Le monde du sport automobile américain connaît actuellement un bouleversement sans précédent. Au cœur de cette tempête juridique se trouve un procès antitrust NASCAR monopsonie section 2 qui oppose deux équipes de renom – 23XI Racing, copropriété de la légende du basketball Michael Jordan et du pilote Denny Hamlin, ainsi que Front Row Motorsports – contre le géant NASCAR et son PDG Jim France. Cette bataille juridique souleve des questions fondamentales sur la structure économique du sport automobile et pourrait redéfinir les relations entre les organisations sportives et les équipes qui participent à leurs compétitions. Les enjeux dépassent largement le cadre du NASCAR, car cette affaire pourrait établir un précédent pour d’autres ligues et organisations sportives qui opèrent dans des structures similaires.
L’affrontement trouve son origine dans le système de charters mis en place par NASCAR en 2016, un mécanisme qui garantit aux équipes participantes une place de départ dans chaque course de la Cup Series ainsi qu’une part des revenus. Les plaignants refusent de signer l’accord de 2025 car il contient une clause de renonciation qui les obligerait à abandonner toute réclamation légale, présente ou future, contre NASCAR. Cette position de principe a déclenché une cascade d’événements juridiques qui culmine aujourd’hui avec un procès devant jury prévu pour décembre 2025.

Les fondements juridiques du procès antitrust NASCAR monopsonie section 2
La plainte déposée en octobre 2024 devant le tribunal fédéral de Caroline du Nord repose sur deux piliers essentiels du Sherman Antitrust Act. D’une part, la Section 1 prohibe les pratiques anticoncurrentielles résultant d’accords entre entreprises concurrentes. D’autre part, et c’est là que réside le cœur de cette affaire, la Section 2 interdit les monopoles et monopsones illégaux.
La notion de monopsone mérite une attention particulière. Contrairement au monopole où une entité contrôle excessivement la vente d’un bien ou service, le monopsone décrit une situation où l’acheteur dispose d’un pouvoir de marché démesuré sur l’achat de biens ou services. Dans le contexte du procès antitrust NASCAR monopsonie section 2, les plaignants affirment que NASCAR est devenu l’unique acheteur des services des équipes de course automobile de premier plan aux États-Unis.
Cette accusation n’est pas sans fondement juridique. Le juge Kenneth D. Bell a récemment accordé un jugement sommaire partiel en faveur de 23XI Racing et Front Row Motorsports, établissant que la Cup Series de NASCAR constitue effectivement le seul acheteur pour les équipes de course automobile de premier niveau et que, parce que NASCAR “détient effectivement 100% de parts de marché”, l’organisation possède un pouvoir de monopsone.
Cette décision préliminaire représente une victoire stratégique majeure pour les plaignants. Elle signifie qu’au procès, menée par l’avocat Jeffrey Kessler, l’équipe juridique ne devra plus établir le marché pertinent ni prouver le pouvoir de monopsone de NASCAR, ces éléments étant désormais considérés comme établis. Le focus peut donc se concentrer sur la démonstration que NASCAR a abusé de ce pouvoir pour supprimer les opportunités de rémunération des équipes et de leurs pilotes.
Le système de charters au cœur des accusations de monopsonie
Le système de charters introduit en 2016 se trouve au centre de cette bataille juridique. En surface, ce mécanisme ressemble aux franchises des grandes ligues sportives américaines comme la NFL ou la NBA. Il offre stabilité et prévisibilité aux équipes qui en bénéficient : une place garantie dans chaque course, une part des revenus médiatiques et une valorisation croissante des charters eux-mêmes.
Cependant, selon les plaignants, ce système cache une réalité plus sombre. Les accords de charters contiendraient des clauses de non-concurrence qui empêchent effectivement les équipes de participer à d’autres séries de course. Plus problématique encore, l’accord de 2025 exige une renonciation mutuelle à toute réclamation légale potentielle, une clause que 23XI Racing et Front Row Motorsports qualifient de coercitive.
Les équipes plaignantes soutiennent que NASCAR utilise son pouvoir de monopsone pour imposer des conditions onéreuses. En contrôlant l’accès au plus haut niveau de la course automobile sur circuit ovale aux États-Unis, NASCAR peut dicter ses termes sans crainte d’une véritable concurrence. Cette dynamique crée, selon eux, un déséquilibre fondamental dans les négociations.
NASCAR a renforcé sa position dominante par des acquisitions stratégiques. En 2019, l’organisation a acheté International Speedway Corporation pour 2 milliards de dollars, lui donnant le contrôle de 13 des circuits les plus prestigieux du pays, incluant le Daytona International Speedway et le Talladega Superspeedway. Cette intégration verticale aurait, selon la plainte, “substantiellement fermé la porte à tout nouveau concurrent potentiel” en verrouillant l’infrastructure essentielle au sport.
