23XI Racing, a occupé le cœur de la journée du 2 décembre 2025, révélant des tensions sans précédent autour du système des charters. Alors que les neuf jurés prenaient scrupuleusement des notes, les avocats de NASCAR et de l’équipe de Michael Jordan se livraient une bataille juridique d’une rare intensité. Les déclarations de Hamlin, pilote vedette de la série et homme d’affaires aguerri, ont jeté une lumière crue sur les pratiques commerciales du groupe organisateur et les enjeux financiers colossaux qui dépassent largement les intérêts des deux seules équipes plaignantes.
La journée a débuté sous haute tension avec l’annonce par NASCAR d’une demande d’exclusion de deux des trois propriétaires de 23XI Racing, invoquant la règle 615 des Règles fédérales de preuve. Cette manoeuvre procédurale, visant à empêcher les témoins d’entendre les déclarations avant de témoigner eux-mêmes, a été perçue par les observateurs comme une tentative d’isoler la défense. Le juge Kenneth Bell a finalement décidé d’autoriser la présence de tous les propriétaires pour cette journée, mais la question pourrait resurgir lors des prochains témoignages-clés.

Procès antitrust NASCAR jour 2 : Denny Hamlin sous le feu des questions
Denny Hamlin a passé plus de trois heures à la barre, affrontant un contre-interrogatoire muscular orchestré par Lawrence E. Buterman, l’avocat de la défense de NASCAR. L’homme fort de 23XI Racing a été immédiatement confronté à ses propres déclarations sur la rentabilité de son équipe. Les documents présentés en salle d’audience ont révélé que 23XI Racing avait dégagé un bénéfice de 2,26 millions de dollars en 2022 et de 3,5 millions en 2023, des chiffres que Hamlin a qualifiés de “décevants” et “inférieurs au potentiel réel”. Le pilote, qui perçoit 14 millions de dollars annuels de son contrat avec Joe Gibbs Racing, a expliqué que ces bénéfices étaient largement insuffisants pour garantir un avenir durable à l’équipe.
L’avocat de NASCAR n’a pas tardé à pointer les contradictions. Buterman a présenté des extraits de déposition préalable où Hamlin avait lui-même reconnu avoir effectué des vérifications diligentes avant de promettre à Michael Jordan des profits annuels de 900 000 dollars lors du lancement de l’équipe en 2021. Les documents ont également mis en lumière les déclarations publiques de Hamlin sur le Gen-7, qu’il avait décrit comme “un net positif pour le sport” dans un podcast avec Kenny Wallace, alors qu’il le présentait maintenant comme un fardeau financier. Hamlin a rétorqué avec véhémence : “Je devais peindre un tableau rose du sport pour ne pas me retrouver convoqué dans le camion de NASCAR pour une engueulade”.
Le moment le plus électrique est survenu lorsque Hamlin a décrit le contrat de charter 2025-2031 proposé par NASCAR. Dans un échange tendu avec son propre conseil, il a brandi une copie du document en déclarant : “Ceci est essentiellement le certificat de décès de mon équipe pour l’avenir”. Cette phrase choc, immédiatement reprise par les médias présents dans la salle, résume l’essence de la plainte antitrust. Hamlin a expliqué que les termes du nouvel accord, qu’il qualifie de “contrat à prendre ou à laisser”, auraient érodé la valeur des charters et restreint la capacité des équipes à négocier des partenariats lucratifs.
Les charters NASCAR au cœur du débat du jour 2
Le système des charters, véritable fondation économique de la NASCAR moderne depuis 2016, a été disséqué pendant des heures. Hamlin a détaillé comment 23XI Racing avait acquis trois charters successifs pour des montants croissants : 4,7 millions pour le premier en 2020, 13,5 millions pour le second en 2021, puis 28 millions pour le troisième en 2024. Ces chiffres, présentés comme la preuve de la confiance des équipes dans le système, ont été retournés contre lui par l’avocat de NASCAR. Buterman a argumenté qu’il était incohérent d’acheter des actifs à prix d’or tout en prétendant qu’ils étaient structurellement défavorables.
