McLaren ne privilégie pas Norris ni Piastri : une philosophie d'équipe assumée

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McLaren ne privilégie pas Norris ni Piastri : une philosophie d’équipe assumée

Andrea Stella, le directeur de l’écurie McLaren, a été catégorique dans ses déclarations lors du week-end d’Austin. L’Italien a réaffirmé la position de son équipe avec une clarté qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté. “Nous revoyons constamment notre approche, mais nous sommes loin d’être en mesure de dire que nous allons donner la priorité à un pilote plutôt qu’à un autre, surtout tant que les chances sont réalistes pour les deux pilotes”, a-t-il expliqué.

Cette position s’ancre dans une vision long terme du sport automobile. Pour McLaren, sacrifier l’un de ses pilotes reviendrait à trahir les valeurs fondamentales qui définissent l’identité de l’écurie. Stella a insisté sur le fait que l’égalité entre Norris et Piastri constituait un principe non négociable, quand bien même cela pourrait favoriser un concurrent direct comme Verstappen.

La philosophie de l’équipe repose sur une conviction profonde : un championnat gagné en favorisant artificiellement un pilote n’aurait pas la même valeur qu’un titre conquis dans un esprit de compétition pure. “C’est la façon dont nous abordons la course, nous voulons rester justes et nous voulons appliquer l’égalité aux deux pilotes. C’est donc la situation actuelle”, a précisé le directeur italien.

L’approche de McLaren contraste fortement avec les stratégies employées par d’autres écuries dans des situations similaires. Mercedes avec Hamilton et Rosberg, Ferrari avec Vettel et Leclerc, ou encore Red Bull avec Webber et Vettel ont tous, à un moment ou un autre, privilégié un pilote au détriment de l’autre. McLaren refuse catégoriquement d’emprunter cette voie, même si cela signifie prendre le risque de perdre le championnat.

Cette décision trouve également sa justification dans la dynamique interne de l’équipe. Stella a souligné que “la chose la plus importante est que nous nous assurions que le futur champion du monde sera dans une voiture papaye”. L’objectif reste donc d’avoir un pilote McLaren couronné, peu importe lequel des deux. Cette approche maintient la motivation des deux pilotes et préserve l’harmonie au sein de l’écurie, un atout non négligeable pour les dernières courses de la saison.

La position de Zak Brown face au risque d’un scénario catastrophe 2007

Zak Brown, le PDG de McLaren Racing, a apporté un éclairage encore plus personnel sur cette stratégie lors d’une interview dans le podcast “Beyond The Grid” de la F1. L’Américain a été interrogé sur ce qu’il dirait à Verstappen si le Néerlandais venait à remporter le titre en profitant de la bataille interne chez McLaren. Sa réponse reflète une intégrité sportive rare dans le monde impitoyable de la Formule 1.

“Je lui serrerais la main et je dirais ‘Beau travail’. Je veux m’assurer que si nous ne gagnons pas, ce soit parce que lui nous a battus et pas que l’on se soit battus nous-mêmes. C’est important”, a déclaré Brown avec franchise. Cette déclaration résume parfaitement la philosophie de McLaren : perdre honorablement plutôt que de gagner en compromettant ses valeurs.

Le dirigeant américain a explicitement fait référence à la saison 2007, un traumatisme encore présent dans la mémoire collective de McLaren. Cette année-là, Lewis Hamilton et Fernando Alonso, tous deux pilotes de l’écurie britannique, s’étaient livrés une guerre fratricide qui avait permis à Kimi Räikkönen de s’emparer du titre avec Ferrari lors de la dernière manche. Les deux pilotes McLaren avaient terminé à égalité de points, dépassés d’une seule unité par le Finlandais.

“Nous savons très bien ce qui s’est passé en 2007. Deux pilotes à égalité de point, un autre qui passe devant. Mais vous savez, nous avons deux pilotes qui veulent remporter le championnat du monde. Nous jouons l’attaque, nous ne jouons pas la défense”, a affirmé Brown, assumant pleinement le risque d’une répétition de l’histoire.

