Les avis de Verstappen sur les directives de dépassement en Formule 1 : tensions et controverses en 2025
Ces dernières saisons, le débat autour des directives de dépassement en Formule 1 a atteint un paroxysme, propulsé au premier plan par les commentaires sans détour de Max Verstappen. Le triple champion du monde néerlandais, connu pour son style de pilotage agressif et sa défense intraitable, ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit d’évoquer les règles encadrant les batailles en piste. Ses prises de position répétées ont créé un clivage au sein du paddock, entre ceux qui prônent une approche plus libre et instinctive de la course et ceux qui défendent la nécessité d’un cadre strict pour garantir la sécurité et la cohérence.
Les événements récents, notamment les incidents avec Lando Norris à Austin en 2024 et George Russell en Espagne en 2025, ont mis en lumière les limites et les ambiguïtés du système actuel. Alors que la FIA tente de clarifier ses directives, Verstappen maintient une position constante : les règles actuelles ne changent rien à sa façon de courir, et certaines modifications nuiraient même à l’essence même du spectacle.

Les nouvelles directives de la FIA pour 2025 bouleversent les stratégies de course
La saison 2025 a marqué un tournant majeur dans la réglementation des dépassements. La FIA a introduit des modifications significatives aux “Guidelines de Standards de Conduite”, supprimant notamment l’obligation pour le pilote à l’intérieur de laisser « un espace équitable et acceptable depuis l’apex jusqu’à la sortie du virage ». Cette changement radicalement la donne sur le plan stratégique.
Désormais, trois critères stricts régissent tout dépassement par l’intérieur. Le pilote attaquant doit d’abord avoir son essieu avant au minimum à hauteur du rétroviseur arrière de l’autre monoplace avant et pendant l’apex du virage. Ensuite, il doit conduire de manière parfaitement contrôlée, sans avoir plongé de façon brutale vers l’intérieur. Enfin, il doit prendre une trajectoire jugée raisonnable par les commissaires tout en restant dans les limites de la piste.
Ces nouvelles règles confèrent un avantage décisif au défenseur. En “gagnant” le virage et en occupant l’intérieur, le pilote peut désormais monopoliser toute la largeur de la piste en sortie, à condition de rester dans les limites autorisées. La conséquence est immédiate : obliger son adversaire à tenter une manœuvre risquée par l’extérieur est devenue la seule stratégie viable pour défendre efficacement sa position. Les courses se transforment en batailles d’anticipation, où l’occupation de l’intérieur devient une nécessité absolue.
L’impact s’est déjà fait sentir lors des premiers Grands Prix de la saison. À Miami, les pilotes ont systématiquement privilégié la position intérieure lors des phases défensives, rendant les dépassements par l’extérieur quasi impossibles. Cette réduction de la variété stratégique inquiète certains observateurs, qui craignent un appauvrissement du spectacle sur le long terme. Le débat sur l’équilibre entre sécurité et liberté de pilotage n’a jamais été aussi vif.
Le point de vue de Verstappen : quand l’instinct prime sur la réglementation
Face à ces évolutions, Max Verstappen reste inflexible : « Pour moi, en termes de pilotage, rien ne change. Les règles peuvent toujours être améliorées, c’est ce qu’il faut toujours chercher à faire, n’est-ce pas ? Ce n’est jamais parfait. Je comprends ça. » Cette déclaration au cœur du paddock résume parfaitement sa philosophie : le pilotage reste une affaire d’instinct, de feeling avec la voiture et de lecture de la situation, indépendamment des ajustements réglementaires.
Le Néerlandais va plus loin dans son analyse, pointant du doigt la nature même des circuits modernes. « Là où le problème commence, c’est que sur ce circuit [Austin], on peut très facilement sortir de la piste. S’il y avait juste un bac à gravier, on ne se retrouverait jamais dans cette situation. » Pour lui, les vastes dégagements asphaltés encouragent les pilotes à prendre des risques inconsidérés, sachant qu’ils peuvent sortir sans conséquence majeure. Il cite l’exemple de l’Autriche, où des bacs à gravier limitent naturellement les débordements.
Verstappen confie préférer une approche plus instinctive de la compétition automobile, même s’il indique clairement qu’il respectera les règles en vigueur. Cette posture crée une tension constante avec la FIA, qui cherche à standardiser les comportements pour des raisons de cohérence et de sécurité. Le pilote Red Bull incarne une certaine école de pensée où le talent brut et la capacité à lire le jeu en temps réel priment sur les algorithmes et les critères mesurables.
Son patron, Christian Horner, partage cette inquiétude. Il estime que les batailles en piste deviennent moins naturelles et beaucoup trop encadrées par la réglementation. Cette approche « sur-réglementée » nuit à l’authenticité même du sport automobile, selon le chef d’écurie Red Bull. Le débat oppose donc deux visions : celle d’un pilotage laissé à l’appréciation humaine et celle d’un sport codifié pour éviter toute ambiguïté.
