La bataille antitrust de NASCAR: monopsonie, charter system et l’avenir du sport automobile américain

La bataille juridique qui oppose actuellement NASCAR à deux écuries majeures, 23XI Racing et Front Row Motorsports, représente bien plus qu’un simple différend contractuel. Cette affaire antitrust met en lumière les questions fondamentales de puissance de monopsonie et les tensions structurelles au cœur du système de charter de NASCAR, qui pourrait bien redéfinir l’avenir du sport automobile américain.

Depuis octobre 2024, cette confrontation oppose Michael Jordan, copropriétaire de 23XI Racing aux côtés du pilote Denny Hamlin, et Bob Jenkins, propriétaire de Front Row Motorsports, contre la plus grande organisation de courses de stock-cars aux États-Unis. Au centre du débat : un système de charter introduit en 2016 qui, selon les plaignants, confère à NASCAR un contrôle monopolistique sur l’ensemble de l’écosystème des courses de stock-cars de premier niveau. Le procès, dont le procès est prévu pour décembre 2025, soulève des enjeux qui dépassent largement les deux équipes concernées et pourraient transformer radicalement la structure économique du championnat Cup Series.

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La puissance de monopsonie de NASCAR et le système de charter dans le contexte antitrust

NASCAR et son contrôle du marché des courses de stock-cars

La puissance de monopsonie de NASCAR et le système de charter dans l’affaire antitrust reposent sur un élément clé : la définition du marché pertinent. Les équipes plaignantes soutiennent que NASCAR détient un contrôle total sur le marché des “courses de stock-cars de premier niveau”, un marché qu’elles considèrent comme distinct et fermé. Selon les documents judiciaires, NASCAR possède ou contrôle la majorité des circuits capables d’accueillir des événements de cette envergure, imposant des accords d’exclusivité qui empêchent les circuits indépendants d’organiser des compétitions concurrentes.

Cette domination s’est renforcée en 2019 lorsque NASCAR a acquis douze circuits pour 2 milliards de dollars, portant à plus de la moitié le nombre de courses de la Cup Series organisées sur des installations possédées par NASCAR. L’organisation a également acquis l’ARCA, le seul autre championnat notable de stock-cars aux États-Unis, transformant effectively ce concurrent potentiel en série de développement.

NASCAR, de son côté, rejette vigoureusement cette définition étroite du marché. L’organisation argue que le marché pertinent englobe l’ensemble du sport automobile, voire l’industrie du divertissement sportif dans son ensemble. Selon les avocats de NASCAR, les équipes pourraient participer à l’IndyCar, à la Formule 1 ou à d’autres disciplines si les conditions de la Cup Series ne leur convenaient pas. Cet argument s’est révélé crucial lors des audiences préliminaires, où les juges ont interrogé les deux parties sur les véritables contours du marché.

L’acquisition de circuits et l’imposition de clauses de non-concurrence aux pistes accueillant des courses Cup Series illustrent comment NASCAR charters : Vers une décision cruciale dans l’affaire antitrust pourrait redessiner le paysage du sport automobile américain. Le juge Kenneth Bell a d’ailleurs reconnu lors d’une audience en août 2025 que “NASCAR a créé le sport de toutes pièces depuis 1948” tout en questionnant la légalité de certaines pratiques modernes.

Le système de charter et ses implications économiques

Le système de charter de NASCAR, introduit en 2016, visait initialement à apporter stabilité et valeur aux équipes en garantissant une place dans chaque course et en offrant un partage des revenus prévisible. Les trente-six charters créés représentent essentiellement des franchises que les équipes peuvent acheter, vendre ou louer. NASCAR affirme que ce système a généré plus de 1,5 milliard de dollars en valeur patrimoniale pour les équipes depuis sa création.

