Red Bull entrera en compétition avec son propre groupe propulseur en Formule 1 pour la première fois cette saison 2026. Ce projet ambitieux, développé en partenariat avec Ford, a été bâti au fil de quatre années intenses à Milton Keynes. Derrière les coulisses, tout a commencé bien avant le lancement symbolique de la collaboration à Détroit, patrie de Ford.
Laurent Mekies, team principal de Red Bull Racing, a qualifié cette initiative d’« insane » pour une entreprise de boissons énergétiques. Pourtant, l’idée n’est pas si farfelue : elle remontait déjà il y a deux décennies sur le bureau de Dietrich Mateschitz. David Coulthard, ancien pilote Red Bull, se souvient avoir encouragé l’équipe à développer ses propres moteurs dès les débuts en F1.

Les origines et la motivation du projet
L’idée d’un moteur maison germait depuis longtemps chez Red Bull. Après des relations frustrantes avec Renault et le départ soudain de Honda fin 2021, l’équipe ne voulait plus dépendre d’un fournisseur externe. Christian Horner, l’un des principaux artisans du projet, insiste sur l’avantage d’intégrer le groupe propulseur au châssis sous un même toit.
David Coulthard explique : « Être client, ça craint. J’ai vécu ça chez Renault et McLaren-Mercedes, et on est toujours handicapé. Si tu veux contrôler ton destin, tu ne dépends de personne d’autre. » Cette philosophie a poussé Red Bull à se lancer, malgré les défis.
La première étape a été de construire une installation dédiée. Les travaux du bâtiment Jochen Rindt, nom officiel de la salle des moteurs, ont débuté début 2022, de l’autre côté de la route par rapport à MK7. À l’entrée, le « Brodie’s Boulevard » rend hommage à Steve Brodie, ex-Mercedes, arrivé en août 2021 pour poser les bases.
Le premier allumage d’un V6 en août 2022 a marqué un jalon symbolique, que Mateschitz a pu voir peu avant son décès. Parallèlement, Red Bull cherchait un partenaire pour le financement et l’expertise. Porsche était le plan A, mais après l’échec des négociations, Ford a pris le relais via un simple e-mail de Mark Rushbrook à Horner.
Du recrutement à une équipe de 700 personnes
Ben Hodgkinson, directeur de Red Bull Powertrains, a été nommé en avril 2021 après Mercedes HPP. Il admet : « J’ai probablement eu ce job grâce au succès d’une autre équipe ! » Parti d’une feuille blanche, il a dû tout construire pour les règlements 2026.
L’équipe est passée de cinq pionniers dans un petit bureau à 700 employés. Horner estime que 220 viennent de Mercedes, plus d’autres de Honda, Red Bull et AVL. Hodgkinson décrit cela comme une start-up : « Chaque mois, 20 personnes de plus, les rôles changeaient chaque semaine. »
Intégrer des cultures variées a été un défi. Mark Rushbrook de Ford souligne la nécessité d’adopter la culture Red Bull. Hodgkinson ajoute : « Ça a créé une diversité cognitive, accélérant l’innovation. Les audacieux sont attirés par un projet osé. »
Cette croissance rapide a transformé l’entreprise en une « bête en évolution constante », avec un atelier divisé pour V6 et monocylindre, optimisant coûts et temps sous le budget plafonné.
Le développement technique et les premiers tests
Red Bull a commencé par le moteur à combustion interne, contrairement à Honda qui a priorisé l’électrique. Tester sur monocylindre avant V6 permet des itérations rapides. Le premier feu en 2022 a validé cette approche.
Hodgkinson compare le projet à un 400 m couru seul dans un stade vide : « On sprinte sans voir les concurrents. On sait juste qu’on va le plus vite possible. » Avec son expérience depuis l’ère V10, il est confiant dans les installations et le personnel.
Pourtant, Mekies tempère : « Penser arriver avec le meilleur moteur serait naïf face à des experts de décennies. » Tout a été fait pour maximiser les chances, réalisant le second rêve de Mateschitz après les châssis.
Récemment, Red Bull a révélé avoir poussé son moteur « à la limite » du règlement 2026, comme rapporté par Motorsport.com. Ford, de son côté, invite à la prudence avant 2026.
Perspectives pour la saison 2026
Red Bull Powertrains est prêt pour son baptême du feu. Les livery 2026 ont été dévoilés à Détroit le 15 janvier, comme annoncé ici. L’intégration avec le châssis promet des synergies.
Les défis restent immenses : concurrencer Mercedes, Ferrari ou Audi. Mais avec ressources et engagement, Red Bull vise le long terme, comme lors de ses débuts en F1.
Ford augmente sa contribution, au-delà des plans initiaux, renforçant le partenariat. Le projet n’est pas une garantie de succès immédiat, mais un pas vers l’indépendance totale.
Ce moteur maison pourrait redéfinir Red Bull en championne complète. La saison 2026 dira si cette audace paie, potentiellement dominant une ère hybride repensée. Les fans attendent avec impatience les premiers tours de roues.
Questions fréquemment posées
Par Jeremy Bastonde
Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.