Marco Bezzecchi, pilote italien de 26 ans, continue de surprendre le paddock MotoGP par sa maturité et son humilité. Alors que ses performances exceptionnelles en 2023, marquées par trois victoires et une troisième place au championnat, auraient pu lui monter à la tête, le membre de la VR46 Academy préfère garder les pieds sur terre. Dans un sport où les ego sont souvent surdimensionnés et où chaque pilote se présente comme le plus rapide, Bezzecchi refuse catégoriquement l’étiquette de meilleur pilote MotoGP, adoptant une posture qui rappelle celle de son mentor, Valentino Rossi.
Cette attitude contraste avec la confiance parfois exubérante affichée par certains de ses rivaux. Pourtant, les résultats parlent d’eux-mêmes : depuis son arrivée en catégorie reine en 2022, le jeune Italien n’a cessé de progresser, prouvant qu’il mérite sa place parmi l’élite du MotoGP. Son parcours témoigne d’une approche différente du succès, où la reconnaissance collective prime sur la glorification individuelle.

Pourquoi Bezzecchi refuse l’étiquette de meilleur pilote MotoGP malgré ses succès
La saison 2023 aurait pu transformer Marco Bezzecchi en superstar arrogante. Avec trois victoires en Grand Prix et la troisième place finale du championnat, toujours avec une Ducati datant de la saison précédente, le pilote VR46 avait tous les arguments pour se proclamer parmi les meilleurs. Pourtant, il a choisi une voie différente, celle de l’humilité et de la lucidité.
“Je m’attendais à aller vite mais je ne me serais jamais attendu à obtenir autant de bons résultats, surtout parce que ce n’est que ma deuxième saison”, expliquait-il lors d’un bilan de sa campagne 2023. Cette déclaration révèle une personnalité qui refuse de se reposer sur ses lauriers et qui reconnaît la part de chance et de circonstances favorables dans ses succès.
Bezzecchi identifie clairement ses faiblesses, notamment au niveau des départs et des premiers tours. “Ce que je sais qu’il me manque et ce que j’essaie d’améliorer, est un peu le départ”, confie-t-il avec franchise. Cette capacité d’auto-analyse critique, rare dans le monde du sport de haut niveau, témoigne d’une maturité qui dépasse largement son âge. Plutôt que de se proclamer le meilleur, il préfère travailler sur ses points faibles, conscient que le chemin vers l’excellence est encore long.
Son refus de l’étiquette de meilleur pilote MotoGP s’explique également par sa compréhension du niveau de la concurrence actuelle. Avec des pilotes comme Pecco Bagnaia, Jorge Martín, Marc Márquez ou encore Fabio Quartararo sur la grille, Bezzecchi sait que chaque week-end représente un défi titanesque. Cette lucidité l’empêche de tomber dans l’auto-satisfaction, un piège qui a coûté cher à de nombreux talents prometteurs par le passé.
L’influence de la VR46 Academy se fait également sentir dans cette approche. Valentino Rossi, malgré ses neuf titres mondiaux, a toujours cultivé une image accessible et humble, préférant laisser parler ses performances plutôt que ses déclarations. Bezzecchi a manifestement intégré cette philosophie, comprenant que le respect se gagne en piste et non dans les médias.
L’influence de Valentino Rossi sur l’attitude de Bezzecchi refuse l’étiquette de meilleur pilote MotoGP
La relation entre Marco Bezzecchi et Valentino Rossi va bien au-delà d’un simple lien professionnel entre un propriétaire d’équipe et son pilote. Formé à la VR46 Riders Academy depuis 2016, alors qu’il n’avait que 17 ans, Bezzecchi a grandi sous la tutelle du Docteur, absorbant non seulement ses techniques de pilotage mais aussi sa philosophie de vie et sa manière d’aborder la compétition.
“C’est plus un privilège qu’une pression”, confie Bezzecchi à propos du fait de porter la marque de Valentino Rossi. Cette déclaration en dit long sur la façon dont il perçoit son héritage. Plutôt que de se sentir écrasé par le poids du nom VR46, il y puise une source de motivation et d’inspiration. Rossi lui a appris que l’humilité et le talent ne sont pas incompatibles, bien au contraire.
Avec ses boucles indisciplinées, ses boucles d’oreilles et ses tatouages, Bezzecchi n’est pas sans rappeler Marco Simoncelli, autre protégé de Rossi disparu tragiquement en 2011. Comme Simoncelli, il affiche une décontraction apparente qui cache un travail acharné et une détermination sans faille. Cette capacité à allier plaisir et performance est l’un des enseignements majeurs de la VR46 Academy.