Cependant, la puissance de monopsonie de NASCAR et le système de charter dans l’affaire antitrust révèlent une réalité plus complexe. Les équipes plaignantes soutiennent que l’accord de charter 2025-2031, signé par treize des quinze organisations mais rejeté par 23XI et Front Row, ne leur permet pas d’exploiter un modèle économique viable. Bien que NASCAR ait augmenté la part des revenus médiatiques allouée aux équipes à environ 49% (contre 38-40% précédemment), les plaignants affirment que ce pourcentage reste insuffisant compte tenu des contraintes opérationnelles imposées.

L’accord de charter contient plusieurs dispositions controversées. Premièrement, les équipes doivent acheter la plupart des pièces et composants de la voiture Next Gen auprès de fournisseurs uniques désignés par NASCAR, limitant leur capacité à innover ou à réduire les coûts. Deuxièmement, les voitures restent la propriété de NASCAR et ne peuvent être utilisées que dans les événements de la Cup Series. Troisièmement, une clause de renonciation aux réclamations juridiques empêche les équipes signataires de poursuivre NASCAR pour des violations antitrust, une disposition que le juge Whitney avait initialement jugée problématique.

Rick Hendrick, propriétaire de Hendrick Motorsports et détenteur de quinze championnats Cup, a déclaré dans une déposition : “Sans ce cadre en place, je m’interroge sur la viabilité à long terme des équipes.” Roger Penske, dont l’expérience s’étend à la fois à NASCAR et à l’IndyCar, a souligné que le système de charter “a été bénéfique car il a permis de créer une valeur patrimoniale à long terme”, ajoutant que son expérience avec NASCAR l’a inspiré à mettre en place un système similaire dans l’IndyCar.

Les arguments juridiques et la définition du monopsone dans le contexte NASCAR

L’analyse antitrust et les violations présumées

La puissance de monopsonie de NASCAR et le système de charter dans l’affaire antitrust s’articulent autour de deux violations présumées de la loi Sherman : les articles 1 et 2. L’article 1 concerne les ententes restrictives du commerce, tandis que l’article 2 traite de la monopolisation. Pour les équipes plaignantes, ces deux violations sont intimement liées aux pratiques commerciales de NASCAR.

Concernant l’article 1, les tribunaux appliquent généralement deux types d’analyse : la règle “per se” pour les pratiques manifestement anticoncurrentielles comme la fixation des prix, et la “règle de raison” pour les arrangements plus complexes. Dans ce cas, la règle de raison s’applique probablement. Cette approche examine si une restriction commerciale favorise ou supprime la concurrence en analysant l’historique de la restriction, les conditions avant et après son imposition, et son impact global.

Les équipes affirment que les clauses d’exclusivité imposées aux circuits et aux équipes, interdisant la participation à d’autres séries de stock-cars sans l’autorisation de NASCAR, constituent une restriction déraisonnable du commerce. Le charter NASCAR litige anticoncurrentiel d’équité soulève précisément ces questions de justice et d’équité compétitive. NASCAR rétorque que ces restrictions sont nécessaires pour maintenir l’intégrité du produit et sont courantes dans les ligues sportives professionnelles.

Pour prouver une monopolisation en vertu de l’article 2, les plaignants doivent démontrer deux éléments : la possession d’un pouvoir monopolistique sur le marché pertinent et l’acquisition ou le maintien délibéré de ce pouvoir, distinct d’une croissance due à un produit supérieur ou à un sens des affaires. Le premier volet favorise probablement 23XI Racing, étant donné le contrôle de NASCAR sur les circuits, les règles techniques strictes et les clauses de non-concurrence. Le second volet est plus contesté, NASCAR pouvant arguer que sa position dominante résulte d’un “accident historique” et d’un sens aigu des affaires.

Le monopsone : un concept économique au cœur de l’affaire

Bien que moins discuté publiquement que le concept de monopole, le monopsone représente un aspect central de cette affaire. Un monopsone existe lorsqu’un seul acheteur contrôle un marché, lui conférant un pouvoir de fixation des prix et des conditions. Dans le contexte NASCAR, l’organisation agit comme l’unique acheteur des services des équipes de courses de stock-cars de premier niveau.