Les stratégies de défense de NASCAR face aux accusations de monopsonie section 2
NASCAR n’entend pas se laisser intimider par ces accusations et prépare une défense robuste. L’organisation conteste frontalement la caractérisation de ses pratiques commerciales comme anticoncurrentielles, arguant qu’elle a construit le sport “à partir de rien depuis 1948” grâce au “travail acharné, à la prise de risques et à de nombreux investissements significatifs”.
Un argument central de la défense repose sur la théorie de l’entité unique. NASCAR soutient qu’à la différence de la NFL ou de la NBA – qui sont des ligues composées de franchises indépendantes qui se coordonnent – NASCAR est fondamentalement une entreprise unique détenue par la famille France. Si cette théorie est acceptée, elle pourrait neutraliser les accusations basées sur la Section 1 du Sherman Act, qui nécessite une coordination entre entités concurrentes.
Sur le plan économique, NASCAR met en avant les bénéfices concrets générés par son système. L’organisation souligne que les contrats de diffusion ont représenté 23,1 milliards de dollars depuis 2001, démontrant la popularité extraordinaire du produit créé. Les charters, loin de nuire à la concurrence, auraient en réalité créé un système qui attire les investissements, augmente la valeur des équipes et génère des opportunités lucratives pour tous les participants.
NASCAR conteste également la définition du marché pertinent établie par les plaignants. L’organisation argue qu’elle ne concurrence pas seulement d’autres formes de course automobile comme la Formule 1 ou l’IndyCar, mais également toutes les autres formes de divertissement sportif qui rivalisent pour capter l’attention et les dollars des fans. Dans cette perspective plus large, le pouvoir de marché de NASCAR serait considérablement dilué.
Enfin, NASCAR invoque des précédents juridiques favorables. Dans l’affaire Kentucky Speedway v. NASCAR (2009), la Cour d’appel du Sixième Circuit a rejeté une plainte antitrust décrivant NASCAR comme empêchant illégalement le plaignant d’accueillir la Sprint Cup. Le tribunal avait alors noté que NASCAR, en tant qu’organisation sportive, pouvait choisir ses hôtes pour maximiser ses objectifs commerciaux.
Les implications économiques et juridiques du jugement sur le marché pertinent
La décision du juge Bell d’accorder un jugement sommaire sur la question du marché pertinent et du pouvoir de monopsone constitue un tournant décisif dans ce procès antitrust NASCAR monopsonie section 2. Cette ruling s’appuie notamment sur le témoignage de l’expert des plaignants, le Dr Daniel Rascher, qui affirme que la course automobile sur circuit ovale de premier niveau représente une forme distincte de sport automobile.
Selon cette analyse, les autres disciplines comme la Formule 1 ou l’IndyCar ne constituent pas des substituts dans le même marché. La course sur circuit ovale possède ses propres caractéristiques techniques, sa base de fans spécifique et son écosystème économique distinct. Un pilote ou une équipe spécialisée dans le NASCAR ne peut pas simplement se réorienter vers la Formule 1 sans investissements massifs et une refonte complète de leur structure.
Le juge Bell a souligné une ironie particulière dans cette affaire : NASCAR a elle-même décrit le marché pertinent de manière similaire aux plaignants dans sa contre-plainte. En accusant 23XI Racing, Front Row Motorsports et Curtis Polk de former un “cartel illégal” en forçant NASCAR à négocier collectivement plutôt qu’individuellement avec les équipes, NASCAR avait défini le marché comme “le marché d’entrée des voitures dans les courses de la NASCAR Cup Series aux États-Unis et tout autre endroit où une course de la Cup Series est organisée”. Bell a écrit sans ambages que NASCAR “doit maintenant vivre avec les conséquences” de sa propre définition du marché.
Cette décision préliminaire ne garantit pas la victoire finale des plaignants, mais elle modifie fondamentalement la dynamique du procès. Les équipes peuvent désormais concentrer leurs ressources et leurs arguments sur la démonstration que NASCAR a utilisé son pouvoir de monopsone de manière anticoncurrentielle, notamment à travers des clauses d’exclusivité imposées aux propriétaires de circuits comme condition pour accueillir des événements de la Cup Series.
NASCAR n’a pas manqué de critiquer cette décision, la qualifiant de “juridiquement erronée” et promettant de “l’aborder au procès et devant la Cour d’appel du Quatrième Circuit si nécessaire”. Cette posture combative suggère que quelle que soit l’issue du procès, l’affaire pourrait continuer en appel pendant plusieurs années.