Controverses récentes : les incidents qui éclairent le débat
Les tensions entre la vision de Verstappen et les directives de la FIA ont culminé lors de plusieurs incidents majeurs. Le GP des États-Unis 2024 a révélé les failles du système actuel. Au 52e tour, Lando Norris a été pénalisé pour avoir dépassé Verstappen hors piste, alors que ce dernier l’avait contraint à sortir en allant lui-même au-delà des limites. La situation a soulevé une question fondamentale : la directive sur les standards de pilotage était-elle toujours pertinente ?
La FIA a promis de revoir ces directives en vue du GP du Qatar, mais Verstappen a maintenu sa position. Pour lui, la responsabilité incombe autant aux concepteurs de circuits qu’aux pilotes. Les vastes zones de dégagement encouragent des comportements qu’on ne verrait jamais sur des pistes plus anciennes avec des bacs à gravier ou des murs proches.
L’incident du GP d’Espagne 2025 avec George Russell a quant à lui franchi un nouveau palier. Après un redémarrage sous safety car, Verstappen a ralenti de manière inhabituelle au virage 5, laissant Russell prendre l’intérieur. Alors que le Britannique commençait à le dépasser, Verstappen a soudainement accéléré et est entré en collision avec sa monoplace. Les commissaires ont décrits la scène avec une rare clarté : « La voiture n°1 a considérablement réduit sa vitesse, semblant ainsi permettre à la voiture n°63 de la dépasser. Cependant, après que la voiture n°63 ait dépassé la voiture n°1, la voiture n°1 a soudainement accéléré et est entrée en collision avec la voiture n°63. »
Malgré cette description sans ambiguïté, la sanction est restée dans les clous d’une pénalité standard : 10 secondes de pénalité et trois points de superlicence. Verstappen se retrouve désormais au bord de la suspension pour une course, avec 12 points à son actif sur un maximum de 12 tolérés sur une période de 12 mois. Ironiquement, Russell avait lui-même été sanctionné à Monaco pour avoir délibérément coupé une chicane, avec une pénalité bien plus sévère (drive-through) que celle infligée à Verstappen pour une collision volontaire.
Cette inconsistance dans l’application des sanctions alimente les critiques de Verstappen sur le système. Pourquoi certaines actions délibérées sont-elles sévèrement punies quand d’autres ne reçoivent qu’une tape sur les doigts ? Le problème dépasse le simple cadre réglementaire pour toucher à la cohérence de la gouvernance du sport.
Le dilemme du spectacle : un sport en quête d’équilibre
Le débat sur les directives de dépassement soulève une question fondamentale : comment concilier sécurité, équité et spectacle ? Les nouvelles règles de 2025 ont certes clarifié certains critères, mais elles ont aussi réduit la marge de manœuvre des pilotes. Les batailles extérieures, autrefois sources de moments spectaculaires, sont devenues des manoeuvres quasi suicides du fait de leurs conditions de réussite drastiquement alourdies.
Verstappen incarne cette tension. Son style, caractérisé par une défense agressive et des anticipations millimétriques, a produit des moments de pur génie, comme son dépassement d’Oscar Piastri à Imola. Mais il a aussi généré des controverses, à la limite de l’antisportif selon certains observateurs. La question n’est pas tant de savoir s’il est agressif – nombre de pilotes l’ont été avant lui – mais plutôt où se situe la ligne entre détermination et comportement délibérément fautif.
La réduction de la variété stratégique inquiète le paddock. Les pilotes privilégient désormais systématiquement l’intérieur sur les phases défensives, éliminant une grande partie de la créativité tactique. Certains, comme Verstappen, estiment que cela appauvrit le spectacle. D’autres, comme la FIA, considèrent que c’est le prix à payer pour une cohérence et une sécurité accrues.
Le débat est loin d’être clos. Pour 2026, la FIA envisage d’autres modifications, notamment liées aux pneus et à l’aérodynamique, dans l’espoir de favoriser les dépassements. Verstappen, quant à lui, reste fidèle à sa ligne : donnez des pneus plus tendres pour créer de l’usure, supprimez ces vastes dégagements qui encouragent les abuses, et laissez les pilotes s’exprimer. Son approche, qu’on la partage ou non, soulève des questions légitimes sur l’avenir du pilotage en Formule 1.
Les prochaines courses seront cruciales pour déterminer si le système actuel trouve son équilibre ou si de nouvelles révisions seront nécessaires. Ce qui est certain, c’est que la voix de Verstappen continuera de résonner dans les débats, défendant une vision du sport où le talent instinctif prime sur la réglementation technique. Que la FIA parvienne à intégrer cette perspective tout en garantissant la sécurité et la cohérence reste le défi majeur des prochains mois.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.