La puissance de monopsonie de NASCAR se manifeste de plusieurs façons. Premièrement, NASCAR détermine unilatéralement la structure des revenus et les paiements aux équipes. Deuxièmement, en contrôlant l’accès aux circuits et en imposant des fournisseurs uniques pour les pièces, NASCAR dicte les coûts opérationnels des équipes. Troisièmement, les clauses d’exclusivité empêchent les équipes d’exploiter leurs investissements ailleurs, les rendant entièrement dépendantes de NASCAR pour générer des revenus.

Les documents du tribunal révèlent des échanges internes révélateurs chez NASCAR. Le président de NASCAR, Steve O’Donnell, a envoyé un message au commissaire Steve Phelps après une réunion du conseil d’administration caractérisant un projet d’accord de charter comme proche d’une “dictature motorsport redneck du sud de 1996 qui emmerde les équipes”. Ces communications, bien que jamais destinées à être publiques, suggèrent que même les dirigeants de NASCAR reconnaissaient le déséquilibre de pouvoir.

Plus troublant encore, les équipes ont produit des documents internes de NASCAR datés de juin 2024, appelés “Project Gold Codes”, qui envisageaient divers scénarios de contingence, allant du boycott à court terme des équipes à la dissolution complète du système de charter avec NASCAR possédant et construisant toutes les voitures. Le scénario le plus extrême estimait un coût de 505 millions de dollars pour trente voitures ou 607 millions de dollars pour trente-six voitures, NASCAR embauchant directement tous les pilotes et mécaniciens.

Les enjeux procéduraux et l’évolution du litige

Les décisions judiciaires et les injonctions préliminaires

L’histoire procédurale de la puissance de monopsonie de NASCAR et du système de charter dans cette affaire antitrust a connu plusieurs rebondissements dramatiques. En novembre 2024, le juge Frank Whitney a initialement refusé d’accorder une injonction préliminaire aux équipes, estimant qu’elles n’avaient pas démontré un préjudice irréparable immédiat. Les équipes avaient demandé cette injonction pour pouvoir signer les accords de charter tout en poursuivant leur action en justice, une démarche rendue nécessaire par la clause de renonciation aux réclamations juridiques.

Whitney avait néanmoins laissé la porte ouverte, indiquant que les équipes pourraient déposer à nouveau leur demande si les circonstances changeaient. Fin décembre 2024, le juge Kenneth Bell, nouvellement assigné au dossier, a accordé une injonction préliminaire majeure, obligeant NASCAR à autoriser 23XI et Front Row à signer les accords de charter qui leur avaient été proposés en septembre et à approuver les transferts de charters que chaque équipe prévoyait d’acheter à Stewart-Haas Racing.

Pour obtenir cette injonction, Bell a examiné quatre facteurs essentiels. Sur la probabilité de succès au fond, le juge a estimé que la clause de renonciation aux réclamations juridiques dans l’accord de charter serait probablement considérée comme illégale, la qualifiant d”inscrutable” plutôt que claire. Cependant, Bell a souligné qu’il n’exprimait aucune opinion sur la probabilité de succès des autres réclamations antitrust des équipes.

Concernant le préjudice irréparable, le juge a considéré que les notifications de pilotes concernant d’éventuelles ruptures de contrat et les préoccupations des sponsors suffisaient à démontrer ce préjudice. Tyler Reddick, champion de la saison régulière 2024 pour 23XI, serait devenu agent libre le 19 décembre 2024 car l’équipe était tenue de lui fournir une voiture sous charter. Le simple fait que Reddick puisse négocier et potentiellement partir constituait un préjudice qui ne pourrait être compensé par des dommages financiers.