Le PDG a poussé son raisonnement encore plus loin en évoquant l’alternative qu’il refuse catégoriquement : favoriser arbitrairement l’un des deux pilotes. “Je préfère me dire ‘on a fait du mieux possible avec nos pilotes à égalité et l’autre nous a battus d’un point’, que l’alternative qui serait de dire aujourd’hui à l’un de nos pilotes, quand ils ne sont séparés que d’un point, ‘je sais que tu rêves de gagner le championnat du monde mais on a jeté une pièce en l’air et ça ne sera pas toi cette année’”, a-t-il expliqué.

Brown a conclu en réitérant que McLaren ne changerait pas de cap : “Si jamais 2007 se reproduit, c’est une issue que je préférerais à n’importe laquelle des autres issues consistant à favoriser l’un de nos pilotes. On ne le fera pas. Nous sommes des compétiteurs, nous voulons faire la course.”

L’impact des incidents récents sur la dynamique McLaren et la course au titre 2025

Les dernières courses ont mis à l’épreuve la détermination de McLaren à maintenir l’égalité entre ses pilotes. Le week-end d’Austin a été particulièrement révélateur, avec un double abandon lors de la course sprint causé par un incident au premier virage impliquant les deux McLaren. Cet événement malheureux a permis à Verstappen de reprendre huit points précieux sur Norris et Piastri, resserrant considérablement la course au titre.

Les tensions entre les deux pilotes McLaren ont également été exacerbées par plusieurs incidents survenus au cours de la saison. Le contact entre Norris et Piastri lors du Grand Prix de Singapour a notamment alimenté les spéculations sur un éventuel favoritisme envers le pilote britannique. Piastri a toutefois rapidement calmé le jeu en affirmant publiquement qu’il n’y avait “pas de favoritisme” au sein de l’équipe.

Ces incidents ont soulevé des questions légitimes sur la viabilité de la stratégie d’égalité de McLaren. Certains observateurs, dont des figures respectées du paddock comme Ralf Schumacher, ont suggéré que l’écurie pourrait être en train de se tirer une balle dans le pied en refusant de désigner un pilote numéro un. Les critiques pointent du doigt le risque que les deux pilotes se neutralisent mutuellement, ouvrant ainsi la voie à Verstappen.

La performance de Verstappen lors des dernières courses a démontré que le Néerlandais n’avait pas dit son dernier mot. Avec deux victoires lors des trois dernières manches, le pilote Red Bull a prouvé qu’il restait capable de saisir la moindre opportunité. Son retour dans la course au titre, alors qu’il comptait 104 points de retard sur Piastri après le GP des Pays-Bas, constitue l’un des comebacks les plus impressionnants de l’histoire récente de la F1.

McLaren se trouve donc face à un dilemme complexe. L’écurie doit gérer deux pilotes affamés de victoire, chacun convaincu de mériter le titre, tout en tentant de contenir les assauts d’un Verstappen revitalisé. La politique d’égalité entre Norris et Piastri, bien que noble, pourrait se révéler contre-productive si elle conduit à des points perdus dans des batailles internes.

Les quatre derniers Grands Prix, dont deux au format sprint, offriront encore 116 points à distribuer. Mathematiquement, les trois pilotes restent en course pour le titre, même si Verstappen devra compter sur un concours de circonstances favorable. Pour McLaren, l’absence de mises à jour majeures lors des dernières courses pourrait également jouer un rôle déterminant dans l’issue du championnat.

Les enjeux psychologiques et sportifs de la fin de saison pour McLaren

La pression psychologique qui pèse sur Norris et Piastri est immense. Pour le Britannique, ce titre représenterait la consécration d’années d’efforts et la récompense de sa fidélité à McLaren dans les moments difficiles. Norris, pilote de l’équipe depuis 2019, a connu les heures sombres de l’écurie avant de participer activement à sa renaissance. Un titre de champion du monde marquerait l’aboutissement de ce parcours et effacerait les critiques récurrentes sur sa capacité à gérer la pression dans les moments décisifs.

