Réforme de la répartition des revenus en MotoGP : Les constructeurs réclament un modèle inspiré de la F1

Le MotoGP traverse actuellement une période de débats intenses autour de sa répartition des revenus. Avec la montée des enjeux économiques, les constructeurs ne veulent plus rester passifs face à un système qu’ils jugent déséquilibré et opaque. Lors d’une réunion cruciale au Grand Prix de République tchèque, un groupe de fabricants a décidé d’unir ses forces pour réclamer une réforme profonde de la répartition des revenus dans le championnat. Inspirés par le modèle de la Formule 1, ils visent à instaurer un système plus transparent, équitable et contrôlé par les équipes elles-mêmes.

Ce mouvement, qui marque un tournant stratégique pour le MotoGP, soulève des questions majeures sur l’avenir de la gestion des droits, de la propriété des places en grille, et du pouvoir de négociation. En explorant cette dynamique, il devient évident que l’industrie de la moto est en pleine mutation, cherchant à s’adapter aux nouvelles réalités économiques tout en préservant l’intensité compétitive qui fait sa force.

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Les fabricants de MotoGP s’unissent pour une réforme de la répartition des revenus

Les cinq principaux constructeurs du MotoGP, conscients de leur poids croissant dans l’écosystème du championnat, ont décidé d’agir collectivement. Lors de leur rencontre au Grand Prix de République tchèque, ils ont signé un document d’engagement, marquant leur volonté d’obtenir un nouveau cadre pour la répartition des profits.

Ce regroupement de poids lourds a confié à Lin Jarvis — ancien directeur de Yamaha et figure respectée du paddock — le rôle de porte-parole. Leur objectif est clair : obtenir une répartition des revenus plus équitable, qui leur permette de mieux contrôler leur destin et d’augmenter leur rentabilité.

Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie plus large, influencée par les défis financiers et les enjeux de propriété. La récente vente de Dorna à Liberty Media, propriétaire de la Formule 1, pour plus de 4 milliards d’euros, a en effet renforcé leur conviction qu’un changement est nécessaire. La possibilité d’instaurer un modèle de partage des revenus à l’image de celui de la F1 devient alors une priorité pour ces acteurs.

Le modèle de la F1 : une inspiration pour la réforme de la répartition des revenus en MotoGP

Un système de répartition basé sur le classement final

Les fabricants veulent mettre en place un système où la part des revenus dépend directement du classement en fin de saison, comme c’est le cas en F1. Ce principe, connu sous le nom de « répartition par performance », permettrait aux meilleures équipes de recevoir une plus grande part du gâteau.

Par exemple, finir 4ème au classement général pourrait rapporter plus de 10 millions d’euros, contre moins pour une 5ème place. Cette logique de redistribution inciterait davantage à la performance et renforcerait la compétitivité globale du championnat.

Les promoteurs et les organisateurs, tels que Dorna, sont prudents mais commencent à comprendre les bénéfices d’un tel système, notamment pour stimuler l’intérêt sportif et préserver l’attrait du MotoGP à long terme.

Une plus grande transparence et équité

Ce modèle favoriserait aussi la transparence dans la répartition des revenus. En instaurant un barème clair basé sur le classement, chaque équipe saurait précisément combien elle pourra espérer toucher à la fin de la saison.

Pour les petits teams ou les teams satellites, cela pourrait signifier une meilleure visibilité et une réduction des inégalités actuelles, où certains aspects restent flous et favorisent les grandes marques ou les teams alignés avec les constructeurs.

Des voix s’élèvent déjà pour défendre cette approche, arguant qu’elle pourrait également stimuler l’amélioration des performances, en rendant la compétition plus équilibrée. La répartition par le classement en F1, avec ses différences spectaculaires, sert aujourd’hui de modèle à ces discussions.

Les enjeux actuels de la répartition des revenus en MotoGP

Une répartition floue et des inégalités entre les équipes

Aujourd’hui, la répartition des profits en MotoGP est un sujet à la fois opaque et inégalitaire. Bien que Dorna ait déjà mis en place une formule partielle, la majorité des revenus proviennent de droits télévisés et de sponsoring, qui ne sont pas redistribués équitablement.

Les équipes satellites reçoivent notamment une somme fixe de 2,5 millions d’euros pour la location de leur moto – un montant fixe qui n’incite pas forcément à la performance. La propriété des places en grille, quant à elle, appartient en partie à Dorna, ce qui soulève des questions sur la transparence de cette gestion.

Ce contexte pousse les constructeurs à réclamer un contrôle plus direct sur la gestion de leur participation. La vente récente de Dorna, évaluée à environ 20 millions d’euros par équipe indépendante, a également accentué leur volonté de prendre leur destin en main, plutôt que de dépendre d’un organisme qui semble aux mains de fonds d’investissement.

La vente de Dorna et la montée des enjeux financiers

La récente acquisition de Dorna par Liberty Media — déjà propriétaire de la F1 — a profondément modifié l’équilibre du marché. Cette transaction valorise la plateforme à plusieurs milliards, ce qui ouvre de nouvelles opportunités pour les acteurs financiers, mais créée aussi une incertitude quant à la transparence des revenus et leur redistribution.

Les équipes souhaitent désormais que leurs droits et leur propriété soient mieux protégés dans ce nouvel environnement. La possibilité d’obtenir une propriété légale des places en grille ou au moins des garanties pour leur indépendance dans la gestion de leur participation est cruciale pour garantir leur pérennité.

Les implications de la réforme pour l’avenir du MotoGP

Vers une plus grande transparence et une meilleure gestion

Ce mouvement vers une réforme s’inscrit dans une volonté de moderniser le MotoGP, en lui apportant davantage de transparence. En instaurant un système où chaque équipe connaît ses gains en fonction de ses performances, la discipline pourrait également attirer de nouveaux investisseurs et de nouveaux partenaires.

Une gestion plus claire des droits permettrait aux équipes de renforcer leur indépendance, d’investir davantage dans leur développement technique et humain, et d’assurer une compétitivité accrue. La réduction des inégalités pourrait aussi conduire à une compétition plus équilibrée, propice à de belles batailles en piste.

Vers une adaptation aux nouveaux enjeux économiques

Face aux enjeux de la mondialisation et de la digitalisation, il devient essentiel pour le MotoGP de s’inspirer du modèle F1 pour rester pertinent. La stratégie d’aligner la répartition des revenus sur la performance pourrait jouer un rôle majeur dans cette mutation.

Les discussions en cours avec Dorna, d’un côté, et avec les différents acteurs financiers de l’autre, montreront si cette révolution est réellement envisageable. La maturité de ce processus pourrait transformer durablement la face du championnat, en lui donnant un avenir plus stable et plus profitable pour tous.

Ce changement, s’il voit le jour, promet de faire bouger le paysage du MotoGP. Les constructeurs, en exigeant plus de maîtrise et d’équité dans la répartition des revenus, veulent sauvegarder leur avenir tout en maintenant la flamme de la compétition vive. Reste à voir si le sport sera capable de concilier tradition et innovation pour continuer à faire vibrer ses fans dans un environnement en constante évolution.

Photo de profil de Jeremy Bastonde, auteur sur PitStopInsight

Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.