Cette décision a toutefois été annulée en juin 2025 par la Cour d’appel du quatrième circuit. Le panel de trois juges a unanimement conclu que la théorie selon laquelle obliger les parties à renoncer à des réclamations antitrust violerait les lois antitrust n’était soutenue par aucune jurisprudence. Sans la satisfaction de l’élément de probabilité de succès, les plaignants n’avaient pas droit à une injonction préliminaire. Cette décision a laissé 23XI et Front Row dans une situation précaire, les forçant à concourir en tant qu’équipements “ouverts” pour le reste de la saison 2025.

Les découvertes et la préparation au procès

Depuis le renversement de l’injonction, la procédure de découverte est devenue un champ de bataille majeur. Les équipes plaignantes ont émis des assignations à comparaître auprès de plusieurs ligues sportives majeures, notamment la NFL, la NBA, la NHL et la Formule 1, cherchant à obtenir des informations financières sur la manière dont ces ligues partagent les revenus avec leurs franchises. L’objectif est d’établir une comparaison démontrant que NASCAR opère de manière anticoncurrentielle par rapport à d’autres sports majeurs.

La NFL, dans son opposition à l’assignation, a souligné l’ironie de la situation : elle devrait remettre des données financières sensibles à une organisation concurrente dans l’industrie du sport et à l’avocat Jeffrey Kessler, qui la représente souvent contre la ligue dans les litiges des joueurs. Néanmoins, les équipes ont réussi à conclure des accords avec la Major League Baseball et Liberty Media, propriétaire de la Formule 1, suggérant que certaines de ces informations seront disponibles lors du procès.

NASCAR a également mené sa propre bataille de découverte, cherchant à obtenir des informations financières détaillées des douze autres équipes Cup qui ont signé les accords de charter. Le juge Bell a finalement tranché en faveur d’un compromis : les équipes doivent fournir des informations financières de base, moyennées par voiture et anonymisées, couvrant leurs opérations Cup depuis 2014. Ces données comprendront les revenus totaux, les coûts totaux et les profits/pertes nets, mais les équipes n’auront pas à divulguer les salaires spécifiques des pilotes, les montants des contrats de parrainage ou les détails des alliances entre équipes.

En mars 2025, NASCAR a déposé une contre-plainte alléguant que 23XI, Front Row et le copropriétaire de 23XI Curtis Polk avaient illégalement conspiré avec d’autres équipes pour obtenir de meilleures conditions dans l’accord de charter 2025-2031. NASCAR a cité l’organisation par Polk d’un boycott d’une réunion obligatoire du conseil des propriétaires d’équipes en 2024 et la tentative d’organiser un boycott d’un événement qualificatif du Daytona 500 (qui n’a jamais eu lieu).

Cependant, en octobre 2025, le juge Bell a rejeté cette contre-plainte, accordant la requête en jugement sommaire des équipes. Bell a conclu que puisque NASCAR avait effectivement négocié individuellement avec les équipes et que ces négociations individuelles avaient produit des résultats concrets, y compris des modifications de l’accord final, les équipes n’avaient pas participé à une restriction déraisonnable du commerce en essayant de s’aligner dans leur position de négociation.

Les implications pour l’avenir de NASCAR et du sport automobile

Les positions des propriétaires d’équipes et les divisions au sein du garage

La puissance de monopsonie de NASCAR et le système de charter dans l’affaire antitrust ont créé une fracture visible au sein du garage de la Cup Series. Alors que 23XI Racing et Front Row Motorsports poursuivent agressivement leur action en justice, les treize autres organisations sous charter ont publiquement soutenu NASCAR et le système actuel.

Richard Childress, figure légendaire de NASCAR et propriétaire de Richard Childress Racing, a déclaré dans une déposition : “Je n’avais pas le choix. Nous devions signer. J’ai plus de 400 employés, des contrats avec les constructeurs, des contrats avec des sponsors. Je dois prendre soin de mon équipe.” Sa déclaration a également souligné que sans les charters, le modèle de propriété d’équipe est insoutenable, plaidant pour une solution qui préserverait les charters permanents pour tous les détenteurs.