“L’équilibre entre le plaisir, le travail et les bons résultats, c’est qu’il faut rester concentré”, expliquait Uccio Salucci, directeur du team VR46 et bras droit de Rossi. Cette philosophie imprègne profondément l’approche de Bezzecchi, qui refuse de se prendre trop au sérieux tout en restant totalement dévoué à sa progression. L’anecdote de sa présentation face à la presse avec une bière à la main après le dernier Grand Prix 2023 illustre parfaitement cette attitude.
L’environnement créé par VR46 permet à Bezzecchi de rester lui-même, un avantage inestimable dans un milieu où la pression peut transformer les personnalités. “J’ai la possibilité de travailler avec Uccio, avec Matteo Flamigni, sachant qu’ils sont italiens et qu’ils sont aussi là-bas. Pour moi, il est important que l’on ait cette relation pour essayer de se voir parfois, d’aller déjeuner ensemble et simplement de discuter de tout et de rien, pas seulement de motos”, explique-t-il. Cette approche holistique de la performance, où le bien-être personnel prime autant que les résultats sportifs, est typique de l’enseignement de Rossi.
L’influence du nonuple champion du monde transparaît également dans les choix de carrière de Bezzecchi. Lorsqu’il a refusé l’offre de Pramac pour rester avec VR46 en 2024, malgré l’opportunité de disposer d’une moto plus récente, il a démontré une loyauté et une vision à long terme héritées de son mentor. Cette décision a été largement soutenue par Rossi lui-même, qui comprend l’importance de l’environnement dans le développement d’un pilote.
Les choix de carrière stratégiques montrent que Bezzecchi refuse l’étiquette de meilleur pilote MotoGP
La décision de Marco Bezzecchi de décliner l’offre de l’équipe Pramac pour rester avec VR46 en 2024 constitue l’un des choix de carrière les plus révélateurs de sa personnalité. Dans un monde où la plupart des pilotes se précipitent vers la moto la plus récente et le package technique le plus performant, le jeune Italien a opté pour la stabilité et l’environnement qui lui convient le mieux.
“Si je dois changer d’équipe, je veux changer pour une équipe d’usine”, martèle-t-il avec conviction. “Mais une vraie équipe d’usine. Pramac a bien sûr un team d’usine, mais ça n’est pas l’équipe Ducati. Et pour moi, passer d’une équipe satellite à une autre n’a pas de sens, même si la moto est un peu meilleure.” Cette déclaration témoigne d’une vision stratégique qui va à l’encontre de la gratification immédiate, privilégiant un objectif à plus long terme : intégrer l’équipe officielle Ducati en rouge.
Cette patience stratégique révèle une maturité rare chez un pilote de son âge. Plutôt que de céder à la tentation d’une moto plus performante, Bezzecchi a évalué rationnellement ses chances de progression. “Aujourd’hui, en MotoGP, il faut être rapide tout de suite”, explique-t-il. “J’ai essayé mentalement de différentes manières de déterminer si je pouvais immédiatement atteindre la même vitesse avec d’autres personnes, car il faut y arriver en un rien de temps.” Son auto-évaluation l’a conduit à conclure que rester dans un environnement familier optimiserait ses performances.
Ce choix prouve également que Bezzecchi refuse de se considérer comme un pilote déjà accompli qui mérite automatiquement le meilleur matériel. Au contraire, il s’est donné pour mission de prouver sa valeur avec une Ducati GP23, montrant à Ducati qu’il mérite une promotion vers l’équipe officielle. Cette approche humble mais déterminée contraste avec l’arrogance de certains pilotes qui exigent le meilleur package dès leur arrivée.
Son passage chez Aprilia Racing pour la saison 2025, aux côtés du champion du monde Jorge Martín, représente une nouvelle étape dans cette progression calculée. Plutôt que de forcer les portes de Ducati, Bezzecchi a accepté un nouveau défi avec une autre marque, prouvant qu’il n’est pas obsédé par une seule trajectoire de carrière. Cette transition vers Aprilia démontre sa flexibilité et son ouverture d’esprit, des qualités essentielles pour un pilote en développement.
Les performances de Bezzecchi chez Aprilia en 2025 ont confirmé la pertinence de ses choix stratégiques. Sa capacité à s’adapter rapidement à une nouvelle moto, à un nouveau team et à un nouvel environnement technique prouve que sa confiance en ses capacités d’adaptation était justifiée. “Son Aprilia performe tant que Bezzecchi n’ose plus vraiment apporter de grosses évolutions”, titrait récemment un article, soulignant son respect prudent pour une machine qui fonctionne bien.