Le parcours procédural tumultueux et ses rebondissements
Le cheminement juridique de cette affaire a connu des rebondissements spectaculars qui illustrent la complexité du droit antitrust appliqué au sport. En décembre 2024, le juge Bell avait initialement accordé une injonction préliminaire en faveur de 23XI Racing et Front Row Motorsports, leur permettant de maintenir leur statut de charter malgré leur refus de signer la clause de renonciation.
Cette première décision reposait sur le constat que conditionner la participation au système de charters – structure économique centrale de la Cup Series – à l’abandon de toute réclamation antitrust actuelle ou future constituait potentiellement une conduite d’exclusion relevant de la Section 2 du Sherman Act. Le juge avait estimé que forcer les équipes à renoncer à leurs droits légaux en échange de leur viabilité économique soulevait de sérieuses préoccupations concernant des pratiques monopolistiques coercitives.
Cependant, en juin 2025, la Cour d’appel du Quatrième Circuit a spectaculairement renversé cette injonction préliminaire. Dans une décision unanime, les juges d’appel ont conclu que le tribunal de district avait abusé de son pouvoir discrétionnaire en accordant un redressement basé sur une théorie juridique non soutenue par les précédents. La cour a souligné que les injonctions préliminaires constituent des remèdes extraordinaires, et que des théories juridiques spéculatives ou novatrices, sans ancrage solide dans la doctrine antitrust existante, ne peuvent justifier l’émission d’un tel redressement équitable.
Cette décision d’appel a eu des conséquences pratiques immédiates et sévères pour les deux équipes plaignantes. Sans l’injonction préliminaire, elles ont été reléguées au statut d‘“équipe ouverte” dans la NASCAR Cup Series. Ce statut signifie qu’elles ne bénéficient plus d’une place garantie dans les courses et doivent se qualifier sur la base de leurs performances chaque semaine. Cette situation diminue considérablement leur potentiel de revenus, leur certitude marketing et leur capacité de planification à long terme.
Néanmoins, les deux organisations ont démontré leur résilience en continuant à concourir dans les courses de la Cup Series grâce à de solides résultats en qualification et à une excellence opérationnelle. Cette persévérance témoigne non seulement de leur compétitivité sportive, mais aussi de leur détermination à poursuivre leur combat juridique jusqu’au bout.
Le revirement du Quatrième Circuit a été particulièrement sévère dans sa critique du raisonnement du juge Bell, suggérant qu’il avait endossé des points de vue juridiques non soutenus par la jurisprudence. Cette critique laisse planer une ombre sur les futures décisions du juge Bell dans cette affaire et augmente la probabilité que, quelle que soit l’issue du procès, la partie perdante interjette appel avec des chances raisonnables de succès.
Les précédents et comparaisons avec d’autres litiges antitrust sportifs
Le procès antitrust NASCAR monopsonie section 2 s’inscrit dans une tendance plus large de contestation juridique des structures monopolistiques ou monopsonistiques dans le sport professionnel. Les accusations de monopsonie ne sont pas nouvelles dans le contentieux antitrust sportif, et l’examen d’affaires similaires offre un éclairage précieux sur les enjeux de ce cas.
Dans le domaine des sports de combat, l’UFC a fait face à des accusations de détenir un contrôle excessif sur l’achat des services des combattants MMA d’élite. Les plaignants dans ces affaires ont soutenu que l’UFC utilisait des contrats exclusifs et des clauses restrictives pour supprimer la concurrence et maintenir artificiellement bas les salaires des athlètes. Bien que certaines de ces affaires aient abouti à des règlements, elles ont révélé les difficultés inhérentes à la démonstration de dommages économiques dans les marchés sportifs.
Le PGA Tour a également été accusé de posséder un pouvoir de monopsone sur l’achat des services des golfeurs professionnels d’élite, particulièrement dans le contexte de son conflit avec LIV Golf. Cette bataille a soulevé des questions similaires sur la capacité d’une organisation sportive dominante à utiliser des clauses d’exclusivité et des menaces de sanctions pour empêcher les athlètes de participer à des circuits concurrents.
La Cour suprême des États-Unis a reconnu que la NCAA détient un pouvoir de monopsone sur l’achat des services des athlètes universitaires, établissant un précédent important pour la reconnaissance juridique de ce concept dans le contexte sportif. Cette décision a ouvert la voie à des contestations plus nombreuses des structures qui limitent les opportunités économiques des participants.
Dans chacun de ces cas, les organisations défenderesses ont invoqué des arguments similaires à ceux de NASCAR : leurs structures organisationnelles et leurs règles sont nécessaires pour maintenir l’équilibre compétitif, préserver l’attrait du produit pour les fans et générer les revenus qui profitent ultimement à tous les participants. Ces arguments trouvent parfois un écho favorable auprès des tribunaux, qui reconnaissent que certaines restrictions peuvent être pro-concurrentielles dans le contexte du sport.