Joe Gibbs, dont l’organisation détient cinq championnats Cup Series et trois Super Bowl, a été particulièrement véhément : “J’ai clairement indiqué aux deux parties dans ce procès que je ne veux pas être témoin et je pense qu’il est important que cela soit résolu avant que des dommages réels ne soient causés au sport.” Gibbs a ajouté : “La chose la plus importante pour moi est que ce procès soit résolu à l’amiable, rapidement et d’une manière qui préserve le système de charter et la viabilité à long terme de notre sport incroyable.”

Roger Penske, dont le palmarès s’étend à travers plusieurs disciplines du sport automobile, a noté : “J’ai signé les charters 2025 parce que je sentais que NASCAR n’allait pas aller plus loin sur leur document et qu’il était temps pour notre équipe d’aller de l’avant.” Il a ajouté présenter sa déclaration dans l’espoir que les parties au litige puissent régler le litige dès que possible.

Ces déclarations révèlent une tension fondamentale : bien que les propriétaires reconnaissent que le système de charter pourrait être amélioré, la plupart considèrent qu’un procès prolongé menace la stabilité de l’ensemble du sport. Dan Towriss, PDG de TWG Motorsports et copropriétaire de Spire Motorsports, a articulé cette préoccupation lors d’une interview en novembre 2024 : “L’ennemi n’est pas à l’intérieur des quatre murs. Nous devons tous apprendre à travailler ensemble pour faire avancer le sport car il y a beaucoup de concurrence pour attirer l’attention, beaucoup de concurrence d’autres sports.”

Les scénarios possibles et leurs conséquences

L’issue de la puissance de monopsonie de NASCAR et du système de charter dans cette affaire antitrust pourrait fondamentalement transformer le sport. Si les équipes prévalent au procès prévu pour décembre 2025, le juge Bell a le pouvoir d’imposer des remèdes antitrust substantiels.

L’avocat des équipes, Jeffrey Kessler, a identifié plusieurs remèdes potentiels lors d’une audience en juin 2025. Premièrement, NASCAR pourrait être contraint de se dessaisir des circuits qu’il possède, ce qui ouvrirait la porte à des événements de courses de stock-cars concurrents. Deuxièmement, NASCAR pourrait être empêché d’interdire aux circuits Cup d’accueillir des courses similaires de stock-cars. Troisièmement, NASCAR pourrait être contraint de permettre aux équipes d’utiliser les voitures Next Gen dans des événements non-NASCAR. Quatrièmement, les équipes pourraient obtenir la garantie de pouvoir concourir en tant qu’équipes sous charter sur une période potentiellement plus longue que les quatorze ans maximum de l’accord actuel. Enfin, tout dommage financier pourrait être triplé conformément aux lois antitrust.

Ces remèdes auraient des conséquences profondes. La vente forcée des circuits pourrait fragmenter le calendrier NASCAR et créer une instabilité pour les fans, les diffuseurs et les sponsors. L’élimination des clauses de non-concurrence pourrait permettre l’émergence d’une série rivale de stock-cars de premier niveau, divisant potentiellement les meilleurs pilotes et équipes entre plusieurs championnats. La possibilité pour les équipes d’utiliser les voitures Next Gen ailleurs pourrait diluer l’exclusivité de la marque NASCAR.

À l’inverse, si NASCAR prévaut, les conséquences pour 23XI et Front Row pourraient être dévastatrices. Bob Jenkins, propriétaire de Front Row, a déclaré dans des documents judiciaires : “En raison de notre amour pour le sport et de notre détermination à maintenir l’équipe de course que nous avons construite, nous sommes déterminés à courir l’année prochaine même si nous devons le faire sur une base ouverte, mais à un certain moment, les pertes peuvent devenir si graves que nous ne pouvons tout simplement pas continuer.”