La valeur actuelle des charters, estimée à 45 millions par expert, a été au centre d’un échange particulièrement tendu. Interrogé sur ce chiffre, Hamlin a répondu : “Je sais seulement que nous avons payé 28 millions pour le dernier”. Cette distinction entre valeur théorique et prix réellement payé illustre le cœur du désaccord. Pour 23XI Racing, le charter représente un investissement majeur qui ne délivre pas les rendements escomptés. Pour NASCAR, il s’agit d’un actif dont la valeur ne cesse de croître, prouvant ainsi son caractère équitable.
Les debates ont également porté sur la fameuse lettre de huit points que Hamlin a envoyée à NASCAR en septembre 2024, énumérant les conditions minimales pour signer le nouveau charter. Chaque point a été examiné minutieusement, des revendications sur la part des droits télévisuels aux garanties contre la dévaluation forcée. Hamlin a martelé que “aucune de ces conditions n’a été satisfaite”, tandis que NASCAR a riposté en soulignant que ces revendications n’avaient jamais été formulées comme des violations antitrust lors des négociations.
Procès antitrust NASCAR jour 2 : Scott Prime met NASCAR sur la défensive
L’après-midi a été consacrée au témoignage de Scott Prime, vice-président exécutif de la stratégie globale de NASCAR. Sous les questions incisives de l’avocat des équipes Jeffrey Kessler, Prime a dû défendre les pratiques commerciales de son employeur. Les documents internes de NASCAR, projetés sur grand écran, ont révélé une stratégie concertée pour renforcer les liens avec Speedway Motorsports, propriétaire de plusieurs circuits emblématiques. Kessler a argumenté que cette verticalisation constitue la preuve d’un monopole étendu, contrôlant à la fois les courses, les circuits et les règles.
Les présentations PowerPoint stratégiques de NASCAR ont été particulièrement embarrassantes. L’une d’elles, datée de 2023, évoquait la nécessité de “contrer une situation type LIV Golf” dans le sport automobile, avec comme option privilégiée “un renforcement de la relation avec Speedway Motorsports”. Prime a nié tout accord anticoncurrentiel, expliquant qu’il s’agissait de simples options stratégiques, mais son hésitation visible lors du contre-interrogatoire n’a pas échappé aux jurés.
Les messages embarrassants qui affaiblissent NASCAR
Le moment le plus gênant pour l’instance organisatrice est survenu avec la lecture de messages texte échangés entre Steve Phelps, président de NASCAR, et Steve O’Donnell, commissaire de la série. Dans ces conversations privées, Phelps qualifiait la Superstar Racing Experience (SRX) de “série de poubelle” et écrivait : “On doit mettre un couteau dans cette merde”. Ces propos, datés du moment où Denny Hamlin avait annoncé sa participation à une course SRX, ont été interprétés par les plaignants comme la preuve d’une volonté délibérée d’éliminer toute concurrence.
Kessler a martelé le point : “Quand le dirigeant d’une entreprise monopolistique parle de ‘mettre un couteau’ dans la concurrence, ce n’est pas une métaphore de bonne guerre. C’est l’expression d’une mentalité antitrust violée”. Prime a tenté de minimiser ces échanges comme des “paroles de café”, mais la lecture de ces messages a visiblement marqué les jurés, qui ont pris des notes frénétiques.
Les dommages et intérêts colossaux de 23XI Racing sous le microscope
La question des dommages a dominé les derniers moments du témoignage de Hamlin. 23XI Racing réclame 205 millions de dollars pour pertes de profits potentiels sous l’accord de 2016, soit un retour sur investissement de 900%. Lawrence Buterman n’a pas mâché ses mots : “Estimez-vous que c’est équitable ?” Hamlin, mal à l’aise, a répondu qu’il laissait les experts trancher la question, mais l’impression est restée. L’avocat de NASCAR a ensuite comparé ce ratio aux 10% de ROI initialement promis à Michael Jordan, soulignant l’écart abyssal entre les attentes initiales et la demande actuelle.