Cependant, le procès NASCAR présente des caractéristiques distinctives. La propriété par NASCAR de 13 des circuits les plus importants crée un niveau d’intégration verticale rarement observé dans d’autres sports. De plus, la clause de renonciation aux réclamations antitrust comme condition de participation soulève des questions juridiques spécifiques sur la capacité d’une organisation dominante à se protéger contractuellement contre toute contestation future de son pouvoir de marché.
L’impact potentiel sur l’écosystème du sport automobile et au-delà
Les répercussions d’un jugement favorable aux plaignants dans ce procès antitrust NASCAR monopsonie section 2 s’étendraient bien au-delà des circuits ovales américains. Une victoire de 23XI Racing et Front Row Motorsports pourrait forcer des changements matériels dans la structure économique de NASCAR et établir des précédents applicables à d’autres organisations sportives et de divertissement.
Si les tribunaux concluent que NASCAR a illégalement utilisé son pouvoir de monopsone, l’organisation pourrait être contrainte de modifier substantiellement son système de charters. Les clauses de non-concurrence qui empêchent actuellement les équipes de participer à d’autres séries pourraient être jugées illégales. Cela ouvrirait potentiellement la porte à de nouvelles séries concurrentes et augmenterait les options disponibles pour les équipes et les pilotes.
Les implications financières seraient également considérables. En vertu de la Section 4 du Clayton Act, les plaignants qui obtiennent gain de cause dans une action antitrust peuvent réclamer des dommages-intérêts triples. Compte tenu des sommes en jeu dans le sport automobile professionnel, nous parlons potentiellement de centaines de millions de dollars. De plus, un jugement défavorable pourrait dévaloriser les charters existants, dont certains se sont récemment vendus pour plus de 40 millions de dollars.
Au-delà du NASCAR, cette affaire pourrait influencer d’autres ligues et organisations qui fonctionnent selon des modèles similaires. L’esport, les ligues de divertissement et d’autres écosystèmes commerciaux hybrides observent attentivement ce procès. Beaucoup opèrent des systèmes de franchise ou d’adhésion où les droits d’entrée portent une valeur économique substantielle, similaire aux charters de NASCAR.
Un jugement contre NASCAR pourrait limiter la capacité de telles organisations à imposer des conditions contractuelles restrictives, comme les renonciations aux réclamations antitrust, en tant que conditions de participation. Cela pourrait inviter des contestations d’accords “à prendre ou à laisser”, de règles de participation exclusive et de contrôle verticalement intégré des droits médiatiques et des commandites.
L’industrie automobile elle-même observe avec intérêt, car NASCAR représente une vitrine marketing importante pour les constructeurs et les équipementiers. Une restructuration majeure du sport pourrait modifier les calculs d’investissement de ces acteurs et potentiellement ouvrir de nouvelles opportunités de sponsoring dans des séries concurrentes.
À l’inverse, une victoire défensive de NASCAR solidifierait l’autonomie de l’organisation dans la conception de mécanismes de gouvernance pour le sport automobile professionnel, isolant potentiellement d’autres organisations de type ligue contre des contestations similaires. Cela confirmerait le principe que les innovateurs de premier plan dans une industrie ne sont pas nécessairement pénalisés pour leur succès, même s’ils finissent par dominer le marché qu’ils ont contribué à créer.
Le procès antitrust NASCAR monopsonie section 2 représente bien plus qu’un différend contractuel entre une organisation sportive et deux équipes mécontentes. Il incarne une question fondamentale sur l’équilibre entre l’efficacité économique et le pouvoir de marché dans les industries à structure concentrée. Le jugement sommaire partiel accordé par le juge Bell en faveur des plaignants sur la question du monopsone constitue une victoire préliminaire significative, mais le chemin vers une résolution finale reste long et incertain.
Le procès devant jury prévu pour décembre 2025 déterminera si NASCAR a abusé de son pouvoir de monopsone reconnu pour supprimer la concurrence et nuire aux équipes. Quelle que soit l’issue, un appel devant le Quatrième Circuit paraît quasi certain, et l’affaire pourrait ultérieurement atteindre la Cour suprême. Dans l’intervalle, 23XI Racing et Front Row Motorsports continuent de démontrer leur compétitivité sur la piste tout en menant leur bataille dans les tribunaux, incarnant un défi sans précédent à la structure établie du sport automobile américain. L’industrie du sport professionnel observe attentivement, car les principes juridiques établis ici résonneront bien au-delà des circuits NASCAR.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.