La transition vers Aprilia et comment Bezzecchi refuse l’étiquette de meilleur pilote MotoGP malgré les performances
L’arrivée de Marco Bezzecchi chez Aprilia Racing pour la saison 2025 marque un tournant dans sa carrière. Associé à Jorge Martín, le champion du monde en titre, l’Italien a dû prouver qu’il pouvait rivaliser avec l’un des meilleurs pilotes de la grille. Pourtant, même dans ce contexte hautement compétitif, Bezzecchi a maintenu son attitude humble et son refus de se proclamer le meilleur.
La transition n’a pas été sans défis. Passer d’une Ducati, qu’il connaissait intimement après trois saisons, à une Aprilia aux caractéristiques différentes aurait pu déstabiliser un pilote moins mature. Mais Bezzecchi a abordé ce changement avec une ouverture d’esprit remarquable. “Martin et Bezzecchi ont tout de suite préféré l’Aprilia de 2025”, rapportait Motorsport.com en janvier, soulignant sa capacité à s’adapter rapidement au nouveau matériel.
Les premiers résultats avec Aprilia ont été encourageants, avec des performances régulières qui ont confirmé le potentiel de Bezzecchi. Pourtant, loin de s’enflammer, le pilote italien a maintenu une approche prudente et méthodique. “Marco Bezzecchi a beau être ouvert aux changements, il n’ose plus vraiment apporter de grosses évolutions à son Aprilia vu son niveau de performances”, expliquait un article de septembre 2025. Cette prudence témoigne de sa compréhension fine du développement d’une moto et de l’importance de ne pas bouleverser un équilibre qui fonctionne.
La saison 2025 n’a pas été exempte de controverses pour Bezzecchi. Son accrochage avec Marc Márquez lors du Grand Prix d’Indonésie, qui a malheureusement mis fin à la saison du septuple champion du monde, aurait pu être l’occasion pour certains pilotes de se justifier ou de minimiser leur responsabilité. Au contraire, Bezzecchi a immédiatement assumé son erreur : “J’ai fait une erreur et malheureusement impliqué Marc. Je suis vraiment désolé, mes excuses à lui et à son équipe.” Cette capacité à reconnaître ses torts, même dans un contexte de haute pression, illustre parfaitement son humilité.
La pénalité qui a suivi cet incident aurait pu frustrer de nombreux pilotes. Bezzecchi, lui, l’a acceptée avec dignité : “J’ai commis une erreur de jugement… j’accepte la pénalité”, a-t-il déclaré après avoir été entendu par les commissaires. Cette attitude mature contraste fortement avec certains pilotes qui contestent systématiquement les décisions des officiels, même lorsqu’ils sont manifestement en tort.
Son approche du travail d’équipe chez Aprilia révèle également son refus de se considérer comme une superstar. Plutôt que d’exiger un traitement privilégié ou de chercher à dominer son coéquipier, Bezzecchi a collaboré étroitement avec Martín pour développer la machine. “Aprilia mise sur Marco Bezzecchi et prépare déjà l’après-Martin”, titrait Paddock GP, suggérant que le constructeur italien voit en lui un pilote sur lequel construire l’avenir, précisément en raison de son attitude professionnelle et de son engagement envers le projet collectif.
Marco Bezzecchi incarne une génération nouvelle de pilotes MotoGP qui refusent de sacrifier leur humanité sur l’autel de la performance. Son refus catégorique de l’étiquette de meilleur pilote MotoGP, malgré des résultats qui justifieraient une telle prétention, témoigne d’une maturité exceptionnelle et d’une compréhension profonde de ce qui fait un grand champion. En privilégiant le travail d’équipe, l’auto-critique constructive et les choix stratégiques à long terme plutôt que la gratification immédiate, le jeune Italien se construit une carrière durable. Son parcours, de la VR46 Academy à Aprilia Racing, démontre que l’humilité n’est pas une faiblesse mais une force qui permet une progression constante. Alors que la saison 2025 touche à sa fin et que se profile déjà l’horizon 2026, Bezzecchi continue de prouver que le respect se gagne en piste, par les actes plutôt que par les mots, perpétuant ainsi l’héritage de son mentor Valentino Rossi tout en traçant sa propre voie vers l’excellence.
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.