Les détails financiers intimes de 23XI Racing ont été exposés sans ménagement. Le paiement de 1 million de dollars annuels de loyer par l’équipe au facility Airspeed, propriété conjointe de Hamlin et Jordan, a été présenté comme un avantage personnel déguisé. Hamlin a défendu ce montant comme “le prix du marché pour une infrastructure de classe mondiale”, mais NASCAR a contre-argumenté que cela prouvait la rentabilité de la structure actuelle. Les jurés ont appris que l’équipe avait investi 35 millions dans son complexe, ouvert en 2024, et que les actionnaires continueraient de s’enrichir grâce à des mécanismes parallèles au simple partage des bénéfices d’exploitation.
Le contraste entre les profits déclarés et les demandes de dommages a été souligné à travers plusieurs exemples. L’expert économique des équipes avait évalué 23XI Racing à 160,2 millions fin 2024, quatre ans seulement après sa création. Buterman a calculé que cette valorisation représentait déjà une performance exceptionnelle, rendant la demande de 205 millions excessive. Hamlin a tenté de recentrer le débat sur le “principe et la justice”, mais les chiffres ont clairement fait vaciller sa crédibilité auprès d’une partie du jury.
Procès antitrust NASCAR jour 2 : le modèle économique de la série menacé
Les implications du témoignage du jour 2 dépassent largement le simple conflit entre deux équipes et NASCAR. Les documents présentés par Scott Prime ont révélé que les 13 autres équipes ayant signé le charter 2025 avaient accepté des termes similaires, recevant en échange des garanties de paiement dépassant 300 millions annuellement. Kessler a immédiatement saisi la contradiction : si le système était si équitable, pourquoi fallait-il verser des centaines de millions pour obtenir la signature des équipes ?
La stratégie de défense de NASCAR s’est cristallisée autour du argument selon lequel 23XI Racing et Front Row Motorsports avaient fait “un choix libre et éclairé” en refusant de signer. Le communiqué officiel diffusé à la fin de la journée insistait sur ce point : “Elles ont choisi de renoncer à leurs charters au lieu de les signer, comme l’ont fait 32 détenteurs de charters”. Cette rhétorique de la responsabilité individuelle contre l’argument structurel du monopole a clairement structuré le débat qui se profile pour les semaines à venir.
Les observateurs ont noté que le procès mettait en lumière une fracture profonde au sein même du monde de la NASCAR. Les dépositions autorisées de Rick Hendrick et Roger Penske, attendues dans les prochains jours, devraient révéler si les “gros” team owners partagent secrètement les craintes des équipes plaignantes ou si ils soutiennent ouvertement le modèle NASCAR. Cette division pourrait s’avérer décisive, car elle montrerait si le mécontentement est isolé ou systémique.
Les discussions en couloir après l’audience ont révélé une inquiétude croissante parmi les sponsors et les partenaires médiatiques. Si les charters étaient déclarés illégaux, les investissements de centaines de millions dans le sport seraient remis en question. Les droits télévisuels massifs, négociés sur la base d’une stabilité assurée par les charters, pourraient être renégociés. Un cadre de FOX Sports, présent à l’audience, confiait : “Ce n’est pas juste un procès entre deux équipes et NASCAR. C’est l’avenir même du modèle d’affaires de la série qui est sur la table”.