Courir en tant qu’équipe ouverte signifie ne pas avoir de place garantie dans chaque course et recevoir moins d’un tiers de l’argent par course par rapport à une équipe sous charter. Bien que seulement deux des vingt-et une courses de 2025 aient vu plus de quatre voitures ouvertes s’inscrire, le risque de manquer des événements majeurs comme le Daytona 500 - qui représente environ 15% de la bourse totale de la saison - pèse lourdement sur les équipes. Les pilotes et sponsors pourraient partir, et les équipes pourraient finalement être forcées de fermer ou de vendre leurs actifs.

NASCAR, pour sa part, continue d’avertir que le procès met en péril le système de charter lui-même. Le commissaire Steve Phelps, lors de la conférence de presse annuelle “État du sport” de NASCAR en octobre 2025, a déclaré : “Le système de charter est un élément essentiel du sport, quelque chose que nous avons créé avec et pour les équipes. Nous continuerons à le défendre et à le préserver. Qu’il n’y ait aucun doute, le procès met cela en danger.”

L’héritage de Michael Jordan et la lutte pour l’équité

Un champion sur et en dehors de la piste

Michael Jordan, figure iconique du basketball et copropriétaire de 23XI Racing, a apporté sa compétitivité légendaire à NASCAR, et maintenant au tribunal. Lors d’une audience en août 2024, Jordan a déclaré : “J’ai été un fan du jeu pendant longtemps. Quand nous avons commencé tout ce processus, j’ai toujours dit que je voulais me battre pour l’amélioration du sport… Le sport lui-même doit continuellement changer pour le mieux, pour les fans ainsi que pour les équipes, ainsi que pour NASCAR aussi, s’ils le comprennent. J’ai l’impression que nous avons fait une bonne déclaration aujourd’hui à ce sujet. J’ai hâte de descendre avec le feu. Si je dois mener ce combat jusqu’au bout pour l’amélioration du sport, je le ferai.”

Quelques jours avant que son pilote Tyler Reddick ne concourt pour le championnat Cup 2024, Jordan a réitéré son engagement : “J’ai été dans des situations de disparité - l’équipe de course va se concentrer sur ce qu’elle doit faire ce week-end, ce que j’attends d’elle. Je pense que Jeffrey [Kessler] a fait un travail incroyable aujourd’hui. J’ai mis toutes mes cartes sur la table. Je pense que nous avons fait du bon travail là-dessus. Mais j’ai hâte de remporter un championnat ce week-end.”

Cette détermination de Jordan résonne bien au-delà de son équipe. Lors d’une déclaration en octobre 2024, il a expliqué : “Je l’ai fait pour les petites équipes aussi. Ce n’est pas seulement moi. Je pense que tout le monde devrait avoir la possibilité de réussir dans n’importe quelle entreprise. Ma voix dit que cela ne s’est pas produit… Espérons que nous [des deux côtés] pourrons retrouver nos esprits et trouver quelque chose qui peut avoir du sens pour tout le monde.”

Denny Hamlin, copropriétaire de 23XI et pilote actif de la Cup Series pour Joe Gibbs Racing, n’a pas caché ses sentiments. Dans un message texte révélé lors des audiences, Hamlin a écrit : “Je suis partant pour le combat contre NASCAR. Mon mépris pour la famille France est profond.” Un autre message de Jordan à son partenaire commercial Curtis Polk, en considérant le combat des charters, disait : “Je pense que les gens comprennent notre combat. De bonnes choses viendront de cela. Les équipes vont regretter de nous avoir soutenus. Trouillards !”

Ces déclarations, bien que parfois crues, illustrent la profondeur de la frustration ressentie par certains propriétaires d’équipements. Elles suggèrent également que cette bataille juridique n’est pas simplement une question d’argent, mais une question de principe sur la manière dont le sport devrait être géré et qui devrait avoir son mot à dire dans cette gestion.

