McLaren craint le dénouement du championnat F1 à Abu Dhabi 2025 : les enjeux qui inquiètent l’écurie britannique
L’approche de la finale du championnat du monde de Formule 1 à Abu Dhabi en 2025 laisse McLaren dans une position paradoxale. Si Lando Norris aborde ce dernier Grand Prix avec une confortable avance de 12 points sur Max Verstappen, l’écurie de Woking nourrit de sérieuses inquiétudes quant à la manière dont le titre pourrait lui échapper. Les défis sont multiples, de la dégradation imprévisible des pneus aux stratégies de course potentiellement explosives.
Mike Krack, directeur d’Aston Martin, décrit la situation avec pragmatisme : « En Formule 1, une course est longue et tout peut arriver. Même avec une avance confortable, vous ne pouvez jamais être certain de quoi que ce soit jusqu’au drapeau à damier. » Cette sagesse résume parfaitement la nervosité qui règne chez McLaren à quelques heures de la course décisive.

McLaren craint le dénouement du championnat F1 à Abu Dhabi 2025 : les craintes sur la dégradation des pneus
Le cauchemar du grainage des pneus avant
Le problème majeur qui inquiète McLaren réside dans le comportement des pneus Pirelli sur la piste de Yas Marina. La surface très peu adhérente du circuit a provoqué un retour surprise du grainage des pneus avant, phénomène que Lando Norris avait qualifié plus tôt dans la saison en Chine de son “pire cauchemar”.
Andrea Stella, le directeur de l’équipe McLaren, a confirmé ces craintes après les essais libres : « Nous avons vu en pratique que le niveau de dégradation et de grainage était au-dessus de nos attentes. » Le grainage, qui provoque la déchirure de la surface de la bande de roulement, engendre une sous-virage prononcé et accélère la dégradation des gommes de manière exponentielle.
Pour se protéger contre ce risque, McLaren a adopté une stratégie particulière sur le choix des pneus. Alors que la plupart des écuries ont conservé des jeux de médiums pour la course, McLaren a fait le pari audacieux de garder deux jeux de pneus durs neufs pour chacun de ses pilotes. Cette décision, qualifiée d”outlier” par les observateurs, vise à ouvrir davantage de possibilités stratégiques tout en évitant les dangers du grainage.
Une stratégie de course incertaine
L’incertitude plane sur la nature même de la course. Alors que nombre de Grands Prix cette saison ont été dominés par des stratégies à un arrêt, Abu Dhabi pourrait bien forcer les équipes à adopter une approche à deux arrêts. Le circuit de Yas Marina, avec ses nombreuses zones d’accélération et ses virages sinueux, met les pneus arrière à rude épreuve par stress thermique.
Pour protéger ces pneus arrière, les équipes ajoutent de la sous-virance dans leur réglage, ce qui exacerbe le stress sur le pneu avant droit. Stella explique : « Le pneu plus dur non seulement est moins à risque de grainage, mais devrait aussi pouvoir couvrir plus de tours, ce qui peut nous aider à ouvrir des variations stratégiques plus importantes. »
La décision de McLaren de conserver deux jeux de durs s’appuie sur une analyse minutieuse du comportement des gommes. Pirelli espère que l’évolution de la piste, avec les courses de soutien du dimanche matin, minimisera le risque de grainage. Cependant, Stella reste circonspect : « Je ne pense pas avoir vu cette année beaucoup d’amélioration du comportement du grainage à cause de la piste qui se caoutchoute. »
McLaren craint le dénouement du championnat F1 à Abu Dhabi 2025 : les dangers stratégiques
La menace d’un ralentissement contrôlé par Verstappen
Max Verstappen, parti de la pole position, dispose d’un avantage tactique potentiellement décisif. En 2016, Lewis Hamilton avait tenté de ralentir volontairement Nico Rosberg pour le mettre à portée des poursuivants, dans une configuration similaire où il devait gagner avec Rosberg quatrième ou plus loin. La stratégie avait échoué, mais Verstappen pourrait être tenté de l’adapter.
