La polémique autour de la gestion interne de McLaren a pris une nouvelle dimension avec les déclarations fracassantes de Jos Verstappen, père du triple champion du monde Max Verstappen. L’ancien pilote néerlandais n’a pas mâché ses mots en affirmant qu’Oscar Piastri devrait « taper du poing sur la table » face à ce qu’il perçoit comme un traitement inégalitaire au sein de l’écurie de Woking. Ces propos surviennent dans un contexte explosif : l’Australien vient de perdre la tête du championnat après l’avoir occupée pendant quinze courses consécutives, tandis que son coéquipier Lando Norris le devance désormais d’un seul point à quatre manches de la fin de saison.
Pour Piastri, qui semblait filer vers un premier titre mondial en carrière après son été dominateur, cette critique externe s’ajoute à une pression déjà immense. Mais loin de se laisser déstabiliser, le pilote McLaren et son équipe ont riposté avec fermeté, défendant une philosophie d’équité qui, selon eux, constitue la force – et non la faiblesse – de leur approche dans cette bataille acharnée pour le championnat 2025.

Oscar Piastri se défend chez McLaren après les accusations de favoritisme
Les accusations de Jos Verstappen ne sont pas tombées du ciel. Lors d’une interview accordée à plusieurs médias néerlandais début novembre, le père de Max a estimé que McLaren accordait un traitement préférentiel à Lando Norris au détriment d’Oscar Piastri. « Je trouve ce qui se passe chez McLaren assez étrange », a déclaré Verstappen senior. « Si j’étais à la place de Piastri, je taperais du poing sur la table. Il ne peut pas simplement accepter cette situation. »
Ces déclarations font référence à plusieurs épisodes controversés de la saison, notamment l’ordre d’équipe du Grand Prix d’Italie à Monza, où Piastri a dû céder sa position à Norris alors qu’il occupait la deuxième place. L’équipe avait justifié cette décision par le fait que Norris bénéficiait d’un meilleur rythme et que la priorité était de maximiser les points dans la lutte contre Verstappen. Mais pour beaucoup d’observateurs, cet épisode a marqué un tournant dans la perception du traitement équitable des deux pilotes McLaren.
La réponse de Piastri n’a pas tardé. Interrogé sur ces critiques lors de la conférence de presse précédant le Grand Prix du Brésil, l’Australien a défendu la stratégie de son équipe avec conviction. « Je pense que McLaren a adopté l’approche la plus juste possible dans cette situation », a-t-il affirmé. « Nous sommes deux pilotes qui voulons gagner le championnat, et l’équipe nous donne à tous les deux une chance équitable de le faire. C’est exactement ce que je veux. »
Piastri a également souligné que la bataille interne avec Norris, bien que intense, restait saine et respectueuse. « Lando et moi avons une excellente relation. Nous nous poussons mutuellement à être meilleurs, et c’est ce qui fait la force de McLaren cette année. Si nous commencions à jouer à des jeux politiques ou à favoriser artificiellement l’un de nous deux, ça détruirait cette dynamique. »
L’Australien a même profité de l’occasion pour rappeler que certaines décisions stratégiques qui ont pu sembler le désavantager étaient en réalité justifiées par les circonstances de course. « À Monza, oui, j’ai laissé passer Lando, mais c’était la bonne décision pour l’équipe à ce moment-là. Il avait un meilleur rythme, et nous devions maximiser nos points face à Ferrari et Red Bull. Je ne suis pas naïf, je comprends la stratégie. »
McLaren assume sa philosophie d’égalité malgré les risques
Du côté de la direction de McLaren, la réponse aux critiques de Jos Verstappen a été tout aussi ferme. Le PDG Zak Brown et le directeur d’équipe Andrea Stella ont tous deux réaffirmé leur engagement envers une approche équitable, quitte à mettre en péril leurs chances de remporter le titre pilote.
