En 68 éditions de la Daytona 500, course reine du NASCAR, les vainqueurs surprises ne manquent pas. Pourtant, il a fallu attendre 2017 pour voir un pilote triompher en ne menant qu’un seul tour, le dernier. Entre 1959 et 2016, cela n’était jamais arrivé. Ce phénomène illustre l’imprévisibilité croissante des courses sur superspeedways, souvent décidée par des accidents en fin de course ou des stratégies audacieuses.
Depuis, cela s’est produit quatre fois en une décennie, soulignant les enjeux des drafts, des pushes et des chutes de carburant. Voici le récit détaillé de ces quatre victoires improbables, où le destin a souri aux plus patients ou chanceux.

2017 : Kurt Busch maître de l’économie de carburant
La finale de 2017 fut atypique, avec un peloton réduit et plusieurs pilotes roulant à sec. Kurt Busch, au volant de sa Ford Stewart-Haas, resta proche du devant sans jamais prendre les commandes pour économiser du carburant. À dix tours de l’arrivée, il occupait la troisième place.[1][2]
Il recula ensuite en quatrième position derrière Kyle Larson, Martin Truex Jr. et Chase Elliott. À trois tours du but, Elliott cala à court de carburant. Truex ralentit à son tour l’avant-dernier tour, tandis que Larson menait au drapeau blanc mais commença à bafouiller.
Busch profita de cette aubaine pour doubler Larson dans le dernier tour, sa voiture abîmée par des contacts antérieurs mais bien approvisionnée grâce à sa patience stratégique. Ce fut la seule victoire de ce type sans crash final, purement dictée par la gestion du fuel. Busch offrit à Ford son 15e succès dans la Great American Race.[3]
Cette tactique rappela les classiques du endurance, où la survie prime sur l’attaque. Busch, déjà vice-champion en titre, transforma une course chaotique en triomphe personnel. Les commentateurs soulignèrent sa discipline : « Il n’a pas osé mener pour sauver chaque goutte », nota un observateur d’époque.
Son équipe radio confirma la sérénité : des échanges calmes sur la consommation, contrastant avec le stress des leaders. Cette victoire propulsa Busch au sommet, prouvant que la Daytona 500 récompense parfois la ruse plus que la vitesse pure.
Enfin, ce succès marqua un tournant, inaugurant une ère de fins folles sur l’ovale floridien.
2018 : Le blocage raté d’Aric Almirola profite à Austin Dillon
En 2018, la course alla en overtime après de multiples cautions, ne laissant qu’une douzaine de voitures en lice. Austin Dillon redémarra quatrième, évitant le chaos, et poussa Aric Almirola en tête. Au drapeau blanc, il était troisième, roue contre roue avec Denny Hamlin.
Dans le backstretch final, Dillon prit une énorme aspiration. Almirola tenta un blocage agressif, cherchant à couvrir les deux trajectoires. Dillon feinta bas puis haut, touchant Almirola qui partit en vrille dans le mur extérieur – un crash solitaire sans neutraliser la course.
Dillon hérita de la victoire dans la No. 3 RCR, vingt ans jour pour jour après Dale Earnhardt père. Ce triomphe rappela l’héritage familial, Dillon étant petit-fils de Richard Childress. La manœuvre borderline fit débat, mais resta légale.
Les images montrent Almirola tentant de verrouiller sa position, mais sous-estimant la vitesse de Dillon. « C’était serré, mais propre », défendit-il post-course. Cette fin souligna les risques des blocks en pack.
Dillon devint le 60e vainqueur différent, perpétuant la tradition des outsiders. Sa stratégie de push paya, transformant une position moyenne en gloire immortelle.
2021 : Michael McDowell profite d’un chaos providentiel
Michael McDowell entrait en 2021 sans victoire en 357 départs Cup depuis 2008. Le peloton fila en file indienne sur la ligne haute, avec deux Penske aux avant-postes et Kevin Harvick troisième, McDowell quatrième.
À deux tours de la fin, Brad Keselowski freina pour une attaque massive sur Harvick, plaçant les Penske 1-2 suivis de McDowell. Dernier tour : Keselowski poussa Joey Logano, mais ce dernier bloqua, provoquant l’essorage des deux – No. 22 intérieurement, No. 2 extérieurement.
McDowell traversa le milieu vide comme Moïse les mers, mais deux rivaux le doublèrent. Un méga-crash enflammé derrière força le jaune, figant sa position leader. Première victoire Cup, dans la plus grande course.
Ce « Big One » final scella son destin légendaire. McDowell : « Les mers se sont écartées ». Sa Front Row Motorsports Toyota devint iconique.
Cette issue typique des superspeedways montra la loterie du draft. McDowell inspira les underdogs, prouvant qu’une opportunité saisie vaut mille poles.
2026 : Tyler Reddick sauvé par ses coéquipiers 23XI
La plus folle des quatre : Reddick second à la dernière caution, redémarra en première ligne avec William Byron (double tenant) collé derrière, face à Michael McDowell leader. Il bloqua mais se retrouva piégé au centre, sauvé par Bubba Wallace.
À trois tours, McDowell menait devant Carson Hocevar et Reddick. Il chuta au bas puis milieu, aidé par Joey Logano. Au blanc, quatrième three-wide.
Hocevar vrilla du lead, touchant Jones et Byron ; Reddick rebondit mais mena brièvement. Sans aide, il faiblit jusqu’à l’arrivée de Riley Herbst (23XI) qui le propulsa.
En T3, troisième ; duel avec Zane Smith gagné. Fausse haut, plonge bas sous Chase Elliott pour la tête. Herbst déclencha le crash final, anéantissant le top 5. Reddick vainqueur, seul tour mené.[4]
Cette chaîne de pushes fraternels illustra la loyauté 23XI. Comme dans les intrigues majeures de la 68e Daytona 500, les dynamiques d’équipe décidèrent.
Reddick, 25e leader (record), égala l’exploit de Busch en 2017.
Ces victoires – Busch par fuel, Dillon par contact, McDowell par crash, Reddick par chaos – capturent l’essence imprévisible de Daytona. Elles rappellent que la patience, la chance et les alliés mènent parfois au drapeau à damier. Pour le championnat, cela booste les outsiders ; reste à voir si 2027 brisera cette série, comme la quête avortée de William Byron. La Daytona 500 reste la plus grande loterie du stock-car.[5]
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.