Lorsqu’on l’interroge sur cette possibilité, Verstappen répond avec pragmatisme : « C’était aussi une configuration différente. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, tu profites beaucoup plus du aspiration sur le tour. Ce n’est donc probablement pas aussi facile de faire quelque chose comme ça. » Il souligne également les différences techniques : « Les voitures sont complètement différentes. Je sentais qu’il était beaucoup plus facile à l’époque de ralentir parce que les pneus surchauffaient beaucoup quand tu te rapprochais. »
Stella de McLaren anticipe cette éventualité mais ne la considère pas comme un désastre annoncé. « En termes de contrôle du rythme, il peut y avoir des raisons liées aux pneux, pas nécessairement pour des raisons stratégiques pour la voiture de tête. » Avec deux voitures en pointe, McLaren peut jouer sur les stratégies croisées, forçant Verstappen à choisir laquelle couvrir.
L’importance des deux voitures en pointe
La présence d’Oscar Piastri en troisième position sur la grille représente un atout stratégique majeur pour McLaren. Alors que Norris doit simplement finir troisième pour être champion du monde, Piastri peut jouer un rôle de soutien tout en maintenant sa propre chance théorique de titre.
Stella analyse cette situation comme un avantage : « Nous avons plus d’options à jouer. À un moment donné, si vous ralentissez trop, vous pouvez être vulnérable aux attaques par undercut. Vous pouvez vous exposer en termes de dépassement. » Cette flexibilité permet à McLaren de splitter les stratégies si nécessaire, obligeant Verstappen à prendre des décisions difficiles.
McLaren craint le dénouement du championnat F1 à Abu Dhabi 2025 la gestion des équipiers
Le dilemme des consignes d’équipe
McLaren s’est préparée à la possibilité de devoir demander à Oscar Piastri de céder sa position à Norris si les circonstances l’exigent. Cette décision délicate sera prise uniquement si l’Australien n’a plus aucune chance mathématique de remporter le titre.
Piastri s’est montré réaliste sur son rôle potentiel : « Jusqu’à ce que Lando ou Max franchissent la ligne d’arrivée devant moi, j’ai encore une chance de gagner le titre. Nous verrons donc comment la course se déroule. » Cette attitude pondérée évite de créer une tension interne qui pourrait affaiblir l’équipe dans ce moment crucial.
L’équipe a déjà annoncé que Piastri se rendrait disponible pour soutenir son coéquipier en fin de course si l’opportunité se présentait. Cette décision, bien qu’impopulaire auprès des puristes, reflète la priorité de McLaren : assurer le titre constructeurs et pilotes.
Le risque du premier tour
Le scénario catastrophe pour McLaren passerait par un incident au premier virage. Yas Marina ne offre que peu d’opportunités de dépassement, ce qui multiplie les risques de contact au premier tournant. George Russell, qui part quatrième en Mercedes, n’a pas caché ses intentions : « Si une opportunité se présente et s’il y a un espace… je ne vais pas laisser passer des occasions. Je veux aussi finir sur le podium. »
Cette déclaration illustre la menace concrète pour McLaren : même si Russell et Leclerc ne peuvent pas égaler le rythme des leaders en qualifications, une bonne position après le premier tour pourrait changer la donne. Pour Verstappen, provoquer une situation confuse au premier virage pourrait être la clé pour réduire les chances de Norris sans avoir à commettre de faute flagrante.
La mémoire des incidents précédents, comme la course sprint aux États-Unis ou à Singapour où les pilotes McLaren s’étaient retrouvés impliqués dans des contacts, reste fraîche. Stella doit donc gérer non seulement la menace Red Bull, mais aussi celle des concurrents affamés de podiums souhaitant terminer la saison en beauté.
McLaren aborde donc cette finale avec une prudence légitime. Les avantages numériques et stratégiques sont de son côté, mais la Formule 1 a déjà prouvé que les certitudes mathématiques peuvent s’évanouir face aux imprévus de la compétition. Le titre est à portée de main, mais le chemin jusqu’au drapeau à damier est parsemé d’embûches que chaque membre de l’équipe britannique surveille avec une attention extrême.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.