Dans une interview accordée au podcast Beyond the Grid de la Formule 1, Zak Brown a été particulièrement clair sur la position de l’équipe. « Je préférerais perdre face à Max Verstappen plutôt que de favoriser artificiellement l’un de nos pilotes », a déclaré le dirigeant américain. « Nous sommes bien conscients de ce qui s’est passé en 2007, quand nos deux pilotes ont terminé à égalité de points et que Kimi Raikkonen nous a battus d’un point. Mais je préfère vivre avec ce scénario plutôt que de dire à l’un de nos pilotes : ‘Désolé, on a tiré à pile ou face et tu ne peux pas réaliser ton rêve cette année.’ »
Cette référence à la saison 2007 n’est pas anodine. Cette année-là, McLaren disposait de deux pilotes capables de remporter le titre : Fernando Alonso, double champion du monde en titre, et Lewis Hamilton, recrue phénoménale. Leur rivalité interne est devenue toxique, permettant à Kimi Raikkonen de s’emparer du championnat lors de la dernière manche. L’expérience a laissé des cicatrices profondes chez McLaren, mais Brown estime que la leçon à en tirer n’est pas de favoriser un pilote, mais plutôt de mieux gérer les relations internes.
Andrea Stella, le directeur d’équipe, a adopté un ton encore plus philosophique dans sa défense de l’approche McLaren. « Quand vous occupez mon poste, c’est comme avoir deux fils et que quelqu’un vous demande lequel vous préférez », a-t-il expliqué. « Comment pouvez-vous choisir ? Ils font tous les deux partie de cette aventure en Formule 1 avec nous. Je trouve certains commentaires très superficiels, comme si les gens ne comprenaient pas vraiment ce que signifie avoir deux pilotes engagés ensemble dans ce voyage. »
Stella a également insisté sur le fait que maintenir l’égalité entre Norris et Piastri était essentiel pour préserver l’harmonie au sein de l’équipe. « Si Max devient champion cette année, l’important pour nous sera de pouvoir dire que nous avons fait de notre mieux selon nos principes de course. Et si Max gagne cette année, nous dirons que nous gagnerons l’année prochaine, et nous serons unis comme nous le sommes aujourd’hui. »
L’approche de McLaren rappelle d’ailleurs celle qu’elle a adoptée lors d’autres situations délicates cette saison, notamment lorsque l’équipe a encouragé l’audace de ses pilotes même dans des contextes stratégiquement complexes.
Les enjeux d’un duel fratricide à quatre courses de la fin
Au-delà des déclarations et des principes affichés, la réalité sur la piste reste implacable : McLaren doit gérer un équilibre délicat entre deux pilotes séparés par un seul point au championnat, tout en contenant le retour en force de Max Verstappen qui n’accuse désormais que quarante points de retard sur le leader.
Les statistiques de la saison révèlent l’ampleur du défi. Piastri a dominé le championnat pendant quinze Grands Prix consécutifs, affichant une constance remarquable avec huit podiums dont deux victoires. Norris, de son côté, a remporté quatre courses cette saison mais a aussi connu des hauts et des bas plus marqués. La dynamique récente penche toutefois en faveur du Britannique, qui a profité d’une erreur coûteuse de Piastri au Mexique pour reprendre la tête.
Max Verstappen, quant à lui, a remporté trois des quatre dernières courses, démontrant que Red Bull a retrouvé une compétitivité inquiétante pour McLaren. Le Néerlandais, champion en titre, possède l’expérience de la gestion de pression dans les phases finales de championnat – un atout psychologique non négligeable face à deux pilotes qui n’ont jamais connu une telle intensité.
Pour McLaren, le risque est réel de voir ses deux pilotes se neutraliser mutuellement, offrant sur un plateau d’argent un quatrième titre consécutif à Verstappen. C’est précisément le scénario que Jos Verstappen a voulu suggérer avec ses critiques, cherchant peut-être à instiller le doute dans l’esprit de Piastri et à créer des tensions au sein de l’écurie papaye.
Mais l’équipe britannique semble déterminée à tenir son cap. Les contrats de Norris et Piastri ne comportent aucune clause de priorité, et Brown a clairement indiqué que favoriser l’un des deux pourrait conduire au départ de l’autre – exactement ce qui s’est produit avec Alonso en 2007. La mémoire institutionnelle de McLaren joue donc en faveur d’une approche équilibrée, même si celle-ci comporte des risques.
La pression monte avant le sprint final de la saison
Avec quatre courses restantes – Brésil, Las Vegas, Qatar et Abu Dhabi – chaque point va compter. Le format sprint au Qatar ajoutera une dimension supplémentaire, offrant des points supplémentaires en jeu et potentiellement plus d’occasions de drames stratégiques.