Pour Piastri, l’enjeu est différent mais tout aussi considérable. L’Australien, arrivé chez McLaren en 2023 après une saga juridique avec Alpine, a rapidement démontré qu’il avait le calibre d’un champion. Remporter le titre dès sa deuxième saison complète en F1 ferait de lui l’un des prodiges les plus remarquables de l’histoire de la discipline. Ce serait également la validation ultime de son choix controversé de rejoindre McLaren plutôt qu’Alpine.

Les relations entre les deux pilotes, bien que globalement respectueuses, ont montré des signes de tension ces dernières semaines. Les incidents en piste, même lorsqu’ils sont jugés comme des accidents de course, laissent inévitablement des traces. L’analyse post-incident de Singapour, où Norris a été jugé responsable du contact, a nécessité une gestion minutieuse de la part de l’équipe pour éviter que la situation ne s’envenime.

Andrea Stella a reconnu que cette gestion constituait l’un des plus grands défis de sa carrière de directeur d’équipe. Maintenir deux pilotes motivés et concentrés, tout en évitant qu’ils ne se sabotent mutuellement, requiert un équilibre délicat entre fermeté et diplomatie. Selon Motorsport.com, Stella a indiqué que l’équipe “revoit constamment son approche”, suggérant une surveillance étroite de l’évolution de la situation.

L’aspect psychologique ne se limite pas aux pilotes. L’ensemble de l’équipe McLaren, des ingénieurs aux mécaniciens, ressent la pression de cette fin de saison. Après des années de disette, l’écurie de Woking se trouve enfin en position de conquérir un titre pilotes qui lui échappe depuis 2008 et Lewis Hamilton. La tentation de sécuriser ce trophée en favorisant un pilote doit être forte au sein de certains membres de l’organisation.

Pourtant, la direction de l’équipe reste inflexible. Stella a martelé que “si Max est champion à la fin de l’année, pour nous l’important est que nous puissions dire que nous avons fait de notre mieux et que nous l’avons fait selon la façon dont nous faisons la course”. Cette vision à long terme privilégie l’intégrité sportive et la construction d’une culture d’équipe saine plutôt que le succès immédiat obtenu par des moyens contestables.

Les précédents historiques et les leçons du passé

L’histoire de la Formule 1 regorge d’exemples où les équipes ont dû choisir entre l’égalité entre pilotes et la maximisation des chances de titre. Le cas de McLaren en 2007 reste l’exemple le plus marquant d’une équipe qui a refusé de trancher entre ses deux pilotes, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît. Hamilton et Alonso, tous deux à 109 points, avaient vu Räikkönen les devancer avec 110 points lors de la dernière manche au Brésil.

Ce traumatisme a profondément marqué McLaren, mais étonnamment, l’écurie semble prête à prendre le même risque en 2025. Brown et Stella ont tous deux fait référence à 2007, non pas comme un avertissement à éviter, mais comme un scénario qu’ils sont prêts à accepter plutôt que de compromettre leurs principes. Cette position est d’autant plus remarquable qu’elle va à contre-courant de la tendance dominante en F1 moderne.

D’autres équipes ont fait des choix différents dans des situations similaires. Mercedes, en 2016, a maintenu l’égalité entre Hamilton et Rosberg jusqu’au bout, mais au prix de tensions extrêmes qui ont conduit au retrait surprise de Rosberg après son titre. Ferrari, régulièrement critiquée pour ses ordres d’équipe, a souvent privilégié un pilote au détriment de l’autre, parfois avec succès, parfois sans.

Red Bull a également navigué dans ces eaux troubles, notamment lors de la rivalité Webber-Vettel au début des années 2010. L’écurie autrichienne a fini par clairement favoriser Vettel, une décision qui a porté ses fruits avec quatre titres consécutifs mais qui a laissé des cicatrices profondes dans la relation avec Webber.

La situation actuelle de McLaren présente néanmoins des spécificités qui la distinguent de ces précédents. Norris et Piastri, malgré leur rivalité sportive, semblent entretenir une relation plus saine que celle qu’avaient Hamilton et Alonso en 2007. L’Australien a d’;;;

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.