Le procès Massa 2008 F1 manipulation de course Singapour Grand Prix : une bataille judiciaire qui remet en question 17 ans d'histoire

F1

Le procès Massa 2008 F1 manipulation de course Singapour Grand Prix est désormais entre les mains de la Haute Cour de justice de Londres, où le Brésilien espère obtenir réparation pour ce qu’il considère comme un vol orchestré lors de la fameuse “nuit de Singapour”.

L’affaire remonte à septembre 2008, lors du tout premier Grand Prix de nuit de la Formule 1. Alors que la saison battait son plein et que le championnat promettait un duel intense entre Massa et Lewis Hamilton, une manipulation sans précédent allait bouleverser le cours de l’histoire. Les révélations tardives de Bernie Ecclestone en 2023, admettant que les dirigeants de la FIA et de la F1 avaient eu connaissance du stratagème sans agir, ont ravivé la flamme d’une quête de justice que Felipe Massa refuse d’abandonner.

La soirée du 28 septembre 2008 restera à jamais gravée dans les mémoires comme l’un des plus grands scandales sportifs du siècle. Le Grand Prix de Singapour, première course nocturne de l’histoire de la F1, devait être un spectacle mémorable. Il le fut, mais pour les pires raisons.

La stratégie frauduleuse de Renault reposait sur un plan machiavélique : faire délibérément sortir la voiture de sécurité pour favoriser Fernando Alonso. Le pilote espagnol, parti de la 15e position sur la grille, avait effectué son arrêt aux stands dès le 12e tour. Nelson Piquet Jr, son coéquipier chez Renault, a reçu l’ordre de s’accrocher au mur du virage 17 au 13e tour, créant ainsi la neutralisation tant attendue par l’équipe. Cette manipulation flagrante a non seulement mis en danger la vie du pilote brésilien et des spectateurs, mais a également corrompu l’intégrité même de la compétition.

Les conséquences immédiates pour Massa furent catastrophiques. Leader de la course au moment de l’accident, le Brésilien s’est arrêté aux stands pour changer ses pneus, mais la Ferrari a quitté son stand avec le tuyau de ravitaillement encore attaché à la voiture. Cette erreur lui a coûté une bonne minute et l’a relégué à une décevante 13e place à l’arrivée. Lewis Hamilton, quant à lui, a terminé troisième et engrangé 6 points précieux dans la course au titre. Dès ce soir-là, le destin du championnat 2008 s’est joué sur cette manipulation orchestrée depuis les stands Renault.

Les révélations et l’enquête de la FIA

L’affaire du crashgate est restée enfouie pendant près d’un an avant d’éclater au grand jour. C’est en août 2009, après le limogeage de Nelson Piquet Jr par Renault, que le Brésilien a décidé de tout révéler à la chaîne de télévision TV Globo. Les aveux explosifs du jeune pilote ont forcé la FIA à ouvrir une enquête officielle et à convoquer un conseil mondial extraordinaire le 21 septembre 2009.

Les sanctions contre Renault furent sévères. Flavio Briatore, directeur de l’équipe, a été radié à vie du monde de la Formule 1, tandis que l’ingénieur Pat Symonds écopait d’une suspension de cinq ans. L’équipe Renault elle-même a échappé de justesse à une disqualification à vie, obtenant une peine avec sursis jusqu’à la fin de la saison 2011. Pourtant, malgré cette condamnation, le résultat du Grand Prix de Singapour n’a jamais été modifié, laissant Massa privé du titre qu’il estime lui revenir de droit.

Ce qui rend la situation encore plus délicate, c’est que des informations récentes suggèrent que la FIA aurait pu agir beaucoup plus tôt. Selon des documents révélés par Motorsport.com, le directeur de course Charlie Whiting avait été informé dès le Grand Prix du Brésil 2008 par Nelson Piquet Sr, le père du pilote. Cependant, faute de preuves tangibles, l’instance n’a pas mené d’enquête approfondie, préférant éviter un scandale majeur qui aurait éclaboussé le sport.