Les perspectives des pilotes et l’impact sur le terrain

Les pilotes, bien qu’ils ne soient pas parties au procès, ont également exprimé des préoccupations sur le modèle économique actuel. Kyle Larson, champion 2021 et pilote de Hendrick Motorsports, a observé : “Nous sommes probablement l’un des seuls sports, sinon le seul sport, où le salaire des athlètes a baissé au cours des dernières décennies. Alors que, clairement, les salaires de la plupart des athlètes augmentent - pas seulement les athlètes, mais les entraîneurs, les membres du personnel, tout le monde. Évidemment, nous aimerions voir cela tendre vers le haut au lieu du contraire, ce qui a été le cas, mais je pense qu’avec cela, les équipes doivent probablement gagner beaucoup plus d’argent pour qu’il soit viable de payer les gens qui travaillent pour les organisations.”

Joey Logano, pilote de Team Penske et champion multi-titré, a adopté une approche plus pragmatique : “Est-ce que ça m’affecte ? Je suis sûr que d’une manière ou d’une autre, un jour, ça le fera probablement. Mais pour le moment, je ne peux rien faire dans un sens ou dans l’autre. Donc je laisse juste faire et je vois comment les cartes tombent et je vois ce qui se passe.”

Michael McDowell, qui pilotait pour Front Row avant de partir pour Spire Motorsports en 2025, a défendu son ancien propriétaire : “Bob Jenkins est si dévoué à ce sport… Il a dépensé des millions et des millions et des millions et des millions et des millions de ses propres dollars pour être dans ce sport et être compétitif. Personne ne fait ça à moins d’être fou ou super passionné. Bob est très passionné.”

En septembre 2025, le Conseil consultatif des pilotes (DAC), formé en 2022 pour représenter les intérêts des pilotes sur tout, de la sécurité aux moyens de promouvoir le sport, a demandé à déposer un mémoire dans l’affaire. Le DAC, dirigé par l’ancien pilote Cup Jeff Burton, a exprimé sa préoccupation que tout accord potentiel concernant la structure des charters ou les revenus dans le sport nuira aux droits et intérêts des pilotes et menacera leur sécurité globale.

Le DAC a demandé que toute résolution dans le cas (1) protège les intérêts à long terme des pilotes existants et futurs dans le sport; (2) fournisse une position permanente et significative pour que les pilotes aient collectivement une voix indépendante sur les questions importantes dans le sport; et (3) pour que toutes les parties agissent dans le meilleur intérêt des fans pour offrir la meilleure expérience possible.


Alors que NASCAR se dirige vers son procès de décembre 2025, la puissance de monopsonie de NASCAR et le système de charter dans cette affaire antitrust continuent de susciter débats passionnés et incertitudes. Les courses continuent sur les circuits, avec 23XI Racing et Front Row Motorsports concourant en tant qu’équipes ouvertes, mais l’ombre de cette bataille juridique plane sur chaque événement. Les déclarations publiques des propriétaires d’équipes, des pilotes et des dirigeants de NASCAR révèlent un sport à la croisée des chemins, où les modèles commerciaux traditionnels sont remis en question et où l’avenir même de la structure organisationnelle est en jeu.

Quelle que soit l’issue, cette affaire marquera un moment charnière dans l’histoire de NASCAR. Si les plaignants l’emportent, le sport pourrait connaître une transformation radicale, avec potentiellement une concurrence accrue, une redistribution des revenus et une dilution du contrôle de NASCAR. Si NASCAR prévaut, le système de charter actuel sera validé, mais les questions sous-jacentes sur l’équité économique et le pouvoir de négociation des équipes persisteront. Les fans, sponsors, diffuseurs et tous ceux qui dépendent de NASCAR pour leur subsistance attendent avec anxiété une résolution qui, espérons-le, servira les intérêts de toutes les parties tout en préservant l’intégrité et la compétitivité qui ont fait de NASCAR l’une des formes de sport automobile les plus populaires d’Amérique.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.