Mohammed Ben Sulayem : quelle direction après un mandat controversé à la FIA ?

F1

Le bilan mitigé d’un premier mandat sous tension

Des résultats financiers spectaculaires mais une gouvernance fragilisée

La réussite économique de Mohammed Ben Sulayem est indéniable. Sous sa direction, la FIA a réalisé un tour de force financier, transformant une situation déficitaire alarmante en un excédent robuste. Cette performance repose sur une politique de rationalisation des coûts et une optimisation des revenus provenant des droits de diffusion et des partenariats commerciaux. Le dirigeant avait promis lors de son élection une modernisation de l’institution, davantage de transparence et des audits externes sur la gouvernance, promesses qu’il affirme avoir tenues.

Pourtant, cette apparente santé financière masque des fractures profondes. L’homme fort de la FIA s’est mis à dos les pilotes de Formule 1 et de rallye en imposant des amendes sévères pour propos grossiers en direct à la télévision, mesure qu’il a dû finalement assouplir face au tollé général. Dans une interview à l’AFP, il reste inflexible : « Veut-on vraiment que notre sport soit sale ? Les pilotes sont talentueux et intelligents s’ils peuvent contrôler une voiture à 300 km/h, ils peuvent contrôler leurs mots… ».

Les trois polémiques qui ont éclaboussé la présidence

La tentative d’influence sur les Grands Prix En 2023, le président a été accusé d’avoir tenté d’influer sur les résultats des Grands Prix de Las Vegas et d’Arabie saoudite. Bien que le comité d’éthique de la FIA l’ait blanchi, ces accusations ont laissé des traces dans le milieu, alimentant les soupçons d’une gestion parfois opaque.

La crise des amendes et le bras de fer avec les pilotes La décision d’infliger des amendes salées pour jurons à la télévision a déclenché une révolte des pilotes, menée notamment par les figures majeures de la F1. Face à la pression, Ben Sulayem a dû battre en retraite en réduisant de moitié le montant des sanctions, reconnaissant implicitement un excès de zèle.

La démission fracassante de Robert Reid L’élection de Robert Reid comme vice-président en 2021 semblait prometteuse pour une gouvernance collaborative. Mais le 10 avril 2025, le Britannique a claqué la porte, publiquement. Sur son compte X, il a dénoncé « un système qui ne correspond plus » aux principes de transparence et de leadership collaboratif. Cette démission a sonné comme un camouflet pour Ben Sulayem, confirmant les rumeurs de tensions internes.

L’élection de 2025 : un processus contesté et des questions de légitimité

Un scrutin verrouillé qui suscite les critiques

Le processus électoral de décembre 2025 a été dénoncé par plusieurs acteurs du sport auto comme verrouillé en faveur du président sortant. Trois candidats potentiels – dont la Suissesse Laura Villars et l’Américain Tim Mayer – ont vu leur candidature invalidée faute de pouvoir présenter une liste de vice-présidents issus des différents continents.

Le problème central réside dans une règle électorale exigeant des candidats de présenter une liste complète de vice-présidents. Or, une seule personnalité d’Amérique du Sud est éligible et elle a accepté de figurer sur la liste de Ben Sulayem, rendant toute opposition impossible. Laura Villars a assigné la FIA en justice, obtenant un procès qui se tiendra à partir du 16 février 2026 pour examiner la validité du processus.

La défense intransigeante du président

Face à ces accusations, Mohammed Ben Sulayem adopte une posture de fermeté, voire de défi. Il justifie le processus par le respect des règles démocratiques et l’importance de la légitimité régionale. « Pourquoi les candidats en question ne sont pas allés en Amérique latine, pour défendre leur programme ? Il faut aller à la rencontre des gens, gagner leur confiance », a-t-il lancé, déclenchant un nouvel arc de tensions.

Cette attitude, combinée à sa déclaration selon laquelle il ne changerait « rien » à sa méthode, inquiète ceux qui espéraient un assouplissement de son style de management. « J’ai été attaqué jour et nuit, mais est-ce que ça m’importe ? J’ignore tout et me concentre sur ce que j’ai promis de faire », affirme-t-il, affichant une détermination qui divise autant qu’elle impressionne.