La bataille juridique de Felipe Massa

Les propos de Bernie Ecclestone en 2023 ont joué le rôle de détonateur. Dans une interview à F1-Insider, l’ancien patron de la Formule 1 a déclaré : “Nous avons décidé de ne rien faire. Nous voulions protéger la F1 et lui épargner un énorme scandale. […] Selon les statuts, nous aurions dû annuler la course de Singapour dans ces conditions. Cela veut dire qu’elle n’aurait jamais eu lieu pour établir le classement du championnat. Et c’est Felipe Massa qui serait devenu Champion du monde, et non Lewis Hamilton.”

Ces révélations ont poussé Felipe Massa à engager une action en justice devant la Haute Cour de Londres le 11 mars 2024. Le procès Massa 2008 F1 manipulation de course Singapour Grand Prix vise la FIA, Formula One Management et Bernie Ecclestone. Le Brésilien réclame 80 millions d’euros de dommages et intérêts, correspondant selon lui aux gains qu’il aurait perçus en tant que champion du monde, ainsi qu’une déclaration officielle de la FIA reconnaissant ses erreurs.

Les arguments des avocats de Massa sont sans ambiguïté. Nick de Marco KC, l’un des spécialistes du droit sportif les plus renommés au Royaume-Uni, a déclaré devant le tribunal : “Il n’est pas exagéré de dire que le crash délibéré a été l’un des incidents de manipulation sportive les plus graves dans le sport mondial, non seulement parce qu’il s’agissait d’une tentative flagrante d’interférer dans la course, mais aussi parce que cet acte délibéré mettait en danger la vie des spectateurs et du pilote lui-même.” Selon lui, les dirigeants de la F1 ont participé à une “dissimulation délibérée” du complot.

Les défenses des parties concernées

La position de la FIA et de la FOM est ferme. La défense considère la plainte de Massa comme “tortueuse et excessivement ambitieuse”. Dans un document soumis au tribunal, les avocats de la FIA soulignent que “la plainte de M. Massa ignore manifestement toute une série d’erreurs commises par lui-même ou par son équipe, Ferrari, lors du Grand Prix de Singapour et d’autres Grands Prix, qui ont contribué à son classement final à la deuxième place du championnat des pilotes cette saison-là.”

Les erreurs de Ferrari et de Massa sont effectivement pointées du doigt. L’avocate de la FOM, Anneliese Day, a argumenté que “la mauvaise performance de Monsieur Massa dans cette course n’était pas liée au crash, pas plus que la bonne performance de Lewis Hamilton. Aucun des deux n’était au courant du stratagème de Renault.” Elle a également souligné que Hamilton “a mieux performé que Monsieur Massa (et que tous les autres)” sur l’ensemble de la saison, réduisant ainsi la pertinence du crash de Singapour dans l’issue finale du championnat.

Le débat s’annonce long et complexe. L’audience préliminaire doit déterminer si l’affaire ira jusqu’à un procès complet. Pour l’instant, Felipe Massa persiste dans sa volonté d’obtenir justice, même s’il a précisé qu’il ne demandait pas explicitement que Lewis Hamilton soit dépossédé de son titre, reconnaissant que la justice britannique n’aurait probablement pas ce pouvoir.

Le procès Massa 2008 F1 manipulation de course Singapour Grand Prix représente bien plus qu’une simple quête de réparation financière. Il remet en question l’intégrité même du sport automobile et les responsabilités des instances dirigeantes face aux manipulations. Quelle que soit l’issue de ce dossier, il restera comme un tournant dans la manière dont la F1 gère ses scandales historiques.

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Par Jeremy Bastonde

Jeremy Bastonde est un passionné de Formule 1 et de sport automobile. Sur Pitstop Insight, il partage ses analyses et ses insights sur les courses, les équipes et les pilotes grâce à son expertise en stratégie de course et en technologie F1.