Pour Piastri, la pression est à la fois externe et interne. Externe, parce que les critiques comme celles de Jos Verstappen cherchent à le déstabiliser en suggérant qu’il est traité injustement par son équipe. Interne, parce qu’il doit gérer la frustration de perdre un avantage confortable qu’il avait construit pendant des mois. L’Australien de 24 ans n’a jamais connu une telle pression dans sa carrière, mais il a démontré tout au long de 2025 une maturité impressionnante.
« Je ne vais pas changer mon approche à cause de ce que disent les gens », a déclaré Piastri. « Je sais ce que je dois faire, je sais que mon équipe me soutient, et je sais que j’ai la voiture pour gagner ce championnat. C’est tout ce qui compte. » Cette détermination affichée contraste avec les suggestions de Verstappen senior selon lesquelles le jeune pilote devrait adopter une posture plus agressive vis-à-vis de son équipe.
La relation complexe entre Piastri et McLaren a d’ores et déjà connu des turbulences par le passé, notamment lors de son passage mouvementé d’Alpine à l’écurie britannique, mais le pilote a toujours su naviguer ces situations avec diplomatie.
Lando Norris, pour sa part, aborde cette phase finale avec une confiance renouvelée. Le Britannique, qui court pour McLaren depuis 2019, a attendu longtemps pour avoir une voiture capable de se battre pour le titre. Cette opportunité, il ne compte pas la laisser passer, mais il sait aussi que la cohésion d’équipe sera essentielle. « Oscar et moi savons ce qui est en jeu », a déclaré Norris. « Nous allons tout donner, mais toujours dans le respect des intérêts de l’équipe. »
L’impact des déclarations de Jos Verstappen sur la dynamique du championnat
Les sorties médiatiques de Jos Verstappen ne sont jamais anodines dans le paddock de Formule 1. L’ancien pilote, connu pour son franc-parler et sa défense inconditionnelle de son fils, a déjà par le passé créé la controverse avec ses déclarations, notamment concernant Christian Horner chez Red Bull.
Dans le cas présent, ses commentaires sur la situation de Piastri chez McLaren peuvent être interprétés de plusieurs manières. D’un côté, ils reflètent peut-être une observation sincère d’une dynamique d’équipe qui pourrait désavantager le jeune Australien. De l’autre, ils constituent une forme de guerre psychologique visant à déstabiliser l’adversaire direct de Max dans la course au titre.
Bernie Ecclestone, ancien patron de la Formule 1, a d’ailleurs récemment alimenté la polémique en affirmant que McLaren favorisait Norris, citant notamment l’allocation des ressources et l’attention médiatique. Ces voix extérieures, qu’elles soient fondées ou non, créent un narratif qui peut influencer la perception publique et potentiellement affecter le moral d’un pilote.
Cependant, Piastri a démontré une remarquable intelligence émotionnelle cette saison, selon plusieurs observateurs. Sa capacité à rester concentré malgré les controverses, à accepter certaines décisions stratégiques difficiles sans s’effondrer publiquement, et à maintenir une relation professionnelle avec Norris même dans l’intensité de la bataille pour le titre, témoigne d’une maturité rare pour un pilote de son âge.
La réaction de McLaren aux critiques de Verstappen – ferme mais mesurée – suggère que l’équipe a anticipé ce type d’attaques et s’est préparée à y répondre sans tomber dans le piège de la surréaction. En réaffirmant publiquement leur engagement envers l’égalité de traitement, Brown et Stella envoient un message clair : McLaren ne changera pas de philosophie sous la pression externe, quelle qu’en soit la source.
Les quatre prochaines courses diront si cette stratégie paie ou si McLaren reviendra dans les livres d’histoire comme l’équipe qui a laissé filer un doublé au championnat en refusant de faire un choix entre ses pilotes. Mais une chose est certaine : Oscar Piastri a clairement indiqué qu’il ne se laisserait pas distraire par les bruits extérieurs et qu’il continuera à se battre selon ses propres termes, avec le soutien de son équipe. Face aux provocations de Jos Verstappen, l’Australien a choisi la voie de la maturité et de la concentration sur l’essentiel : gagner sur la piste plutôt que dans les médias. Cette approche, combinée au soutien affiché de McLaren, pourrait bien être l’arme secrète qui lui permettra de décrocher le titre mondial qui semblait lui tendre les bras avant cette dernière ligne droite haletante de la saison 2025.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.