L’avenir de Mohammed Ben Sulayem après son mandat controversé à la FIA : quelles perspectives ?

Les défis immédiats des quatre prochaines années

  1. La remise en cause judiciaire de son élection : Le procès prévu en février 2026 pourrait remettre en cause la validité de son mandat, créant une incertitude institutionnelle préjudiciable au sport auto.
  2. La restauration de la confiance interne : Après la démission de Robert Reid et d’autres cadres, il devra convaincre de sa capacité à diriger de manière collaborative.
  3. L’apaisement des relations avec les pilotes : Les féderations de pilotes demandent une révision des sanctions et une plus grande écoute de leurs préoccupations.
  4. La gestion de la transition écologique : La FIA doit accompagner la Formule 1 et les autres disciplines dans leur transformation environnementale, un sujet sensible qui nécessite un large consensus.

Vers un changement de posture ou un statu quo assumé ?

L’avenir de Mohammed Ben Sulayem après son mandat controversé à la FIA dépendra largement de sa capacité à adapter son style de leadership. Deux scénarios émergent.

Le scénario du statu quo Ben Sulayem pourrait persister dans sa ligne actuelle, valorisant les résultats financiers et sa vision stratégique contre les critiques. Son entourage souligne qu’il a tenu ses promesses de modernisation et que les contestations sont le lot de tout dirigeant qui réforme. Cette posture risque toutefois d’approfondir les divisions et d’isoler la FIA à un moment où le sport auto doit faire face à des bouleversements majeurs (montée en puissance de l’électrique, compétition avec d’autres sports mécaniques, enjeux de sécurité).

Le scénario de l’ouverture Le second mandat pourrait être l’occasion d’une inflexion stratégique. Certains observateurs, comme des anciens commissaires sportifs, suggèrent que Ben Sulayem a besoin de constituer une équipe plus inclusive et de mettre en place des mécanismes de consultation renforcés. La nomination de nouveaux vice-présidents représentant les différentes régions et disciplines pourrait constituer un premier geste. Le président lui-même évoque « trouver les bonnes personnes » comme un défi majeur, laissant entrevoir une possible évolution.

L’impact sur les championnats et les équipes

La nouvelle présidence Ben Sulayem affecte directement l’écosystème de la Formule 1, du WRC et du WEC. Les équipiers et les promoteurs scrutent chaque décision. La relation avec Liberty Media, détenteur des droits commerciaux de la F1, reste délicate. De même, les constructeurs automobiles, qui participent financièrement au développement des technologies, demandent une gouvernance stable et prévisible.

La gestion des calendriers, des réglementations techniques et des controverses sportives (comme les incidents de courses ou les décisions arbitrales) nécessitera une autorité légitime et acceptée. Si le doute persiste sur la validité de son élection, chaque décision importante pourrait être contestée, créant un risque d’instabilité juridique et sportive.

Conclusion

L’avenir de Mohammed Ben Sulayem après son mandat controversé à la FIA s’écrit entre détermination et contestation. Réélu sans adversaire dans un processus contesté, il affiche une confiance inébranlable, estimant que les résultats financiers légitiment sa méthode. Sa déclaration « rien » ne changerait dans son approche résonne comme un défi à ses détracteurs, mais aussi comme un avertissement pour ceux qui espéraient une FIA plus consensuelle.

Les quatre prochaines années seront décisives. Elles verront soit l’affirmation d’un leadership fort mais isolé, maintenant la FIA sur des rails financiers sains mais relationnels tendus, soit l’émergence d’une gouvernance adaptée aux nouveaux enjeux du sport automobile. Le procès de février 2026, les réactions des pilotes aux futures décisions, et la capacité de Ben Sulayem à entourer d’une équipe fidèle mais aussi critique, dessineront le véritable héritage de cette présidence. Pour les amateurs de F1 et de sport auto, l’enjeu dépasse la personne : il s’agit de la crédibilité et de la capacité d’adaptation de leur institution phare à l’heure de la transition écologique et numérique.

Questions fréquemment posées

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.