Le regard des jurés lors des explications techniques sur la répartition des revenus a été particulièrement instructif. Quand Kessler a présenté un graphique montrant que NASCAR contrôlait 100% du calendrier, 100% des règles techniques et des droits commerciaux, plusieurs jurés ont hoché la tête. Cette visualisation simple mais percutante a semblé plus convaincante que des heures de témoignages techniques. Pendant ce temps, les avocats de NASCAR arboraient une expression de détermination, suggérant qu’ils avaient des contre-arguments majeurs à présenter dans les jours suivants.
Ce que le jour 2 signifie pour l’avenir de la compétition
Le deuxième jour de ce procès historique a confirmé que la bataille juridique sera d’une rare brutalité. Les attaques frontales de NASCAR sur la crédibilité de Denny Hamlin montrent que la défense ne cherche pas à négocier mais à anéantir l’argumentaire des plaignants. Pourtant, les révélations sur les stratégies anticoncurrentielles internes et les messages embarrassants des dirigeants ont offert aux équipes des munitions puissantes. Le juge Bell, tout en maintenant un contrôle strict de la procédure, a permis aux deux camps de déployer leurs arguments de manière exhaustive.
Le débat sur les dommages-intérêts révèle une fracture culturelle profonde. NASCAR semble considérer que les équipes doivent être reconnaissantes du système actuel, qui leur garantit stabilité et revenus. Les équipes, représentées par Hamlin, estiment au contraire qu’elles sont les créatrices de valeur et doivent obtenir une juste rémunération. Cette divergence de perspectives économiques ne pourra pas être résolue par un simple compromis. Quel que soit le verdict, il façonnera la relation entre NASCAR et ses équipes pour les décennies à venir.
Le plus grand enjeu du jour 2 a peut-être été la démonstration de l’existence d’une alternative viable. En exposant les tensions autour de la SRX et la volonté de NASCAR d’étouffer la concurrence, les plaignants ont tenté de prouver que le marché pourrait soutenir d’autres formes de compétition si les barrières imposées par NASCAR étaient levées. Cet élément est crucial pour démontrer un préjudice antitrust. Cependant, NASCAR a riposté en montrant que les équipes continuent d’investir massivement dans le système actuel, prouvant ainsi son caractère équitable et attractif.
Le regard de Michael Jordan, présent tout au long de la journée, n’a pas non plus échappé aux observateurs. Lorsque Hamlin a éclaté de rire après avoir paré une question piège de l’avocat de NASCAR, Jordan a souri brièvement avant de reprendre son expression sérieuse. Sa présence silencieuse mais imposante rappelle que ce procès concerne aussi l’attractivité du sport pour les investisseurs extérieurs. Si une légende du niveau de Jordan se sent lésée, quel message cela envoie-t-il aux futurs candidats à l’achat d’une équipe ?
La journée s’est achevée sur un parfait équilibre des forces en présence. Les avocats de 23XI Racing et Front Row Motorsports ont obtenu des révélations embarrassantes pour NASCAR et consolidé leur narrative d’un monopole abusif. Inversement, NASCAR a sérieusement ébranlé la crédibilité financière de Hamlin et démontré que les équipes plaignantes continuaient de jouer le jeu tout en attaquant ses règles. Le témoignage de Scott Prime se poursuivra le jour 3, promettant de nouvelles révélations sur la stratégie interne de NASCAR. Pour l’instant, les observateurs s’accordent à dire qu’aucune des deux parties ne détient d’avantage décisif, et que le sort du procès reste incertain.
La bataille des experts économiques, attendue pour la fin de la semaine, pourrait bien être le tournant décisif. Si les équipes parviennent à quantifier le préjudice antitrust de manière convaincante, les jurés pourraient être séduits par l’argument de la justice. Si, au contraire, NASCAR parvient à démontrer que les charters sont des actifs florissants et que les demandes de dommages sont exorbitantes, la confiance des jurés pourrait basculer. Ce qui est certain, est que le jour 2 aura marqué les esprits par sa tonalité combativa et ses révélations explosives, posant les bases d’un verdict qui pourrait redéfinir à jamais l’économie du sport automobile américain.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.